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Comment les Montréalais menacés par les inondations s'organisent-ils?

Un homme debout

Des voisins de l'avenue du Ruisseau, à Montréal, ont réalisé ensemble un barrage pour protéger leur secteur.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Romain Schué

Sacs de sable posés autour de la maison et dans la rue, pompe à eau installée, génératrice de secours prête à être activée en cas de nécessité : de nombreux Montréalais résidant dans des secteurs à risque se préparent activement pour cette nouvelle crue printanière. Radio-Canada est allé à leur rencontre.

« Denis, c’est le maire de notre rue. C’est MacGyver », glisse, regard amusé, Giuseppe Andreoni, en désignant et comparant l’un de ses voisins au héros de cette série américaine au personnage central bricoleur et ingénieux.

Avenue du Ruisseau, au nord de l'île de Montréal, au pied du ruisseau Bertrand, qui se jette dans la rivière des Prairies à quelques encablures de là, Denis Lemieux, 62 ans et ancien cadre de la finance, dirige cette dizaine de voisins qui s’organisent pour éviter le pire.

Denis Lemieux, un voisin, désigne le cours d'eauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En mai 2017, le niveau d'eau avait atteint le ponton en bois, explique Denis Lemieux.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Deux ans plus tôt, déjà, ces mêmes résidents, lassés d’attendre l’aide de la Ville de Montréal qui finirait par livrer plusieurs milliers de sacs de sable après la montée des eaux, avaient dressé avec succès « une forteresse », à coups de palettes de bois, de contreplaqués et de vis.

« On avait fait notre propre barrage, ça a tenu », rappelle-t-il, en évoquant cette crue qui avait touché plusieurs centaines de résidences montréalaises, notamment dans ce secteur.

Cette fois-ci, ces voisins ont reçu, en amont, l’aide de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville qui a livré, samedi, le sable nécessaire pour remplir plusieurs dizaines de contenants d’un mètre cube, chargés de stopper la montée des eaux attendue la semaine prochaine. Un voisin a prêté son abri tempo pour protéger le sable de la pluie.

Des gens assis autour d'une tableAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Durant deux jours, ces voisins ont œuvré pour tenter de protéger leur rue.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Après près de huit heures de labeur réparties en deux journées, ces Montréalais ont le sourire.

« Maintenant, on surveille l’eau. On a une meilleure expertise. On a une bonne idée jusqu’à où l’eau peut monter », glisse Mylène Chartrand, qui a accueilli ses voisins, bottes aux pieds, dans son garage pour un brunch revigorant.

C’est le fun, on se met ensemble. On est responsables. Il y a une solidarité entre voisins, on compense le fait que la Ville manque de main-d’œuvre.

Denis Lemieux, résident de l’avenue du Ruisseau

Sa femme, Linda, se montre un brin plus perplexe, même si elle félicite la Ville de Montréal pour sa prévoyance.

« On nous avait dit, en 2017, que c’était exceptionnel, et là, ça recommence », décrit-elle, en avouant vouloir « peut-être » déménager, après plus de 20 ans dans le quartier.

Des palettes de sacs de sable encore emballées

Plus à l’est, rue Jasmin, au bord du boulevard Gouin, dans un quartier plus huppé, le contraste est fort. Seule Manon Boyer, une photographe indépendante, s’affaire devant son domicile, fortement touché par les inondations de 2017.

Camion de déménagement devant l’entrée, elle vide son sous-sol à toute hâte.

À proximité, de grandes palettes contenant des dizaines de sacs de sable, déposés par l’arrondissement à destination des résidents pour pour qu'ils en entourent leur maison, restent sur le trottoir, encore emballées. Bien peu de résidences semblent protégées, alors que Manon Boyer fait part de son malaise.

Des palettes de sacs de sableAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La Ville de Montréal a distribué des sacs de sable aux aux résidences qui pourraient être touchées par les inondations.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Je suis stressée, écœurée. J’espère que ce ne sera qu’une mauvaise histoire. On espère qu’il ne se passera rien, mais au moins, on est mieux préparés.

Manon Boyer, résidente de la rue Jasmin

Photos en main, Manon Boyer se remémore cette nuit du 6 au 7 mai 2017.

« On a été surpris au milieu de la nuit. J’attends toujours l’argent promis par le gouvernement [du Québec] pour les rénovations. On m’a dit que les soumissions étaient trop élevées, peste-t-elle. Mais une chance, finalement, que je n’ai pas pu faire les travaux. »

Manon Boyer désigne le niveau d'eau sur une porte.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En mai 2017, l'eau avait inondé une partie du sous-sol de Manon Boyer. La trace est encore présente sur la porte.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Contremaître depuis une décennie, Guy Lavoie finalise avec son équipe, à quelques mètres de ce domicile, sa cinquième digue dans le quartier.

Se disant « assez confiant » quant à l’efficacité de ce barrage, ce dernier estime être « en avance », par rapport aux dernières crues.

« En 2017, la montée des eaux nous avait surpris. On essaie différentes techniques, on a eu les blocs de béton, les watergate », détaille-t-il, avant de poursuivre sa route rue Crevier, au bord d’un boisé longeant la rivière.

Des employés municipaux font une digue.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'équipe de Guy Lavoie, en jaune, met en place de nombreuses digues dans l'arrondissement Ahuntsic-Cartierville.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Il perce son mur pour installer une pompe

Installé ici depuis 1974, Marius Couture, gilet jaune sur les épaules, livre ses conseils à un jeune couple arrivé récemment dans le quartier.

Observant le chantier mené par les cols bleus de l’arrondissement, ce retraité redoute les prochains jours. « Ça ressemble beaucoup à 2017 », lâche-t-il.

Je connais la rivière des Prairies depuis tout petit. Un verre d’eau, et elle déborde.

Marius Couture, un résident de la rue Crevier
Des sacs de sable entassés.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Rue Crevier, au nord de Montréal, on a entassé des sacs de sable pour protéger les entrées.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Au même moment, une dame s’empresse de ramener des cartons pour ranger les bouteilles de vin de son sous-sol, après avoir déjà entassé quatre couches de sacs de sable devant son entrée. Elle dit avoir déjà vendu sa maison, mais craint qu'une éventuelle inondation ne remette en cause cette transaction. « J'espère que la vente va tenir », souligne-t-elle, d'un air inquiet.

Arrivé il y a une dizaine d’années dans cette rue, Joachim Le Garrec avoue quant à lui avoir été « définitivement angoissé » après avoir eu vent « des nouvelles de Gatineau et de la rivière des Outaouais » en milieu de semaine.

Ce Breton d’origine a voulu être prévoyant.

Joachim Le Garrec debout devant sa maisonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Joachim Le Garrec a percé un trou dans le mur de son domicile afin d'y faire entrer des pompes à eau.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

« Le stress est monté d’un coup. J’ai percé un trou pour pouvoir installer des pompes et avoir un accès plus rapide pour sortir l’eau [si elle inonde le sous-sol], confie-t-il en désignant son installation. Une génératrice est également prête si on perd l’électricité ».

Maintenant, glisse une voisine, « on se croise les doigts ».

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