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Inondations au Québec : encore trop tôt pour pousser un soupir de soulagement

À Saint-Joseph-du-Lac, aux abords du lac des Deux Montagnes, le sous-sol de la résidence de Sarah Montplaisir est complètement inondé. Elle a dû tout déménager dans son salon.

Photo : Radio-Canada / IVANOH DEMERS

Radio-Canada

Les crues printanières que combattent des milliers de Québécois sont sur le point d'atteindre leur point culminant pour l'essentiel des secteurs de l'ouest de la province, affirme le porte-parole national de la Sécurité civile, Éric Houde. Québec se prépare tout de même à ce que ces niveaux puissent augmenter encore davantage, par endroits, jusqu'à la semaine prochaine.

De l’Outaouais jusqu’à la région de Montréal, « probablement qu’on va atteindre notre niveau maximal au courant de la journée, sinon demain matin, et ce niveau-là devait être maintenu avec les systèmes [météorologiques] que nous avons autour de nous », a-t-il indiqué en entrevue à Radio-Canada mardi matin.

Ensuite, « dépendamment du ruissellement, du résultat de la fonte, de la pluie qui est annoncée – qui s’en vient de l’ouest vers l’est – dépendamment des précipitations, ce plateau-là va se maintenir », précise-t-il à l’intention des riverains du lac des Deux Montagnes, et des rivières des Prairies et des Mille Îles.

On va être en bas des niveaux de 2017 […] La limite de la progression est sur le bord d’arriver. Par contre, ça ne veut pas dire non plus que ça va baisser d’un pied dans deux jours. C’est un gros système hydrique. […] Ça peut être stable longtemps, et après ça on va voir une certaine descente, dépendamment des systèmes météo qui vont suivre par après.

Éric Houde, porte-parole national de la Sécurité civile

Hugo Sansoucy, chef de la production et de la planification chez Hydro-Québec, confirme que la situation s'est stabilisée au barrage Carillon, situé à la sortie du bassin versant de la rivière des Outaouais. Il prévient toutefois que les précipitations et la fonte de la neige dans les secteurs situés au nord du bassin versant risquent d'entraîner une « augmentation relativement modeste » du niveau du lac des Deux Montagnes.

« On s’attend à ce qu’il y ait une certaine remontée parce qu’il y a eu des températures plus douces hier et avant-hier, qui ont commencé à faire fondre une partie du couvert de neige dans le centre du bassin, et il y a des précipitations qui sont attendues aujourd’hui, demain et jeudi, qui vont faire en sorte qu’on s’attend à une remontée du débit à Carillon d’ici la fin de la semaine ou le début de la semaine prochaine », explique-t-il.

« La hausse des apports qu’on a eue dans la dernière semaine est vraiment attribuable à des précipitations très importantes qui ont eu lieu dans le sud du bassin et à la fonte de la neige dans le sud du bassin de la rivière des Outaouais », résume-t-il. « Il reste beaucoup de neige dans le nord, mais nos réservoirs, étant donné qu’il n’y a pas eu encore énormément de fonte, sont en mesure de jouer leur rôle, de retenir ces volumes. »

Même si le débit au barrage de Carillon est stable, ça ne veut pas dire que l’inondation va se terminer. […] La crue la plus importante, ça va se passer entre ce soir et demain soir.

Daniel Boyer, directeur intérimaire du Service de sécurité incendie de Rigaud

La situation n'en demeure pas moins inquiétante en amont du barrage de Carillon, où le débit et le niveau de l'eau de la rivière des Outaouais pourraient connaître une hausse additionnelle dans les prochains jours en raison de la fonte des neiges et des précipitations à venir.

Mardi, on enregistrait au barrage un débit de 7700 mètres cubes par seconde et on s'attendait à ce que ce débit augmente à 8000 mètres cubes par seconde, ce qui demeure encore en deçà des 8800 mètres cubes par seconde enregistrés lors des inondations de 2017.

Le combat d’un sinistré contre les eaux

Selon la Commission de la planification de la régularisation de la rivière des Outaouais (CPRRO), le niveau d'eau va augmenter et devrait dépasser le seuil d'inondation le long du tronçon entre le lac Coulonge et le lac Deschênes. Le niveau de l'eau le long du tronçon entre Ottawa-Gatineau et Grenville-Hawkesbury devrait augmenter plus rapidement plus tard cette semaine.

« Les niveaux de pointe pourraient être semblables aux niveaux observés lors de la crue de mai 2017 à tous les endroits », affirme la CPRRO dans sa prévision publiée lundi après-midi.

Selon le dernier bilan fourni mardi soir par la Sécurité civile, 1941 résidences ont été inondées au Québec, 1965 autres sont isolées et 1377 personnes ont été évacuées.

Deux hommes, bottes aux pieds, portent des cartons.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les résidents sauvent ce qu'ils peuvent alors que le niveau de l'eau est déjà élevé.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le lac Saint-Pierre sous haute surveillance

Dans le secteur du lac Saint-Pierre, le niveau de l’eau pourrait atteindre son niveau maximal « demain, peut-être après-demain », poursuit M. Houde. Cela dépendra de la fonte des neiges au nord, qui vient s’ajouter à toute l’eau qui arrive de l’ouest de la province, et du « bouchon » que forment les marées hautes, actuellement d'un niveau assez élevé sur le fleuve Saint-Laurent.

« Mais la pleine lune est en décroissance, ce qui fait que le système des marées est en train de baisser », ajoute le porte-parole de la Sécurité civile. « Ça va descendre le seuil des hautes marées […] et ça va faire de la place pour que le lac Saint-Pierre puisse se vider. On pense que dans 3-4 jours, ça devrait diminuer la pression sur le lac Saint-Pierre. »

La ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault, abonde dans le même sens. « Aujourd’hui et demain, les secteurs les plus critiques qu’on surveille, c’est vraiment le Centre-du-Québec, la Mauricie, la Capitale-Nationale, Chaudière-Appalaches, qui est déjà dans un état très critique, à Sainte-Marie et à Beauceville, notamment », a-t-elle affirmé en entrevue à Gravel le matin.

Il y a le lac Saint-Pierre qui pourrait générer des problèmes, à Bécancour et à Nicolet, [et] à Québec le lac Saint-Charles. C’est les secteurs qu’on surveille beaucoup aujourd’hui.

Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique

À certains endroits de la province, « ça pourrait effectivement durer jusqu’à la semaine prochaine », affirme Mme Guilbault, en évoquant les précipitations qui doivent encore s'y abattre plus tard cette semaine.

« Il y a plusieurs endroits où il faut rester extrêmement vigilants », affirme la ministre. « Comme la situation est différente pour chacune des régions, chacun des secteurs, suivez les consignes qui vous sont données par vos autorités locales », ajoute-t-elle.

Une femme et un homme sont transportés dans une pelle de tracteur. Une femme devant une maison située tout près a les pieds dans l'eau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mylène, une résidente de l'île Mercier, au sud de l'île Bizard, a été ramenée chez elle dans une pelle de tracteur, lundi. L'homme qui l'accompagne vient l'aider à lutter contre la crue des eaux.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« Dur coup » pour des sinistrés de la Beauce

En Beauce, d'autres riverains de la Chaudière pourront réintégrer leur résidence mardi, mais ils doivent se préparer à de mauvaises surprises, prévient Éric Houde de la Sécurité civile.

« Ça va être un dur coup aujourd’hui . […] Vu que c’était des inondations rapides – avec embâcle et à l’eau libre par après –, ça a monté vite. Les gens n’ont pas eu le même temps pour se préparer que les gens de l’ouest », observe-t-il.

Selon lui, il est possible que les inondations qui ont notamment touché Sainte-Marie soient les pires en plus d'une centaine d'années.

Un peu moins de 200 résidences de la petite municipalités étaient encore inondées mardi soir, selon la Sécurité civile.

En Beauce, l’eau est en train de se retirer, les gens se préparent à réintégrer [leur domicile]. Mais au niveau de l’ouest, c’est plus long; c’est un système qui est lent à monter, et tout ce qui est lent à monter est lent à descendre.

Éric Houde, porte-parole national de la Sécurité civile

Éric Houde invite lui aussi les résidents qui vont rentrer chez eux d’ici peu à suivre les consignes des autorités pour des questions de sécurité.

La Sécurité civile leur demande d’être vigilants pour des glissements de terrain qui pourraient se produire. Il est important que les autorités soient prévenues lorsque des fissures apparaissent en bord de terrain.

Des militaires canadiens circulent à bord d’un véhicule blindé léger dans un quartier résidentiel inondé de Saint-Jean-sur-Richelieu, en 2011.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’armée canadienne va venir prêter main-forte aux résidents de Sainte-Marie, en Beauce (archives).

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Après l’Outaouais, Rigaud et la grande région de Montréal, les villes de Saint-André-d'Argenteuil, dans les Laurentides, et de Sainte-Marie, en Beauce, doivent recevoir aujourd'hui de l’aide des Forces armées canadiennes.

Au total, quelque 960 militaires sont déployés sur le terrain, a fait savoir la ministre Guilbault dans un point de presse en milieu d'après-midi, mardi.

Le premier ministre François Legault, qui s'est rendu dans un quartier de Gatineau inondé pour constater les dégâts, lundi, a promis que le nouveau programme d'indemnisation permettra aux victimes d'être dédommagées rapidement.

De la pluie, mais « pas de scénario catastrophe »

Selon Environnement Canada, le corridor qui va de l'Outaouais jusqu'à la région de Chaudière-Appalaches devrait recevoir de la pluie à trois reprises d'ici la semaine prochaine.

Au cours des prochains jours, les températures devraient être « relativement près des normales de saison », indique le météorologue Alexandre Parent.

« Du côté des précipitations, ce sont des systèmes qui se déplacent rapidement et qui n'apportent pas des quantités très importantes de précipitations », ajoute-t-il.

« On pourrait même avoir un fléchissement des températures le week-end prochain, ce qui apporterait des nuits sous zéro dans le nord et dans la région de Québec où il y a encore de la neige, ce qui aiderait à avoir une fonte plus graduelle. Il n'y a pas de scénario catastrophe dans la prochaine semaine », a-t-il dit.

De 10 à 20 millimètres de pluie sont attendus dans la nuit de mardi à mercredi, possiblement moins dans le secteur de l'Outaouais et de Montréal.

De plus, il devrait tomber encore 10 millimètres de pluie tard jeudi ou vendredi. Les systèmes doivent toutefois traverser rapidement la province.

Espoir dans le nord du Nouveau-Brunswick, crainte dans le sud

Au Nouveau-Brunswick, les autorités constatent des signes de stabilisation de la crue des eaux du fleuve Saint-Jean dans le centre et le nord de la province, mais les collectivités plus au sud ne sont pas au bout de leurs peines.

« On a des niveaux d’inondation dans plusieurs communautés. La bonne nouvelle pour la région de Fredericton et les régions au nord, c’est que le niveau d’eau semble se stabiliser, et on s’attend à ce que ça commence à descendre après ça », indique un porte-parole de l’Organisation des mesures d’urgence du Nouveau-Brunswick, Shawn Berry.

« Dans les régions au sud de Fredericton, on s’attend à ce que le niveau d’eau continue d’augmenter », ajoute-t-il. « On s’attend que ça continue d’augmenter jusqu’à la fin de cette semaine, vers vendredi, et ça devrait commencer à diminuer en fin de semaine. »

À Fredericton, une trentaine de rues demeuraient inondées mardi midi. L'eau a réussi à s'infilitrer dans quelque 200 résidences de la ville ou des environs.

Avec les informations de La Presse canadienne

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