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Le Sri Lanka admet la « défaillance » de ses services de renseignement

Des femmes habillées en blanc assistent aux funérailles. Plusieurs sont en pleurs.
Les parents et les proches d'un bambin de huit mois qui est mort dans les attentats laissent éclater leur douleur lors de ses funérailles, mercredi, à Negombo. Photo: Reuters / Athit Perawongmetha
Radio-Canada

Le gouvernement sri-lankais assume sa part de responsabilité dans le carnage sans précédent commis à Pâques dans des églises et des hôtels de luxe du Sri Lanka, qui ont fait 359 morts et environ 500 blessés, selon le plus récent bilan.

L’affaire risque d’alimenter la polémique engendrée par le fait que les services de renseignements du pays ont été prévenus de l’imminence d’une attaque, sans que des mesures de sécurité particulières soient prises en conséquence.

Il y a clairement eu une défaillance de la communication de renseignements. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités, car si l'information avait été transmise aux bonnes personnes, cela aurait pu permettre d'éviter ou de minimiser [ces attentats].

Ruwan Wijewardene, vice-ministre de la Défense, en conférence de presse, mercredi, à Colombo

Selon le leader du gouvernement au Parlement, Lakshman Kiriella, les services de renseignement indiens ont prévenu leurs homologues sri-lankais d'un risque d'attentats-suicides contre des églises, des hôtels et des responsables politiques dès le 4 avril.

Un responsable sri-lankais avait précédemment avancé que l’information venait de l’Inde et des États-Unis, mais l’ambassadrice américaine au Sri Lanka, Alaina Teplitz, a formellement démenti que son pays avait fourni des renseignements du genre.

Certains hauts responsables des services de renseignement ont délibérément caché cette information. Les informations étaient disponibles, mais les responsables des services de sécurité n'ont pas fait ce qu'il fallait.

Lakshman Kiriella, leader du gouvernement du Parlement

Ce cafouillage s’inscrit dans le contexte d’un conflit entre le président Maithripala Sirisena et le premier ministre Ranil Wickremesinghe, qui se vouent une animosité réciproque. Le second a été limogé par le premier cet automne, avant d’être réinvesti après sept semaines de chaos politique.

Les services de renseignements relèvent du président sri-lankais, et le porte-parole du gouvernement a assuré que l’alerte en question n’avait pas été transmise au premier ministre ni à d’autres ministres de haut rang.

Dans un discours à la nation fait mardi, le président Sirisena a aussi affirmé qu’il n’était pas au courant de ces renseignements. Il a promis d’agir contre les responsables en cause et de restructurer les forces de sécurité du pays.

Le personnel de sécurité sri-lankais en état d'alerte maximale le 23 avril 2019 au soir à Colombo, Sri Lanka. Le personnel de sécurité sri lankais en état d'alerte maximale le 23 avril 2019 au soir à Colombo, Sri Lanka. Photo : Getty Images / Atul Loke

Neuf assaillants éduqués et indépendants de fortune

Selon les plus récentes informations fournies mardi par le vice-ministre Wijewardene, les responsables des attaques sont des membres dissidents de deux organisations islamistes locales, National Thawheed Jama'ut (NTJ) et Jammiyathul Millathu Ibrahim (JMI).

Le leader du groupe est l’un des kamikazes qui s’est fait exploser à l’hôtel Shangri-La de Colombo, a-t-il précisé mercredi. Il s’agirait de Mohammed Zahran aussi connu sous le nom de Zahran Hashmi.

Huit des neuf assaillants, dont une femme, ont été identifiés pour le moment. L'un d'eux avait étudié en Grande-Bretagne et en Australie.

Ils pensent que l’islam peut être la seule religion dans le pays. La plupart sont éduqués et viennent de la classe moyenne ou la classe moyenne supérieure, donc ils sont assez indépendants financièrement et leurs familles sont assez stables, ce qui est un facteur inquiétant.

Ruwan Wijewardene, vice-ministre de la Défense

D'après des éléments de l'enquête dont l'AFP a eu connaissance, deux frères islamistes sri-lankais issus d'une famille aisée ont joué un rôle-clé dans les attaques. Ils se seraient fait exploser respectivement aux hôtels Shangri-La et Cinnamon Grand Hotel. Leur père fait partie des personnes actuellement aux mains des forces de l'ordre, a confirmé mercredi M. Wijewardene en réponse à une question en ce sens.

Le groupe armé État islamique a revendiqué les attentats, dans un message transmis mardi par leur agence de propagande, AMAQ, en publiant une photo de huit présumés assaillants, dont un seul n'est pas masqué. Il s'agirait de Mohamed Zahran.

Le premier ministre sri-lankais a confirmé mardi que les autorités cherchent à déterminer quel soutien logistique les assaillants pourraient avoir obtenu de groupes étrangers.

Pas d'informations permettant d'établir un lien avec les attaques de Christchurch

Le service de renseignement de la Nouvelle-Zélande ne dispose pour l'heure d'aucun élément permettant d'établir une corrélation entre les attentats-suicides au Sri Lanka et les attaques dans deux mosquées de Christchurch, a indiqué mercredi la première ministre Jacinda Ardern.

Le vice-ministre Wijewardene avait déclaré mardi que le carnage perpétré le jour de Pâques contre des églises chrétiennes et dans des hôtels avait été commis en représailles à la tuerie dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, à la mi-mars.

Nous n'avons rien reçu officiellement et nous n'avons aucun rapport du service de renseignement qui corrobore ce qui a été dit au Sri Lanka. Le Sri Lanka en est aux premières étapes de l’enquête. [...] Nous n’avons rien à ce stade pour corroborer [cette piste].

Jacinda Ardern, première ministre de la Nouvelle-Zélande

Le vice-ministre n'avait toutefois pas expliqué en détail pourquoi il croyait qu'un lien existait entre la tuerie de Christchurch et celle du Sri Lanka, évoquant « de premiers éléments dans l’enquête ». Selon Associated Press, il a d'ailleurs fait marche arrière mercredi.

Les autorités sri-lankaises, dont les pouvoirs ont été renforcés par le décret de l'état d'urgence, affirment de leur côté que l'enquête progresse. Le porte-parole de la police Ruwan Gunasekara a déclaré tôt mercredi que 18 suspects avaient été interpellés pendant la nuit, ce qui porte à 58 le nombre total de personnes arrêtées.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, et Associated Press

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