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Un thérapeute doit-il dénoncer un patient dans un cas de pornographie juvénile?

Un homme assis devant un écran de visages floués

L’Association des psychiatres du Canada a rédigé un document qui propose certaines indications aux professionnels de la santé. Le document démontre que, si les médecins doivent protéger la vie privée de leurs patients, ils ont également la responsabilité d’avertir les autorités si un patient menace explicitement de s’en prendre à quelqu’un.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Des professionnels de la santé trouvent difficile de trancher entre la protection de la vie privée des patients et la protection des victimes, dans les cas de pornographie juvénile.

Imaginez un cas où le patient se rend chez son thérapeute et lui confie qu'il télécharge de la pornographie juvénile sur Internet. Le patient ajoute qu’il a des fantasmes sexuels au sujet des enfants et qu’il ralentit au moment où il passe en voiture devant des cours d’école. Que doit faire le thérapeute?

Selon Bryan Salte, conseiller juridique au Collège des médecins et chirurgiens de la Saskatchewan, ce cas préoccupe les professionnels de la santé.

Un homme âgé en complet regarde la caméra, sans sourire. Il porte des lunettes.

Bryan Salte est conseiller juridique au Collège des médecins et chirurgiens de la Saskatchewan

Photo : Radio-Canada

Il ajoute que les réponses sur la marche à suivre sont loin d’être claires.

« Si [les thérapeutes] divulguent les informations à la police, c'est certainement la fin de la relation médecin-patient et probablement la fin de la capacité de traiter réellement le patient et de l'aider à l'empêcher de commettre des infractions », explique-t-il.

C’est l’un des défis qui empêchent les médecins de dormir la nuit.

Bryan Salte, conseiller juridique au Collège des médecins et chirurgiens de la Saskatchewan

« Est-ce que la conduite de leur patient est telle qu’elle comporte des risques pour les autres s’ils ne font rien », demande-t-il.

Un phénomène en constante évolution

Shabehram Lohrasbe est psychiatre légiste en Colombie-Britannique. Au cours des 30 dernières années, il a effectué des milliers d’évaluations, notamment sur des hommes ayant commis des infractions de violence sexuelle.

Il a témoigné la semaine dernière à la Cour du Banc de la Reine, à Saskatoon, lors de l’audience d’Ethan Fergusson, un homme de 29 ans qui a plaidé coupable à des accusations de leurre d’enfant et de téléchargement de pornographie juvénile sur Internet.

Un homme portant une chemise regarde droit devant lui.

Shabehram Lohrasbe est psychiatre légiste en Colombie-Britannique.

Photo : Photo fournie par Shabehram Lohrasbe

Selon lui, l’essor de la pornographie juvénile sur Internet a pris les professionnels de la santé par surprise.

« Des générations de thérapeutes n’avaient aucune expérience en la matière. Et, soudain, ce phénomène explose. Il ne s’agit pas d’un phénomène figé. Le réseau évolue, les sites évoluent, et aussi les méthodes de transmission des fichiers », explique-t-il.

« Nous ne savons pas comment la pornographie juvénile brouille l'esprit des gens. Nous pourchassons quelque chose qui est en train de changer sous nos yeux », constate-t-il.

Un document pour guider les thérapeutes

Il y a quelques années, l’Association des psychiatres du Canada a rédigé un document proposant certaines indications aux professionnels de la santé. Le document démontre que, si les médecins doivent protéger la vie privée de leurs patients, ils ont également la responsabilité d’avertir les autorités si un patient menace explicitement de s’en prendre à quelqu’un.

Ce document découle d’une décision de la Cour suprême.

« Les médecins ont l’obligation de maintenir la confidentialité des informations, mais cette obligation n’est pas absolue », explique un membre du conseil d’administration de l’Association, Joel Watts.

« Si, au cours de la thérapie, un patient dit qu'il habite avec des enfants et télécharge régulièrement de la pornographie, et que le clinicien craint que la personne ne soit tellement obsédée et plongée dans ses fantasmes qu'elle serait susceptible de passer à l’acte, il pourrait alors y avoir une obligation de signaler un danger possible », explique-t-il, en ajoutant que chaque cas doit être évalué individuellement.

Une réalité complexe

Le téléchargement de matériel de pornographie juvénile est illégal. Les autorités policières répètent d’ailleurs souvent que, chaque fois que quelqu’un regarde ce type de vidéos, l’enfant est à nouveau une victime.

Toutefois, selon Bryan Salte, la réalité est plus complexe.

« La création de cette vidéo a certainement fait de l’enfant une victime. Mais la réalité de cet enfant en particulier, vu la situation, c'est que rien ne peut plus arriver à cet enfant; c'est déjà une victime », explique-t-il.

Bryan Salte ajoute que certains ouvrages suggèrent que, chez certaines personnes, le fait de regarder de la pornographie juvénile comble leur envie. Cela peut donc sauver un enfant d'une agression potentielle.

D’autres ouvrages suggèrent au contraire que cela désensibilise les gens, qui peuvent alors ressentir le besoin de rechercher une victime, plutôt que de simplement être témoins d’agressions en regardant des vidéos.

Protéger les victimes potentielles

Shabrehram Lohrasbe dit qu'il se penche sur les façons de gérer les désirs déviants de ses patients, plutôt que de criminaliser par réflexe leur comportement.

« Le défi est d’essayer d’empêcher les enfants d’être agressés. Les patients qui ont des idées déviantes ne sont pas condamnés à les adopter. Et nous pouvons les aider », explique-t-il.

Avec les informations de Dan Zakreski de CBC Saskatoon

Justice

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