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Thompson tente de se libérer de la drogue et de l’alcool

Trois personnes appuyées contre un mur du Regal Beagle Tavern, un bar de Thompson.

Des hommes appuyés contre un mur du Regal Beagle Tavern, un bar de Thompson.

Photo : Radio-Canada / Thomas Asselin

Samuel Rancourt

La ville de Thompson détient l'un des plus hauts taux de criminalité au Canada. Même Toronto, Montréal et Vancouver se retrouvent loin derrière. Mais, dans cette bourgade du nord du Manitoba, il semble que les mesures destinées à aider les gens à sortir de la spirale de la dépendance soient insuffisantes.

Selon l'indice de gravité de la criminalité de 2018, Thompson occupe le premier rang au pays pour ce qui est des meurtres, des agressions, du trafic de cannabis et du trafic de cocaïne.

Classement de métropoles du Canada comparées à Thompson en 2018. Thompson est première, Vancouver 27e, Toronto 32e et Montréal 40e.

Crimes violents par personne : classement de métropoles du Canada comparées à Thompson en 2018.

Photo : Radio-Canada

La police croit que les problèmes de criminalité qui affligent la ville sont directement liés à la dépendance aux drogues et à l’alcool. Les arrestations se multiplient et sont routinières, constate la gendarme Cassandra Marois.

Une policière à l’intérieur de son véhicule lors d’une patrouille du vendredi soir.

La policière Cassandra Marois à l’intérieur de son véhicule lors d’une patrouille du vendredi soir.

Photo : Radio-Canada / Samuel Rancourt

L’alcool est souvent un facteur dans ces crimes-là. La plupart du temps, les personnes qui ont commis ces crimes sont en état d’ébriété ou ont consommé de l’alcool et de la drogue.

Cassandra Marois, policière à Thompson
Arrestations liées aux drogues et à l’alcool à Thompson entre 2008 et 2018 par la GRC.

Arrestations liées aux drogues et à l’alcool à Thompson entre 2008 et 2018.

Photo : Radio-Canada

Pour endiguer ce flot de criminalité, la GRC demande l’aide des organismes locaux, dont la Fondation manitobaine de lutte contre les dépendances (AFM) à Thompson. Sa directrice, Gisele deMeulles, affirme que sa clientèle est principalement touchée par l’alcoolisme.

Je dirais qu’environ 90 % des situations que nous gérons ici sont liées à l’alcool.

Gisele deMeulles, directrice de la Fondation manitobaine de lutte contre les dépendances à Thompson
Une femme regarde la caméra. Elle est devant un affiche avec l'inscription Eaglewood.

Gisele deMeulles, directrice de la Fondation manitobaine de lutte contre les dépendances à Thompson, pense que les programmes d’aide devraient durer plus longtemps pour aider durablement les toxicomanes et les alcooliques.

Photo : Radio-Canada / Samuel Rancourt

En plus de son unité de soins de désintoxication non médicaux et de sa clinique d'accès rapide aux traitements des dépendances, l’organisme dispose d’un centre de traitement résidentiel. Ceux qui souffrent d’une dépendance peuvent y rester de façon temporaire, la limite de séjour étant de 28 jours.

Les toxicomanes et les alcooliques sont donc livrés à eux-mêmes après un mois.

Trois personnes prennent part à un atelier de bricolage.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

À la Fondation manitobaine de lutte contre les dépendances, les participants au centre de traitement résidentiel sont pris en charge dès leur arrivée et doivent respecter un horaire déjà établi par les organisateurs. En soirée, les pensionnaires peuvent prendre part à des ateliers de bricolage.

Photo : Radio-Canada / Samuel Rancourt

« Cette communauté compte de nombreux sans-abri, déplore Mme deMeulles. Nous pouvons accueillir ces sans-abri et les aider. Vingt-huit jours plus tard, ils vont extrêmement bien. Toutefois, la réalité est qu’ils retournent dans leur milieu précaire. Ce n'est pas une solution. »

Cette opinion est aussi celle de Clint Saulteaux, qui vit à Thompson. Il raconte qu’il n’a pas reçu l’aide dont il avait besoin lorsqu’il est devenu dépendant aux drogues à l’âge de 11 ans.

Pour payer ma drogue, je devais voler, mentir, arnaquer et manipuler. J'ai commencé à me lancer dans le crime organisé et à travailler comme homme de main pour des trafiquants de drogue. J’ai eu à battre des gens qui devaient de l’argent.

Clint Saulteaux, de Thompson
Un homme regarde droit devant lui.

Clint Saulteaux, un ancien toxicomane, s’inquiète pour les jeunes qui n’auront peut-être pas la force de lutter contre leur dépendance sans aide.

Photo : Radio-Canada / Thomas Asselin

Clint s’en est sorti seul par une prise de conscience lorsque son frère, toxicomane, a failli mourir. Toutefois, il n'est pas si facile aujourd’hui de se libérer de la drogue, croit-il, particulièrement pour les jeunes de Thompson.

« Malheureusement, ils sont les plus vulnérables à l’arrivée de la drogue. Cela fait du bien de ne pas être déprimé, de ne pas être seul et de ne pas avoir de pensées suicidaires. Beaucoup de nos enfants et de nos jeunes traversent cela en ce moment. »

Thompson tente de se libérer de la drogue et de l’alcool

Il reste de l’espoir, car des initiatives locales font leur apparition au sein de la communauté et réussissent, avec peu d’argent, à empêcher que d’autres jeunes ne deviennent dépendants.

C’est le cas du Students Offering Support (SOS), une équipe d’intervention formée d’étudiants et de membres du personnel de l’école secondaire de Thompson, R.D. Parker Collegiate.

Des jeunes du groupe Student Offering Support sont attentifs lors d'une présentation.

Des jeunes de Thompson participent à une activité organisée par le Student Offering Support (SOS).

Photo : Radio-Canada / Samuel Rancourt

Selon Treena Kuhl, fondatrice du groupe et conseillère pédagogique de l’établissement scolaire, l’objectif du SOS est de protéger la santé mentale des jeunes. L'organisme espère ainsi leur éviter de tomber dans les pièges de la dépendance.

Une femme effectue une présentation devant un tableau blanc.

Treena Kuhl, fondatrice du groupe SOS et conseillère pédagogique à l’école secondaire R.D. Parker Collegiate, recueille les idées d’activités lancées par les jeunes qui auront lieu au cours de l’année.

Photo : Radio-Canada / Samuel Rancourt

« Pour valoriser les jeunes, dit-elle, nous organisons, entre autres, une activité appelée Light of Hope, où les étudiants rédigent des commentaires positifs sur leurs pairs, ce qui élève leur estime de soi et crée un sentiment d’appartenance parmi les élèves. »

Le groupe imprime ces commentaires et les place sur des pommes de pin distribuées à chaque élève avant le congé des fêtes, en décembre.

« Le SOS souhaite aider les élèves à reconnaître à quel point ils sont vraiment spéciaux, en particulier pendant une période de l’année habituellement stressante », explique Lala Rukh, membre du groupe depuis quatre ans. Avec le SOS, l'adolescente de 17 ans se donne pour mission de faire du secondaire un moment agréable pour ses pairs.

Le secondaire peut réellement être un endroit difficile. C'est ce que j'ai remarqué en neuvième année. Le SOS veut permettre aux élèves de ne pas se sentir seuls. Nous tendons la main aux autres et voulons en aider le plus possible.

Lala Rukh, membre du groupe SOS
Une adolescente de 17 ans sourit.

Lala Rukh, 17 ans, se réjouit de participer au programme SOS et de recevoir des formations pour pouvoir aider les autres jeunes.

Photo : Radio-Canada / Thomas Asselin

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