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Les petits ateliers mécaniques quittent certains quartiers montréalais

Jean-Marie Blanchard pose devant son atelier mécanique, récemment déménagé dans le quartier Rosemont-La Petite-Patrie.

Jean-Marie Blanchard n'a eu d'autre choix que de déménager son atelier mécanique du Plateau-Mont-Royal vers l'arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie.

Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

Dominic Brassard

Les petits ateliers mécaniques indépendants, qui faisaient autrefois partie du paysage commercial des quartiers centraux de Montréal, peinent aujourd'hui à y rester, touchés notamment par l'embourgeoisement. Des garagistes propriétaires préfèrent vendre leur immeuble, tandis que des garagistes locataires sont poussés vers les quartiers périphériques ou en banlieue.

« J'en connais beaucoup [de garages] qui sont partis », déplore Jean-Marie Blanchard, propriétaire d'un atelier mécanique indépendant à Montréal depuis 36 ans. « À chaque coin de rue, c'est de la construction. C'est toujours la même histoire qui se reproduit. [...] Les condos, les appartements... », ajoute le garagiste.

La façade de l'atelier mécanique Jean-Marie Auto, dans Le Plateau-Mont-Royal.

Le garage Jean-Marie Auto a dû quitter le Plateau-Mont-Royal récemment puisque le propriétaire du bâtiment a vendu l'immeuble.

Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

Et Jean-Marie Blanchard sait de quoi il parle. Jusqu'à tout récemment, le garage qu'il louait avait pignon sur rue dans Le Plateau-Mont-Royal. Mais l'immeuble a été vendu après le décès de sa propriétaire. Selon Jean-Marie Blanchard, son atelier mécanique ne faisait plus partie des plans du nouveau propriétaire, qui souhaitait plutôt transformer l'immeuble en appartements.

« Je voulais rester dans le Plateau, mais impossible », dit-il. Selon lui, aucun local ne permettait d'aménager un atelier mécanique. Il s'est donc résigné à déménager son commerce dans Rosemont–La Petite-Patrie, où il doit rebâtir sa clientèle.

L'assaut des condos dans Griffintown

Lorsqu'il a démarré son atelier mécanique en 1971, Zaven Darakjian était bien loin de se douter que son quartier subirait une transformation extrême 40 ans plus tard. Lorsqu'un promoteur lui a proposé d'acheter son commerce, le Pit Stop Garage, pour en faire des immeubles en copropriété, le garagiste a refusé, trop attaché à l'immeuble et jugeant qu'il n'y avait « pas assez d'argent sur la table ».

Zaven Darakjian dans son garage.

Le propriétaire du Pit Stop Garage, Zaven Darakjian, a refusé de vendre son garage à un promoteur immobilier qui souhaitait y construire des condominiums.

Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

Mais ce refus lui a coûté cher : en quelques années, les terrains voisins du garage ont tous été vendus, et des promoteurs y ont construit d'imposantes tours de copropriétés et des commerces. Conséquence : le Pit Stop Garage est aujourd'hui à peine visible de la rue, caché par des commerces. Le bâtiment est par ailleurs lourdement endommagé en raison des vibrations provoquées par les constructions voisines.

Le Pit Stop Garage semble tout petit par rapport aux immenses tours d'habitations construites dans les dernières années dans Griffintown.

Le Pit Stop Garage, un atelier mécanique établi depuis près de 50 ans, est devenu un bien petit point dans le paysage du quartier Griffintown.

Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

« Vous voyez maintenant, c'est un immense centre d'achats, décrit Zaven Darakjian. Les gens vivent dans les condos. C'est devenu comme la rue Sainte-Catherine, si tu veux. »

Pour accéder à l'atelier mécanique, il faut bien connaître les lieux. Une grille recouvre aujourd'hui l'entrée du Pit Stop Garage. Zaven Darakjian explique qu'il a un droit de passage permettant aux voitures d'accéder à la rue Peel.

« Pour respecter ce droit de passage, ils [les promoteurs] ont bâti comme un tunnel, à peu près 110 pieds de long. Puis c'est noir, parce qu'ils n'allument pas les lumières. On a perdu 60 % de notre clientèle. »

Le Pit Stop Garage, un atelier mécanique de la rue Peel.

L'atelier mécanique Pit Stop Garage est aujourd'hui à peine visible de la rue Peel, où des commerces et des tours à condominiums entourent maintenant le garage.

Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

Zaven Darakjian a choisi de résister, mais rares sont ses confrères du quartier Griffintown qui ont pris cette voie. Le quartier, presque complètement renouvelé, ne fait plus de place à ce type de commerce de proximité.

« Depuis les derniers 20 ans, j'ai vu à peu près 15 garages dans le secteur qui ont fermé. Il en reste deux et on vit sur du temps emprunté », raconte Zaven Darakjian.

Une tendance

De nombreux facteurs expliquent la disparition graduelle des ateliers mécaniques des quartiers centraux de Montréal. Le manque de relève, l'augmentation du coût des outils spécialisés et le fait que les voitures ont moins besoin d'entretien qu'avant font partie des raisons qui expliquent cette tendance.

George Iny de l'Association pour la protection des automobilistes.

George Iny de l'Association pour la protection des automobilistes, remarque que de nombreux ateliers mécaniques indépendants disparaissent à Montréal, tout comme l'expertise développée par ces mécaniciens au fil du temps.

Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

Pour George Iny, de l'Association pour la protection des automobilistes (APA), il est évident que la vigueur du marché immobilier joue aussi un rôle dans les grandes villes.

Pour un garagiste qui a acheté son commerce avec l'immeuble, il y a 35 ans, sa meilleure affaire de toute sa vie commerciale ne sera pas sa réparation d'autos, mais plutôt la vente de son immeuble!

George Iny de l'Association pour la protection des automobilistes (APA)

L'APA déplore par ailleurs la perte d'expertise liée à la disparition des petits ateliers mécaniques dans lesquels s'était développée, selon George Iny, une culture de la réparation plutôt que du remplacement des pièces.

Pour George Iny, ça ne fait pas de doute, le consommateur perd au change, obligé de se tourner vers les grandes enseignes et les concessionnaires pour faire réparer une voiture.

« Il y a des gens qui sont heureux parce qu'ils voient ça comme un phénomène désirable pour embourgeoiser un quartier, croit George Iny. J'ai l'impression que tout ce qui est artisanat pas glamour, les villes ne les veulent pas. [Elles] veulent des cafés et des boulangeries. »

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