•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'objectivité n'est pas toujours au rendez-vous lors des contrôles frontaliers

Des passagers dans un aéroport canadien.
Les services frontaliers du Canada Photo: La Presse canadienne / Graham Hughes
Radio-Canada

L'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) effectue actuellement un examen pour déterminer si ses agents et ses lecteurs de passeports automatisés manquent d'objectivité par rapport à certains voyageurs, rapporte CBC.

Les travaux effectués jusqu'à présent, dont les résultats ont été obtenus par CBC en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, suggèrent que la plupart des différences dans le traitement des voyageurs sont liées à des questions de procédures plutôt qu'à des préjugés à l'endroit de groupes ethniques ou de ressortissants de certains pays.

Des agents des services frontaliers ont toutefois utilisé leur pouvoir discrétionnaire pour ordonner de nouvelles inspections visant des voyageurs provenant du Moyen-Orient, d'Afrique et des Caraïbes, et ce, dans une plus grande proportion que pour les voyageurs originaires des États-Unis ou de l'Europe de l'Ouest.

Ces vérifications ont également confirmé que les agents frontaliers étaient davantage portés à examiner une deuxième fois la déclaration d'un Canadien rentrant au pays que celle d'un visiteur américain.

Par ailleurs, des communications internes de l'ASFC indiquent que les nouvelles bornes d'inspection primaire (BIP), qui lisent les passeports dans certains aéroports canadiens, feraient davantage d'erreurs lorsqu'elles traitent les documents de gens provenant de certaines communautés culturelles.

L'une des analyses obtenues par CBC découle d'un reportage diffusé en mai 2018 par le réseau CTV; ce document d'analyse a été remis en juillet dernier au ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Ahmed Hussen.

En 2017, environ 3,5 millions de personnes arrivant dans des aéroports canadiens ont été sélectionnées pour une inspection secondaire, que ce soit pour des questions liées à l'immigration ou aux douanes, pour payer des taxes ou des frais, ou encore relativement à d'autres questions liées à la santé ou à des importations.

Le rapport d'analyse précise que très peu de voyageurs sont sélectionnés au hasard pour une seconde inspection, soit 70 000 sur les 4,2 millions d'inspections conduites en 2017, donc moins de 2 % au total. La différence entre le nombre de voyageurs et le nombre d'inspections tient au fait que certaines personnes arrivant au pays font l'objet de plusieurs vérifications.

Différences selon les pays

Toujours selon l'analyse de l'ASFC, la fréquence à laquelle les voyageurs étaient sélectionnés pour une seconde inspection variait très largement en fonction de leur pays d'origine.

Ainsi, les Iraniens arrivant au Canada en 2017 étaient en moyenne 20 fois plus à risque de faire l'objet d'une nouvelle inspection pour des questions de douanes et six fois plus à risque pour des questions d'immigration que des Islandais.

Un Jamaïcain, lui, risquait 10 fois plus de subir une deuxième inspection à des fins de douanes ou d'immigration qu'un Danois.

Le Canada traite bien entendu les voyageurs de façon différente en fonction de leur passeport. Les Iraniens et les Jamaïcains ont besoin d'un visa pour venir au Canada, contrairement aux Islandais et aux Danois.

L'analyse porte cependant à croire que les différences de taux d'inspections secondaires ne découlent pas de décisions politiques.

Le document souligne qu'environ 10 % des voyageurs sont sélectionnés pour une inspection secondaire et que « la vaste majorité [d'entre eux] l'a été pour des raisons obligatoires, et la plus grande proportion de ces cas proviennent d'une BIP ».

En fait, seuls 140 000 des 2 millions d'inspections secondaires ordonnées pour des enjeux liés à des questions de douanes (contrairement aux dossiers se rapportant à l'immigration) l'ont été par des agents utilisant leur pouvoir discrétionnaire. Toutes les autres ont été commandées automatiquement, généralement par des machines.

Puisque l'ASFC est au fait de la tendance des bornes à diriger inutilement des gens vers des inspections secondaires, un agent s'occupe de gérer ces demandes. Selon l'analyse, les douaniers humains annulent, six fois sur dix, les demandes provenant des machines.

Le printemps dernier, l'ASFC a commencé à ajouter davantage de questions portant sur la nourriture et les plantes à la liste à laquelle les voyageurs doivent répondre lorsqu'ils utilisent une borne. Au dire du document d'analyse, ces précisions ont permis de réduire de moitié le nombre de passagers sélectionnés pour des inspections secondaires.

Faux positifs et négatifs

Des communications internes de l'Agence des services frontaliers indiquent par ailleurs que les bornes pourraient présenter des problèmes lorsque vient le moment d'évaluer certains passeports. On évoque ainsi de « faux positifs », lorsque la borne se trompe dans l'évaluation d'un passager et indique incorrectement qu'il y a un problème, et de « faux négatifs », quand elle échoue entre autres à détecter de faux papiers.

Les documents fournis à ce sujet par l'ASFC sont lourdement caviardés. « [L'Agence] ne donnera pas de détails sur ce rapport, en raison de la protection de la sécurité nationale et de l'intégrité des processus frontaliers », a fait savoir le porte-parole Nicholas Dorion.

Aux États-Unis, enfin, une récente étude souligne que des appareils similaires à ceux employés dans les aéroports canadiens connaissent régulièrement des problèmes quant à la détection correcte des visages de voyageurs basanés ou à la peau noire.

Selon les travaux du MIT, ces appareils se trompaient dans 0,8 % des cas en examinant des visages blancs, mais leur taux d'erreur bondissait toutefois à 34 % lorsqu'il était question de femmes basanées ou noires.

Avec les informations de CBC News

Politique fédérale

Politique