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Des médecins mettent en garde contre la menace climatique sur la santé

Roxanne St-Pierre-Alain de la Fédération médicale étudiante du Québec

Photo : Radio-Canada / Anne Marie Lecomte

Anne Marie Lecomte

Une coalition de médecins, d'infirmières et d'étudiants en médecine appelle à l'intensification de la lutte contre les changements climatiques qui constituent la plus grande menace à la santé publique. À eux seuls, les épisodes de canicule et la pollution atmosphérique entraînent des milliers de décès prématurés au pays chaque année.

« Les changements climatiques ayant un effet direct sur la santé de la population, comment peut-on vivre en santé dans un environnement qui est malade? »

Cette question posée par l'infirmière Shirley Dorismond illustre bien les préoccupations des professionnels de la santé qui ont lancé leur message mardi, à quatre jours de la marche qu'organise à Montréal le collectif citoyen La planète s'invite au Parlement, un mouvement auquel se sont associés les syndicats, le milieu communautaire et la coalition des médecins et des travailleurs du secteur de la santé.

Mme Dorismond représentait la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) à la conférence de presse tenue mardi à Montréal afin de presser les gouvernements d'agir en matière d'environnement. La FIQ est l'une des quelque vingt organisations membres de cette coalition de professionnels de la santé qui établissent un lien direct entre la pollution, les changements climatiques et les problèmes de santé publique.

Un lien qu'établit aussi l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui affirmait, en décembre dernier, que la diminution des gaz à effet de serre et l'atteinte des cibles de l'Accord de Paris permettraient de sauver un million de vies par an d'ici 2050.

« Quand j’ai commencé il y a trente ans, des îlots de chaleur et des vagues de chaleur intense et des décès à l’urgence, on ne voyait jamais ça », a expliqué l'urgentologue Éric Notebaert, qui assiste désormais à une situation « infernale » dans les urgences l'été.

« Il n’y a pas une semaine sans qu’on ne voie arriver aux urgences une personne âgée isolée qui n’a pas eu accès à de l’eau ou à une certaine fraîcheur », décrit le médecin qui enseigne à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal et qui assure la vice-présidence de l'Association canadienne des médecins pour l'environnement (ACME).

Outre les dizaines de décès enregistrés chaque année à cause des vagues de chaleur, beaucoup d'autres personnes souffrent durant ces épisodes caniculaires.

Ce sont des maladies qu’on ne voyait pas avant : des défaillances multisystémiques. Les gens ne décèdent pas, mais ils tombent en insuffisance rénale et respiratoire. Ils passent des jours, des semaines, des mois aux soins intensifs et finissent par mourir de façon assez catastrophique, assez souffrante.

Docteur Éric Notebaert

Le transport collectif et l'énergie

Soumis à cette nouvelle pression, le système de santé doit s'adapter à cette nouvelle réalité, dit le Dr Notebaert, qui insiste sur la nécessité, pour l'État, d'agir dans deux domaines clés : le transport collectif et l'énergie.

Il est démontré que le fait d'emprunter le transport en commun diminue les risques de souffrir d'obésité, de cancer et de plusieurs maladies chroniques, dit le Dr Notebaert. « Il faut dissuader l’utilisation de l’auto solo, insiste-t-il. Nos gouvernements doivent avoir le courage de le faire et d'arrêter des projets insensés comme le troisième lien à Québec. » L'urgentologue s'insurge aussi contre les subventions accordées à l'industrie pétrolière, « une énergie mortifère » et les projets de fracturation hydraulique tels que celui de GNL, au Saguenay.

« On a revu toute la littérature sur la fracturation hydraulique l’été dernier, et il y a des problèmes sérieux, déclare le Dr Notebaert : retards de croissance chez les bébés, malformations neurologiques au niveau cérébral, cancers accrus chez les enfants, problèmes d'asthme, de rhinites et même de l’anxiété et du stress au sein des communautés déplacées. »

Le Québec n'est pas prêt, selon une étudiante en médecine

Et il y a d'autres problèmes... Des insectes porteurs de la maladie de Lyme, par exemple, sont favorisés par le réchauffement du climat. « Ces insectes développent de nouveaux habitats et ils ont le plaisir d’y vivre, à nos dépens », déplore la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, médecin-résidente en médecine familiale et représentante de l’ACME.

Les étudiants en médecine aussi se disent inquiets « pour la santé de leurs futurs patients », comme l'explique Roxanne St-Pierre-Alain, déléguée à la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ) et présidente de la Fédération internationale des associations d'étudiants en médecine (IFMSA-Québec). « Les impacts des changements climatiques sur la santé se manifestent déjà dans nos hôpitaux, et le système de santé de la province ne semble pas prêt à faire face à l'urgence de cette situation », dit-elle.

La coalition des professionnels en santé recommande aussi aux gouvernements de verdir les villes et d'accroître la recherche et l'éducation en santé publique. Enfin, elle presse l'ensemble de la population à se mobiliser pour l'environnement.

« La transition vers un environnement sain est incontournable pour assurer la santé de la population québécoise », affirme Yan Giroux, infirmier clinicien et président de l’Association interprofessionnelle et interdisciplinaire en santé du Québec (AIISQ).

Avec les informations de La Presse canadienne

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