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Le blocage des réseaux sociaux inquiète les défenseurs des libertés

Une chaîne entoure un ordinateur.
Certains s'inquiètent pour l'avenir de la liberté sur Internet. Photo: getty images/istockphoto / Grindi
Agence France-Presse

La décision des autorités sri-lankaises de bloquer les réseaux sociaux après la série d'attentats meurtriers de dimanche illustre la méfiance envers ces plateformes, accusées de laisser proliférer désinformation et contenus incitant à la haine ou à la violence. Mais certains soulignent qu'il s'agit d'une atteinte à la liberté d'expression et à l'accès à l'information.

Une vague d'attentats-suicides coordonnés contre des églises célébrant la messe de Pâques et des hôtels a fait plus de 300 morts dimanche au Sri Lanka.

Selon le groupe de défense des droits numériques NetBlocks, les autorités ont bloqué Facebook, ses filiales WhatsApp et Instagram et son service de messagerie Messenger, mais aussi YouTube, la messagerie Viber ainsi que le réseau social Snapchat.

Changement de ton du côté des États

C'est la deuxième fois que Colombo prend cette mesure, inaugurée l'an dernier lors d'une vague de violences. Une démarche qui illustre le changement radical de l'image des réseaux sociaux, vus il y a encore quelques années, au moment des révolutions arabes de 2011 en particulier, comme les vecteurs d'une expression et d'une information libres.

 Dans le monde entier, des gouvernements, y compris ceux qui utilisent les réseaux sociaux [...], ont compris le risque posé par des plateformes comme WhatsApp , a estimé Jennifer Grygiel, spécialiste du sujet à l'Université de Syracuse, aux États-Unis.

Lors d'actes terroristes, ils agissent vite maintenant pour empêcher les rumeurs et d'éventuelles violences, mais la facilité avec laquelle ils peuvent fermer les plateformes montre aussi combien ils ont du pouvoir et du contrôle sur ces entreprises.

Jennifer Grygiel

Colombo a sans doute été d'autant plus prompt à couper ces réseaux sociaux qu'une polémique avait éclaté après un double attentat anti-musulmans en mars en Nouvelle-Zélande : l'assaillant avait filmé la tuerie et l'avait retransmise en direct sur Facebook, qui avait, comme YouTube notamment, eu énormément de mal à supprimer ces images qui s'étaient répandues très vite sur le web.

Une décision inefficace

Selon NetBlocks, la décision du Sri Lanka a pu être contre-productive.  Pendant une crise, restreindre l'accès à Internet accélère la propagation de la désinformation, car les sources fiables d'informations sont coupées , a publié l'organisation sur Twitter.

De plus, selon des études universitaires, le blocage des réseaux sociaux est susceptible de mener à davantage de violences au lieu de les limiter.

En février, Jan Rydzak, de l'Université de Stanford, avait ainsi écrit qu'en Inde, cela avait été beaucoup plus souvent associé à des hausses de cas de violences collectives.

De possibles dangers

La décision de Colombo, qui veut maintenir l'interdiction le temps de son enquête, est problématique, pense aussi Amy Lehr, responsable des droits de la personne au sein du groupe de réflexion américain Center for Strategic and International Studies.  Qui décide qu'il s'agit d'une urgence? , demande-t-elle.

Nous sommes tous dans la compassion en cas d'attentat terroriste, mais que se passerait-il en cas de manifestation prodémocratie en Iran?

Amy Lehr

En bloquant Facebook, le Sri Lanka a aussi bloqué la fonction safety check, qui permet aux utilisateurs situés dans une zone touchée par une catastrophe de signaler qu'ils sont en sécurité.

Selon Allie Funk, de l'association de protection des droits de la personne Freedom House, cette décision est dangereuse.

Les gens ont besoin des plateformes numériques pour avoir une information fiable et contacter leurs proches

Allie Funk

La responsabilité des réseaux sociaux

Cette décision est  une conséquence inévitable et malheureuse de l'incapacité des plateformes à cesser de [servir de caisse de résonance]  aux complots et à la colère sur Internet, pense pour sa part Karen Kornbluh, ancienne conseillère à la Maison-Blanche, aujourd'hui responsable des questions de démocratie numérique au sein du groupe de réflexion German Marshall Fund.

 Cela illustre l'idée fausse selon laquelle tout changement dans les pratiques des plateformes Internet aboutirait à étouffer la liberté d'expression [...], si ces plateformes continuent à contribuer à la désinformation, cela conduira à moins de liberté d'expression sur Internet , ajoute-t-elle.

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