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Opiacés : premières inculpations de dirigeants pharmaceutiques aux États-Unis

Des comprimés d'OxyContin.
Les médecins américains ont trop prescrit de médicaments contenant du fentanyl, selon un groupe de chercheurs. Photo: Toby Talbot/AP Photo/Feb. 19, 2013
Agence France-Presse

Deux ex-dirigeants d'un grossiste en pharmacie ont été inculpés pour avoir honoré des commandes de médicaments opiacés qu'ils savaient frauduleuses, une première dans la crise qui frappe les États-Unis, touchés par des dizaines de milliers de surdoses.

C'est la première fois que des dirigeants ou d'ex-dirigeants d'une entreprise pharmaceutique sont poursuivis pénalement dans un dossier lié aux opiacés, des antalgiques très puissants avec un fort risque de dépendance.

L'ancien employeur des deux inculpés, le grossiste en pharmacie Rochester Drug Cooperative (RDC), a conclu un accord à l'amiable avec le procureur fédéral de Manhattan, Geoffrey Berman, et accepté de verser une amende de 20 millions de dollars.

RDC a reconnu avoir « échoué à identifier et communiquer des commandes suspectes de médicaments par des pharmacies » de 2012 à 2017, dans un communiqué transmis par le groupe à l'AFP.

En échange de cette reconnaissance de certains faits, du paiement de l'amende et d'un engagement à réformer ses pratiques, la société a obtenu une suspension des poursuites pénales et conservé sa licence.

RDC est l'un des dix plus gros acteurs du secteur aux États-Unis, avec environ 1300 pharmacies clientes et un chiffre d'affaires annuel estimé à plus d'un milliard de dollars, selon des documents publiés mardi par les services du procureur Berman.

Selon l'enquête, le groupe n'a pas signalé au moins 2000 commandes suspectes de médicaments dont la distribution est contrôlée par l'agence américaine de lutte contre les drogues (DEA).

Objectif : faire des profits

L'équipe dirigeante de RDC, « y compris son ancien PDG [Laurence Doud], ont insufflé une culture de non-conformité au sein de l'entreprise et donné la priorité à l'augmentation des commandes, satisfaire les clients existants et, par-dessus tout, faire de l'argent », selon les documents publiés mardi.

« Sous la direction de Doud [PDG de 1991 à 2017], RDC a livré des dizaines de millions de [cachets] d'oxycodone, [de] fentanyl et d'autres opiacés [potentiellement] dangereux » à des pharmacies dont des employés de RDC savaient « qu'elles les distribuaient à des individus qui n'en avaient pas besoin médicalement » et en avaient informé leur patron, affirme l'accusation.

M. Doud a été interpellé mardi pour association de malfaiteurs en vue de distribuer des stupéfiants et d'échapper au contrôle des autorités. Un juge a ordonné sa remise en liberté moyennant le versement d'une caution de 500 000 $.

L'ancien responsable de la conformité de RDC, William Pietruszewski, a plaidé coupable aux deux mêmes chefs d'accusation, et aussi de manquements à son devoir de signalement aux autorités.

Plusieurs centaines d'actions ont été intentées ces dernières années contre des groupes pharmaceutiques, mais il s'agit de la première au pénal.

Quelque 47 600 personnes sont mortes en 2017 d'une surdose d'opiacés aux États-Unis, selon les chiffres du Centre de contrôle des maladies (CDC).

« Cette épidémie a été nourrie par la cupidité », a fait valoir Geoffrey Berman lors d'une conférence de presse, soulignant que M. Doud trouvait un intérêt à ces ventes d'opiacés et avait vu son salaire plus que doubler entre 2012 et 2016.

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