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Le ministre Fitzgibbon nie tout problème d’éthique, mais se dit prêt à démissionner

Il parle devant des micros tendus.
Le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, parle aux journalistes. Photo: Radio-Canada
Isabelle Maltais

Le ministre de l'Économie et de l'Innovation, Pierre Fitzgibbon, affirme sans détour qu'il n'est impliqué dans aucun conflit d'intérêts, alors que la commissaire à l'éthique et à la déontologie a annoncé mardi qu'elle ouvrirait une enquête le concernant. Cela dit, il n'écarte pas une démission s'il devenait nuisible au gouvernement.

Toute cette histoire découle de la nomination, la semaine dernière, à la tête d’Investissement Québec, de Guy LeBlanc, un ami du ministre. Puis de l’information véhiculée par des médias selon laquelle Pierre Fitzgibbon a vendu, avant cette nomination, les actions qu’il détenait dans l’entreprise Move Protéine, dont le président est Renaud LeBlanc, le fils de Guy LeBlanc.

Ces allégations ont été reprises par les députés Vincent Marissal de Québec solidaire (QS) et Martin Ouellet du Parti québécois (PQ).

Pierre Fitzgibbon, qui avait convoqué les journalistes à ce sujet mercredi matin pour « parler à la population », confirme que Guy LeBlanc est bien son ami et qu’il a effectivement vendu les actions de Move Protéine en novembre, transaction qui s'est matérialisée le 15 avril, trois jours avant la nomination de M. LeBlanc.

Une question de compétence, pas d’amitié

Après avoir réitéré que Guy LeBlanc était « le meilleur candidat qui était disponible » pour Investissement Québec et avoir rappelé que son opinion était notamment corroborée par celle de Monique Leroux, présidente du conseil d’administration d’Investissement Québec, M. Fitzgibbon a déclaré que « ce dossier-là est clos » et qu’il n’avait plus l’intention d’en parler.

« Moi, je vous dis que je l’ai choisi pour la compétence », a-t-il ensuite poursuivi, indiquant que tous seront d’accord avec lui dans trois ou quatre ans, quand Guy LeBlanc aura fait ses preuves.

Il prévient que d’autres nominations viendront à Investissement Québec, et qu’il risque de connaître aussi les heureux élus.

« La bibitte Fitzgibbon, ça vient avec un bagage. […] Je connais beaucoup de monde », lance-t-il.

Est-ce qu’on veut un ministre de l’Économie qui connaît l’économie ou on veut un journaliste qui n’aura pas d’amis dans le domaine des affaires et qui n’aura pas de connaissances?

Le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon

Prêt à démissionner, s'il le faut

Quoi qu’il en soit, Pierre Fitzgibbon a indiqué qu’il était prêt à démissionner s'il devenait nuisible au gouvernement.

« Si ma présence est perçue comme étant négative ou comme une embûche à ce que M. Legault veut accomplir, je vais démissionner, c'est clair », a-t-il déclaré, en ajoutant que c'est « trop tôt » pour passer à l'acte.

« Moi, je veux ventiler; cette discussion-là, on ne l'aura pas la semaine prochaine. »

Entrevue avec Michel Nadeau, directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques.

La vente de Move Protéine est un hasard

Quant au problème avec Move Protéine, il vient de la loi elle-même, dit-il, et n'a rien à voir avec le mandat sans droit de regard dans lequel se trouvent certains de ses avoirs.

M. Fitzgibbon a ainsi expliqué que 60 % de ses « actifs personnels » sont des actions de sociétés cotées en bourse, actions qui sont depuis le mois de novembre sujettes à un tel mandat.

« Je n’ai aucune idée de ce qu’il y a là-dedans depuis le mois de novembre », assure le ministre.

Le hic, souligne-t-il, vient des parts qu’il détenait dans 13 entreprises privées, comme Move Protéine, car ces dernières ne peuvent pas être soumises à un mandataire sans droit de regard.

« La loi ne le permet pas », justifie-t-il.

Pierre Fitzgibbon affirme que depuis son élection, toutes ses parts dans des entreprises privées sont à vendre.

« J’avais 13 compagnies privées, j’en ai vendu 2 à date », mentionne-t-il.

Selon lui, c’est bien un hasard si Move Protéine a été une des premières à être vendue.

Il promet que d’ici à ce qu’elles le soient toutes, il sera exclu des discussions si d’aventure l’une des entreprises concernées avait des demandes à faire à son ministère.

L’opposition peu rassurée

Les explications du ministre de l’Économie n’ont pas l’air d’avoir convaincu l’opposition. Le Parti libéral (PLQ) estime que M. Fitzgibbon a manqué de jugement et qu'il aurait dû consulter la commissaire à l'éthique dans l'ensemble du processus, notamment lors de la nomination de M. LeBlanc.

En entrevue avec La Presse canadienne, la porte-parole libérale en matière d'éthique, Dominique Anglade, a rappelé que l'État ne se gère pas comme une entreprise privée.

Nommer à la tête d'une société d'État un partenaire d'affaires et doubler son salaire, c'est un conflit d'intérêts flagrant.

Dominique Anglade

Pour QS, M. Fitzgibbon tente de se faire passer pour une victime en s’en prenant au travail des médias et en brandissant une possible démission.

Le député de Rosemont, Vincent Marissal, qui a fait une demande d’enquête auprès de la commissaire à l’éthique, a appelé le ministre à faire preuve d’une grande prudence avant de nommer d'autres personnes qu'il connaît.

S'il [Pierre Fitzgibbon] devait démissionner, ce n'est pas parce qu'il deviendrait un fardeau pour son gouvernement, mais parce qu'il aurait posé des gestes répréhensibles, c'est une nuance.

Vincent Marissal, député de Québec solidaire

De son côté, le PQ souligne le caractère suspect de la vente des intérêts dans Move Protéine, qui s'est officialisée à peine quelques jours avant la nomination de M. LeBlanc. Même s’il reconnaît que le ministre avait le droit de vendre ou non sa participation, le député de René-Lévesque, Martin Ouellet, se demande pourquoi tout s'est réglé juste avant l'arrivée de M. LeBlanc.

« Qu'est-ce que ça dit sur sa nomination? Il faut être capable d'être confronté à ses choix. Dans ce cas, cela démontre qu'il y avait promiscuité », observe M. Ouellet.

Il croit que la Coalition avenir Québec (CAQ), qui a longtemps reproché à l’ancien gouvernement libéral ses nominations partisanes, subit « l'effet boomerang ».

Avec les informations de La Presse canadienne

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