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analyse

Volodymyr Zelensky, le nouveau visage de l’Ukraine

Le nouveau président ukrainien Volodymyr Zelensky Photo: Getty Images / Genya Savilov
Tamara Alteresco

Il est difficile de faire la distinction entre Volodymyr Zelensky le nouveau président de l'Ukraine et Volodymyr Zelensky le comédien qui incarne le chef d'État dans la très populaire télésérie Serviteur du peuple.

L’homme qui s’est présenté dimanche soir sur le podium pour prononcer un très court discours de la victoire maîtrisait son texte.

Il savait quelle stature, quels gestes et quel ton adopter, pour les avoir perfectionnés avec son rôle à la télévision.

Sa popularité, son charisme et son audace auront permis à l'humoriste et comédien de convaincre les Ukrainiens qu’il a la trempe d’un président, même s’il ne possède aucune expérience.

« Je ne vous laisserai pas tomber », a promis le futur président aux Ukrainiens, devant des centaines de caméras entassées les unes contre les autres pour filmer les premières minutes de ce nouveau chapitre. L’Ukraine fait une croix – du moins, pour le moment – sur la vieille clique de politiciens issus des années 1990.

Aux peuples de toutes les anciennes républiques soviétiques, je vous dis ce soir : regardez-nous, tout est possible!

Volodymyr Zelensky

Sa victoire éclatante a été reçue par des éclats de joie et des fêtes improvisées dans les rues de Kiev, en ce dimanche de Pâques.

Jamais un président de l’Ukraine n’avait été élu avec autant de voix. Il est aussi le plus jeune.

Un homme avec la main sur la poitrine chante l'hymne national avec d'autres personnes derrière lui. Le drapeau ukrainien est projeté sur un écran géant derrière eux.Le président ukrainien sortant Petro Poroshenko Photo : Getty Images / Sergei Supinsky

Renouveau plutôt que stabilité

Pour tout ce qu’elle représentait, l’élite politique a été éjectée violemment du pouvoir. Mais c’est d’un pays fragile qu’hérite Volodymyr Zelensky.

D’où le choc, le désarroi et même la panique exprimés par ceux qui ont voté pour le président sortant, Petro Poroshenko, au nom de la continuité et de la stabilité.

« On est foutus. C’est se tirer dans le pied », a lancé un jeune homme, quelques minutes après la victoire de Zelensky. « Je n’ai rien contre le changement, mais l’Ukraine est en plein envol. Malgré ses problèmes, il ne fallait pas changer de cap. On ne connaît rien de son programme. »

M. Zelensky n’a jamais dit clairement comment il allait concrétiser ses promesses phares, soit d’enrayer la corruption et de mettre fin à la guerre dans l’est de l’Ukraine.

Il n’a jamais réussi non plus à écarter les soupçons quant à l'influence qu’exerce sur lui l’oligarque Ihor Kolomoisky, le propriétaire de la station de télévision qui diffuse la série dans laquelle il joue depuis des années.

L'Ukraine, déchirée entre l'Est et l'Ouest. Notre dossier

La fin de la guerre

Dans un point de presse organisé en soirée avec des journalistes, Volodymyr Zelensky a dû préciser son opinion sur des enjeux qu’il avait jusqu’ici évités.

« Mettre fin à la guerre interminable dans l’est de l’Ukraine sera ma priorité », a-t-il déclaré.

Il est resté flou sur l’échéancier, affirmant simplement qu’il prévoit se rabattre sur les accords de Minsk pour un cessez-le-feu entre les forces armées ukrainiennes et les séparatistes prorusses, que Moscou soutient depuis des années.

Plusieurs analystes évoquent le risque de voir le président russe, Vladimir Poutine, profiter de l’inexpérience, voire de l’incompétence du nouveau président pour faire avancer ses intérêts en Ukraine.

D’autres, comme Maxim Yusin, un spécialiste russe des relations entre l’Ukraine et la Russie, y voient plutôt l'occasion d’entamer un dialogue.

« M. Zelensky est beaucoup plus modéré que M. Poroshenko, sans être l’agent de M. Poutine, a-t-il fait valoir. Il est patriote, il a donné de l’argent pour les troupes ukrainiennes qui se battaient contre les séparatistes du Donbass, mais en même temps, ce n’est pas un fanatique nationaliste. »

L’Ukraine demeure l’épicentre des tensions entre l’Occident et la Russie. Il en est ainsi depuis la révolution du Maïdan, qui a chassé le président prorusse Victor Yanukovitch du pouvoir.

L’annexion de la Crimée par la Russie et le conflit au Donbass sont à l’origine des sanctions internationales imposées à la Russie depuis plus de cinq ans.

L’arrivée de M. Zelensky, qui a laissé entendre qu’il faut négocier avec Vladimir Poutine, pourrait changer toute la dynamique, selon Michael Bociurkiw, analyste canadien dépêché à Kiev pour observer le déroulement du vote.

« La boîte diplomatique est vide, en Ukraine, depuis Poroshenko. Une nouvelle approche est essentielle et l’Ukraine n’a rien à perdre en parlant avec Moscou, estime-t-il. Il est de plus en plus évident que Vladimir Poutine veut se débarrasser des sanctions, comme plusieurs autres pays d’Europe, parce qu’elles leur nuisent énormément sur le plan économique. »

Des hommes en tenue de camouflage blanche avancent dans la neige avec un char d'assaut en arrière-plan.Des soldats ukrainiens participent à des exercices tactiques près du village de Goncharivske, dans la région de Chernihiv, près de la frontière russe, le 3 décembre 2018. Photo : Getty Images / SERGEI SUPINSKY

Qui fera le premier pas?

Certains prédisent que la libération des 24 marins ukrainiens arrêtés en mer d’Azov en novembre dernier, et qui sont détenus en Russie depuis, pourrait permettre de briser la glace.

« Mais il faut toujours se méfier de Vladimir Poutine, il ne cède rien sans avoir la garantie d’en sortir gagnant », a souligné Michael Bociurkiw.

La lune de miel s’annonce courte pour le futur président.

En quelques semaines seulement, il devra prouver qu’il maîtrise la situation s’il veut être pris au sérieux, autant par son peuple que par la communauté internationale.

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