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Le sport amateur canadien particulièrement à risque sans réglementation sur les paris sportifs

Des médailles de U Sports
Des médailles de U Sports Photo: U Sports
Xavier Savard-Fournier

La non-réglementation des paris sportifs au Canada serait un « cauchemar pour le sport amateur au pays », met en garde Declan Hill, journaliste d'enquête et professeur à l'Université New Haven aux États-Unis, en ouverture du premier Symposium sur la manipulation de matchs et les paris sportifs qui se tient à Toronto les 24 et 25 avril.

Il y a un phénomène de mondialisation des paris sportifs qui a changé le marché et qui a produit des trucages dans des centaines de pays dans différents sports, explique le journaliste Hill, connu pour ses enquêtes sur des matchs truqués dans le soccer canadien.

Ce premier symposium, regroupant autant les membres d’organisations sportives nationales que des spécialistes internationaux du domaine, se veut une première discussion sur les nouveaux défis d’un marché globalisé des paris sportifs.

Pour donner un effet de grandeur de l’influence de ce marché mondial, le Centre canadien pour l’éthique dans le sport estime qu’un peu plus de 20 milliards de dollars sont dépensés dans le monde annuellement sur des événements sportifs canadiens.

Du badminton au curling, une quinzaine de sports font les frais des parieurs légaux et illégaux du monde, et ce, à tous les niveaux de compétition au pays.

Le sport universitaire en première ligne

Dans un marché globalisé, les niveaux amateurs et semi-professionnels sont les plus susceptibles aux trucages par le crime organisé parce que les salaires ne sont tout simplement pas assez élevés. Les joueurs et joueuses sont alors tentés de se laisser influencer par l'appât du gain, au détriment de leur sport.

Le journaliste d'investigation et professeur à l'Université New Haven aux États-Unis, Declan Hill.Le journaliste d'investigation et professeur à l'Université New Haven aux États-Unis, Declan Hill. Photo : Radio-Canada

Moi, j’ai peur pour le sport en Amérique du Nord parce que nous n’avons pas de protection pour les jeunes athlètes.

Declan Hill, journaliste d’enquête et professeur

M. Hill fait référence notamment à la NCAA aux États-Unis, qui est une vraie cible pour les entreprises de paris du monde entier puisque les joueurs ne reçoivent aucun salaire malgré l’attention médiatique qu’ils génèrent.

Si le marché n’est pas le même au Canada, les effets seraient les mêmes sur les niveaux amateurs et semi-professionnels.

Une piste de solution serait de mettre en place une ligne téléphonique pour les lanceurs d’alertes de partout au pays, avance M. Hill. Mais la seule réelle protection, selon lui, passe par une rémunération adéquate des athlètes. Selon le professeur, c’est d’ailleurs pour cette raison que les ligues professionnelles nord-américaines seraient moins touchées par ce fléau.

Les autorités sportives universitaires se disent conscientes de l’enjeu, mais cela ne constitue pas un problème dans l’immédiat.

Nous nous penchons encore sur la façon dont nous pourrons intervenir, mais nous n’avons pas de politique précise sur cet enjeu pour le moment, confirme Tara Hahto de U Sports, l’entité qui coordonne le sport interuniversitaire canadien.

Mme Tahto ajoute que U Sports est ouvert à toutes les solutions pour empêcher les pressions externes sur les jeunes athlètes, notamment celles présentées lors du symposium.

Miser sur un seul match

Ironiquement, ce symposium survient alors que le gouvernement de l’Ontario espère faire pression sur Ottawa pour changer la loi pour permettre aux Ontariens de miser sur des matchs uniques de sports.

Pour Paul Burns, le président et directeur général de l’Association canadienne des jeux de hasard et d’argent, qui participe au symposium, il s’agit d’une mesure intéressante du gouvernement ontarien pour mieux réguler les paris, notamment en ligne.

Les gens parient un peu partout au pays, que ce soit de manière illégale ou en ligne sur des sites à l’international. Ça se passe déjà. Les lois canadiennes n’ont pas suivi la tendance, notamment en permettant aux entreprises légales au Canada d’offrir des mises sur des matchs uniques comme il se fait ailleurs, souligne M. Burns qui préfère voir les parieurs canadiens mettre leur argent dans des entreprises canadiennes plutôt qu’à l’international.

Mais selon Declan Hill, la question de savoir si l’Ontario devrait permettre de miser sur un seul match ou non est à côté des vrais enjeux entourant le marché globalisé des paris sportifs.

Les athlètes d’abord, les règles sur les paris ensuite, dit-il.

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