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  • En 1974, les œillets fleurissent durant la révolution au Portugal

    Il y a 45 ans éclatait la révolution des oeillets au Portugal.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Le 25 avril 1974, une révolution renverse une dictature vieille de près de 50 ans. Cette révolution dite « des  œillets », de même que ses conséquences, a été le sujet de plusieurs reportages à Radio-Canada.

    Un pays endormi se réveille

    Il a fallu 13 heures pour mettre fin à 48 ans de dictature. 13 heures et tout au plus une douzaine de morts et quelques blessés. Il y a de quoi rêver.

    Edward Belby

    Dans son reportage présenté à l’émission de radio Commentaires le 26 avril 1974, le journaliste Edward Belby explique que les révolutionnaires, qui ont pris le pouvoir au Portugal la journée précédente, l’ont fait sans trop d’effort.

    Les officiers ont renversé un gouvernement « absolu, monolithique et intouchable » qui avait fait du Portugal une des économies les plus pauvres d’Europe.

    En matière de politique, le Portugal s'était endormi durant les 50 ans de la dictature fasciste.

    Replongeons dans l’histoire récente du Portugal.

    Depuis 1926, le Portugal a rompu avec la démocratie parlementaire. En 1932, un universitaire, Antonio de Oliveira Salazar, prend le pouvoir. Il impose un nouvel ordre rétrograde et autoritaire qu’on surnomme l’Estado Novo.

    Une guerre fait tomber la dictature

    En 1974, l'Estado Novo est à bout de souffle.

    Depuis le début des années 1960, le Portugal poursuit une guerre pour conserver ses colonies africaines qui luttent pour acquérir leur indépendance.

    Les deux tiers de l’armée portugaise, 160 000 hommes, se battent en Guinée-Bissau, en Angola et au Mozambique.

    Cette guerre coloniale est perdue d’avance pour le Portugal.

    L’effort de guerre ruine le pays qui y consacre jusqu’à la moitié de son budget et empêche son développement économique.

    Au début de 1974, un nombre grandissant d’officiers de l’armée portugaise rejette la guerre.

    C’est le cas notamment du général Antonio de Spinola, héros de l’armée portugaise.

    Le général publie un livre dans lequel il affirme que le Portugal doit négocier une solution politique avec ses colonies.

    On s'arrache le livre de Spinola dans les librairies de Lisbonne et d'ailleurs au Portugal.

    Le limogeage de Spinola par le dictateur Marcelo Caetano provoque un soulèvement d’officiers gagnés à la lutte anticoloniale.

    Avec comme symbole de ralliement l’œillet rouge à leurs boutonnières, plusieurs capitaines et lieutenants prennent d’assaut Lisbonne et chassent le président Caetano du pouvoir.

    L’institution militaire venait de renverser une dictature et proposait de la remplacer par une démocratie.


    Le son de cloche des Portugais de Montréal

    46 années, vous savez, de régime autoritaire qui avait tout prévu, tout transformé au Portugal, ça vous laisse des marques qui seront tellement difficiles à effacer.

    Un Portugais de Montréal

    On ne peut pas conserver comme ça un régime colonialiste. […] Mais l’Afrique pour les Noirs, ça, ce n’est pas faisable.

    Un Portugais de Montréal

    La nouvelle de la victoire de la révolution des œillets est parvenue rapidement aux oreilles de la communauté portugaise de Montréal.

    Le 60, 1er mai 1974

    L’animateur de l’émission Le 60, Pierre Nadeau, a réuni quelques jours après la prise du pouvoir par les militaires une vingtaine de Portugais dans un restaurant montréalais.

    L’émission est présentée le 1er mai 1974 sur les ondes de la télévision de Radio-Canada.

    Après un rappel des événements qui ont conduit à la révolution des œillets, Pierre Nadeau interroge ses invités sur l’avenir de leur pays natal.

    Le premier constat : leur peur de parler de la situation politique dans leur pays s’est dissipée d’un seul coup.

    On constate aussi que beaucoup de Portugais de Montréal sont dubitatifs.

    S’ils espèrent une véritable révolution sociale et des élections libres au Portugal, ils ne savent pas à quoi va ressembler le nouveau régime.

    Quant à l’avenir de l’empire portugais, les avis sont partagés.

    Si plusieurs veulent voir le Portugal accorder l’indépendance à ses colonies, d’autres doutent que les Africains puissent se gouverner par eux-mêmes. Le débat sur ce sujet est très vif chez les Portugais.

    Le rempart européen

    Le premier ministre du Portugal, monsieur Mario Soares, s’est rendu ces jours derniers à Bruxelles pour tenter de convaincre les dirigeants du marché commun d’admettre le Portugal au sein de la Communauté économique européenne.

    Normand Harvey

    Bien d’abord, il y a l’intérêt politique. […] Après 50 ans de dictature s’est institutionnalisée la démocratie.

    Mario Soares, premier ministre du Portugal

    Téléjournal, 14 mars 1977

    Le 14 mars 1977, un reportage de Paul-André Comeau, correspondant à Bruxelles, présenté au Téléjournal et animé par Normand Harvey, rappelle que le Portugal vient de frapper à la porte de la Communauté économique européenne.

    Cette demande d’adhésion à l’ancêtre de l’actuelle Union européenne est fondée sur un raisonnement où la politique a une part importante.

    Pour le premier ministre Mario Soares, comme pour ses confrères et consœurs démocrates portugais, la mise en place d’un régime démocratique au Portugal n’était pas acquise.

    À cette époque, plusieurs démocrates portugais et occidentaux craignaient que la révolution des œillets ne fasse basculer le Portugal dans l’orbite de l’Union soviétique.

    Pour éviter une régression dictatoriale de nature communiste ou fasciste, les démocrates portugais ont besoin d’un rempart.

    Ce rempart, c’est notamment l’appui des démocraties libérales européennes qui le constitue.

    La protection du rempart s'activera lorsque le Portugal entrera dans la Communauté économique européenne (CEE).

    Le 11 mars 1977, le premier ministre Soares se rend à Bruxelles pour annoncer la demande d’adhésion du Portugal à la CEE. Cette demande deviendra officielle le 28 mars 1977.

    Après débat, les 12 membres de la CEE acceptent les arguments du gouvernement portugais.

    Le 1er janvier 1986, le Portugal, de même que l’Espagne et la Grèce – deux pays qui eux aussi viennent de renouer avec la démocratie après des années de dictature – entrent formellement dans la CEE.

    Cette adhésion est à la fois une récompense pour le Portugal qui s'est démocratisé grâce à la révolution des œillets, mais aussi un appui inédit à la consolidation du projet démocratique portugais par d'autres pays européens.

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