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Carnage au Sri Lanka : de multiples explosions font au moins 207 morts

Le récit de Jean-Luc Bouchard
Radio-Canada

Au moins 207 personnes ont été tuées dimanche au Sri Lanka dans une série de huit attentats commis dans des hôtels et des églises où était célébrée la messe de Pâques. Les autorités ont arrêté huit suspects à la suite de ces attaques.

Trois déflagrations sont survenues dans les églises catholiques Saint-Anthony à Colombo – la capitale – et Saint-Sébastien, à Negombo – une ville située au nord de la capitale –, ainsi que dans l'église protestante de Zion, à Batticaloa, sur la côte orientale du Sri Lanka.

En plus des attentats rapportés dans ces trois églises, trois hôtels de Colombo ont été la cible de déflagrations : le Shangri-La Colombo, le Kingsbury Hotel et le Cinnamon Grand Colombo.

Une septième explosion a été rapportée à Dehiwela, une ville voisine de la capitale. Cette fois, un hôtel situé près du zoo national a été visé.

Enfin, une huitième explosion est survenue quelques heures plus tard au cours d'une perquisition de la police dans une maison de Colombo, tuant trois membres des forces de l'ordre.

Le bilan pourrait continuer de s'alourdir, car on dénombre au moins 450 blessés dans cette vague d'attaques d'une violence rare, selon des sources des services d'urgence.

Ces attentats n’ont pas été revendiqués. Au moins 27 étrangers sont au nombre des victimes, ont indiqué les autorités.

Parmi ceux-ci, on compterait une Néerlandaise, un Portugais, un Turque, deux Chinois, trois Indiens, ainsi que trois Britanniques et deux Américains qui détiennent également la citoyenneté britannique

Une source qui s’est confiée sous le couvert de l’anonymat a affirmé que deux des explosions avaient été commises par des kamikazes.

Selon le premier ministre sri-lankais Ranil Wickremesinghe, huit personnes liées aux attaques commises dimanche ont été interpellées.

« Jusqu'ici, les noms que nous avons sont locaux », mais les enquêteurs cherchent à savoir si ces personnes ont des « liens avec l'étranger », a déclaré dans une allocution télévisée le chef du gouvernement, sans donner davantage de précisions.

Les catholiques sri-lankais, à l'instar de ceux du reste du monde, se rendaient dimanche à l'église pour la messe de Pâques, l'un des temps forts de l'année religieuse chrétienne. Toutes les célébrations de Pâques ont été annulées dans le pays, a annoncé l'archevêché.

Le ministère de la Défense a annoncé un couvre-feu de 12 heures à compter de 18 h, heure locale.

De plus, le gouvernement a décrété un blocage des réseaux sociaux afin d'empêcher la diffusion « d'informations incorrectes et fausses » relatives à la vague d'attentats qui ont frappé le pays.

Les Canadiens ayant besoin d'aide d'urgence doivent appeler les représentants officiels canadiens au +94 (11) 532-6232, a indiqué le haut-commissaire du Canada au Sri Lanka, David McKinnon, sur Twitter. Il invite également les citoyens canadiens sur place à informer leurs familles que « tout va bien pour [eux] ».

Affaires mondiales Canada a précisé qu'aucun Canadien ne serait pour l'instant affecté par les attaques terroristes survenues dans le pays.

Les explications avec Kim Vermette.

Des attentats dénoncés dans le monde

L'Église catholique en Terre sainte a dénoncé les attentats survenus au Sri Lanka.

Dans un communiqué publié à Jérusalem, l'Église affirme prier pour l'âme des victimes et pour un rétablissement rapide des blessés. « Nous demandons à Dieu d'inspirer les terroristes pour qu'ils se repentent des meurtres et des actes de terreur. »

« Nous exprimons également notre solidarité avec tous les Sri-Lankais, de toutes les religions et de toutes les ethnies », a-t-elle ajouté.

Au cours de son allocution pascale, le pape François a de son côté condamné les attentats survenus au Sri Lanka, affirmant être aux côtés des chrétiens frappés par « le deuil et la douleur » en ce dimanche de Pâques.

S'exprimant par Twitter, le premier ministre canadien Justin Trudeau a mentionné des « nouvelles absolument horribles du Sri Lanka », avant d'indiquer que « le Canada condamne avec vigueur les attaques haineuses commises contre les chrétiens ».

À Québec, le président de l'Assemblée nationale, François Paradis, a annoncé sur Twitter que le drapeau sri-lankais flottant au-dessus de l'une des tours du bâtiment serait mis en berne, ainsi que celui du Québec.

« Mes pensées vont envers les victimes, leurs proches, la communauté chrétienne et le peuple sri-lankais », a ajouté M. Paradis.

La première ministre britannique Theresa May a dénoncé comme des « actes de violence [...] réellement effroyables » la série d'explosions meurtrières qui a frappé des églises et des hôtels du Sri Lanka.

« Nous devons nous unir pour faire en sorte que personne ne doive jamais avoir à pratiquer sa foi dans la peur », a ajouté la dirigeante sur Twitter, adressant ses « plus sincères condoléances » à « toutes les personnes affectées ».

En France, le président Emmanuel Macron a évoqué sur Twitter une « profonde tristesse », en plus de « condamner fermement ces actes odieux ».

Un peu plus à l'est, la chancelière allemande Angela Merkel a affirmé, dans une lettre de condoléances adressée au président sri-lankais, qu'« il est choquant que des gens rassemblés pour célébrer Pâques soient délibérément ciblés par des attaques vicieuses ».

Aux États-Unis, le président Donald Trump a affirmé que son administration était « prête à aider ».

Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a dénoncé les attentats de Pâques comme un assaut à l'égard de l'ensemble de l'humanité. Il a offert ses condoléances aux familles des victimes et à l'ensemble du peuple sri-lankais.

Le premier ministre du Sri Lanka, Ranil Wickremesinghe, a qualifié ces attentats d'« attaques lâches », et le président Maithripala Sirisena s'est dit choqué par les explosions. De son côté, le ministre des Finances Mangala Samaraweera a déclaré sur Twitter que les attaques avaient tué « de nombreux innocents » et semblaient « une tentative coordonnée de provoquer des meurtres, le chaos et l'anarchie ».

Le chef de la police nationale, Pujith Jayasundara, avait prévenu ses services il y a 10 jours qu'un mouvement islamiste appelé NTJ (National Thowheeth Jama'ath) projetait « des attentats suicides contre des églises importantes et la Haute Commission indienne ».

Le NTJ s'était fait connaître l'an dernier par ses liens avec des actes de vandalisme commis contre des statues bouddhistes.

Le premier ministre a confirmé que les autorités avaient reçu une alerte, mais que celle-ci n'avait pas été transmise aux ministres concernés. Une enquête sera lancée pour déterminer les causes de cette mauvaise communication.

Deux personnes qui viennent d'échapper à une explosion dans une église sont entourées de policiers.Des gens se rassemblent à l’extérieur de l’église Saint Anthony, à l’intérieur de laquelle une explosion est survenue le 21 avril 2019, à Colombo au Sri Lanka. Une messe de Pâques était célébrée. Photo : Associated Press / Eranga Jayawardena

Les catholiques ciblés?

Le Sri Lanka, qui compte 21 millions d’habitants, recense 1,2 million de catholiques. Même s’ils sont peu nombreux – 70 % des habitants sont bouddhistes –, les catholiques sont perçus comme une force unificatrice, car on en trouve autant parmi les Tamouls que dans la majorité cinghalaise.

Selon le Global Terrorism Database, le Sri Lanka a vécu 11 attentats visant des groupes ou des institutions religieux entre 1998 et 2017. Au total, 16 personnes sont mortes au cours de ces attaques, qui ont également fait 34 blessés.

Certains chrétiens sont cependant mal vus parce qu'ils soutiennent des enquêtes externes sur les crimes de l'armée sri-lankaise contre les Tamouls pendant la guerre civile qui s'est achevée en 2009.

Selon les Nations unies, le conflit a fait entre 80 000 et 100 000 morts de 1972 à 2009.

Dans son rapport de 2018 sur les droits de la personne au Sri Lanka, le département d'État américain notait que certaines organisations chrétiennes et églises avaient fait état de pressions visant à leur faire cesser toute activité, les autorités ayant parlé à leur égard de « réunions non autorisées ».

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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