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Des témoins de l'attaque au camion-bélier toujours sous le choc, un an après l'événement

Un homme tient sa femme dans les bras près des lieux de l'attaque.
Farzad Salehi console sa femme Mehrsa Marjani, qui a été témoin de l'attaque. Photo: La Presse canadienne / Aaron Vincent Elkaim
Radio-Canada

Selon Françoise Mathieu, psychothérapeute spécialisée dans les traumatismes secondaires à Kingston, en Ontario, l'exposition à un événement traumatique peut affecter les personnes à court terme, perturbant leur sommeil ou les poussant à éviter certaines zones.

Cela peut être particulièrement difficile si l'événement est placé sous les feux de la rampe, puisqu'il revient souvent dans l'actualité, indique-t-elle. Et lorsque les effets sont intenses et persistent pendant plus d'un mois, il peut s'agir du syndrome de stress post-traumatique.

C'est ce qu'a connu Dion Fitzgerald.

Ce père de famille marchait le long de la rue Yonge à Toronto le 23 avril 2018, le jour de l'attentat au camion-bélier qui a coûté la vie à 10 personnes. Quand il a vu un premier corps inanimé, il a craint qu'il s'agisse de l'un des 30 jeunes avec qui il travaillait. Il a rapidement constaté qu'il s'agissait d'un vieil homme qu'il ne connaissait pas.

Il s'est ensuite lancé à la recherche de ces jeunes parmi les blessés et les morts, poursuivant sa marche, ne s'arrêtant jamais, même pas pour prêter assistance aux blessés.

Plus tard, la culpabilité du survivant s'est installée en lui. Il craignait même de marcher de nouveau dans la rue Yonge. Il était devenu hyperconscient des bruits et des gens qui l'environnaient. Toujours aux aguets, il scrutait les environs à la recherche quelque chose d'inhabituel, d'incongru. Même conduire était devenu une lutte permanente.

Pendant longtemps, j'avais le pied sur le frein. Dès que je voyais quelqu'un traverser la rue à une intersection, je freinais de loin, raconte M. Fitzgerald.

Si la recherche sur les traumatismes secondaires a commencé à la fin des années 1990, il a fallu beaucoup de temps pour que ce phénomène soit largement reconnu, souligne Mme Matthieu. La cinquième et dernière édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), de l'Association américaine de psychiatrie, a été la première à inclure les traumatismes secondaires.

Auparavant, pour développer le syndrome, on devait avoir vécu le traumatisme soi-même, mais nous reconnaissons maintenant que ce n'est pas toujours le cas, dit-elle.

Le premier anniversaire d'un événement traumatique est particulièrement significatif, car il peut faire resurgir certaines émotions chez les survivants et les témoins.

Pour eux, il serait peut-être préférable de commémorer cet événement sans s'exposer à nouveau aux médias, fait-elle valoir. Les services de soutien sont également importants pour aider les personnes à faire face aux traumatismes.

L'une des témoins de l'attaque de l'an dernier a commencé des recherches sur le domaine naissant des traumatismes secondaires.

Les gens continuent de se recueillir et de déposer des fleurs au mémorial en hommage aux victimes de l'attaque au camion-bélier qui a fait 10 morts et 14 blessés, lundi. Sur la photo, on voit une femme déposer des fleurs au mémorial. Les gens continuent de se recueillir et de déposer des fleurs au mémorial en hommage aux victimes de l'attaque au camion-bélier qui a fait 10 morts et 14 blessés, lundi. Photo : Radio-Canada / Stéphany Laperrière

Tiffany Jefkins était venue pique-niquer avec sa fille de 10 mois quand elle a vu une fourgonnette blanche heurter quatre piétons.

Mme Jenkins, qui effectue actuellement sa thèse de doctorat sur les traumatismes secondaires à l'Université de Toronto, dit vouloir interroger ceux qui ont été témoins d'événements traumatisants, qu'il s'agisse d'une tuerie ou d'une mort subite, pour voir comment ils se débrouillent et repérer les lacunes dans les soins qui leur sont fournis.

Comment pouvons-nous demander à ces personnes de nous aider à identifier des symptômes potentiels de type stress post-traumatique? demande-t-elle. Si nous savons ce qui leur est arrivé, nous pouvons leur donner l'aide appropriée.

Avec les informations de La Presse canadienne

Toronto

Justice et faits divers