•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Inondations : « Ma maison, je ne veux pas la perdre »

Un homme, de dos, marche dans l'eau avec des bottes de pluies. La rue est complètement submergée.

La rue Fournier est l'un des secteurs les plus touchés par les inondations à Saint-André-d’Argenteuil.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Jérôme Labbé

Une vingtaine de soldats des Forces armées canadiennes étaient attendus mercredi à Saint-André-d'Argenteuil, dans les Laurentides, pour aider la municipalité à se prémunir contre les crues printanières. Car la menace est double cette année : elle provient à la fois de la rivière des Outaouais et de la rivière du Nord.

Ida Chénier, 72 ans, habite une petite maison de la rue Fournier, en bordure de la rivière des Outaouais. L'eau, qui a déjà envahi son sous-sol, n'est plus qu'à quelques pouces du rez-de-chaussée.

La dame est anxieuse. « Ma maison, je ne veux pas la perdre », lâche-t-elle, étranglée par l'émotion. « C'est comme... sentimental. »

Dire qu'elle y est attachée relève de l'euphémisme. Cette résidence, elle l'a achetée en 1979 avec son frère, qui a péri dans un accident deux semaines plus tard. Les assurances ont payé la moitié de l'hypothèque.

« C'est lui qui m'a donné ça », résume-t-elle, symboliquement.

Mme Chénier en entrevue.

Ida Chénier a l'impression de revivre le cauchemar de 2017.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

En attendant que l'eau se retire, Mme Chénier a trouvé refuge chez une amie. Celle-là même qui l'avait hébergée lors des inondations printanières de 2017.

Car ce n'est pas la première fois que Mme Chénier voit sa maison inondée. Elle avait même accueilli une équipe de Radio-Canada à deux reprises, en 2017 : une première fois, après avoir réintégré son domicile; puis une seconde fois, pour témoigner du manque de soutien envers les sinistrés.

Nous l'avons croisée par hasard, mardi, au bas de la côte de la rue du Couvent, qui donne normalement accès à la rue Fournier. Elle y vient trois ou quatre fois par jour pour jauger le niveau de l'eau, attendant impatiemment de pouvoir rentrer chez elle.

« En 40 ans, c'est seulement la deuxième fois que ma maison est inondée », assure Mme Chénier.

Un homme manie une chaloupe en plein milieu de la rue.

À l'heure actuelle, seules les embarcations nautiques peuvent circuler sur la rue Fournier.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

La septuagénaire n'a pas attendu l'aval de Québec pour restaurer sa demeure après les inondations de 2017. Les planchers et le bas des armoires, malmenés par les deux pouces d'eau qui s'étaient accumulés au rez-de-chaussée, ont été refaits. Le revêtement extérieur, lui, devait être changé cet été. « Mais là, je ne sais pas... », soupire-t-elle.

Deux cours d'eau sous surveillance

Même si sa maison est la plus basse de la rue Fournier, Mme Chénier est loin d'être la seule résidente de Saint-André-d'Argenteuil à être aux prises avec des inondations cette année, explique le maire, Marc-Olivier Labelle.

Plusieurs autres maisons sont en danger, dont celles de la terrasse Robillard et de l'île aux Chats, qui doivent composer avec la crue de la rivière du Nord, elle aussi gonflée par la fonte des neiges et les fortes précipitations reçues depuis la fin de semaine dernière. Même l'église Saint-André Apôtre – qui abrite également une salle communautaire et une bibliothèque – se voit menacée par le cours d'eau.

Une digue de béton protège tant bien que mal l'église de la crue de la rivière.

Mardi, l'eau de la rivière du Nord avait commencé à envahir le stationnement de l'église Saint-André Apôtre.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

La situation est d'autant extraordinaire que la rivière du Nord n'était pas sortie de son lit en 2017.

« Actuellement, ce qu'on craint le plus, c'est l'augmentation du niveau et du débit de la rivière du Nord », confirme le maire Labelle.

Le pire est peut-être à venir, ajoute-t-il, précisant que chaque printemps est accompagné de deux crues espacées dans le temps.

« La deuxième crue, on l'anticipe. À savoir quand, ce serait très difficile de le prévoir. On a eu près de deux semaines entre la première et la deuxième crue en 2017. On anticipe une situation similaire cette année. La quantité de neige au nord du bassin versant de la rivière des Outaouais est importante. Les précipitations et la température vont influencer beaucoup la suite des choses, autant l'intensité que la rapidité de la deuxième crue. »

M. Labelle en entrevue.

Le maire de Saint-André-d'Argenteuil, Marc-Olivier Labelle.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Selon les chiffres du maire, quelque 167 résidences ont été inondées jusqu'ici; 60 de ces résidences ont été évacuées et 150 personnes ont dû trouver un autre endroit où se loger. Urgence Québec évoque pour sa part 34 résidences inondées, 45 résidences isolées et 67 personnes évacuées. Personne n'était disponible mardi soir au centre des opérations gouvernementales pour expliquer cet écart.

Dans tous les cas, Saint-André-d'Argenteuil demeure l'une des municipalités des Laurentides les plus lourdement touchées par les inondations cette année.

Un centre d'hébergement d'urgence a été aménagé à l'aréna de Lachute, mais jusqu'à maintenant, personne n'a eu besoin d'y passer la nuit. Les résidents évacués ont tous pu trouver des proches pour les héberger, explique le maire Labelle.

Une pancarte « À vendre » devant une maison inondées.

Selon le courtier immobilier André St-Jean, le nombre de maisons vendues à Saint-André-d'Argenteuil a chuté significativement après les inondations de 2017, passant de 38, en 2016, à 26 les deux années suivantes.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Les militaires attendus mercredi seront affectés en priorité à la protection de l'église Saint-André Apôtre, du pont de l'île aux Chats, de la rue de la Seigneurie et de la route 344, une artère vitale pour la municipalité de 3000 âmes. Ils devront travailler sous la pluie une bonne partie de la journée, si les prévisions d'Environnement Canada sont exactes.

Mais ces précipitations ne font pas peur à Ida Chénier. « J'espère encore, dit-elle. Je vais espérer jusqu'à la dernière minute. »

Avec la collaboration d'Olivier Bachand

Grand Montréal

Incidents et catastrophes naturelles