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Journaliste tuée en Irlande du Nord : deux suspects arrêtés

Une femme blonde d'âge moyen et son chien de type bichon observe les gerbes de fleurs posées au pied d'un poteau.
Une femme se recueille à l'endroit exact où la jeune journaliste Lyra McKee a été tuée. Photo: Reuters / Clodagh Kilcoyne
Radio-Canada

La police nord-irlandaise a annoncé l'arrestation de deux jeunes hommes dans l'enquête sur la mort de Lyra McKee, une journaliste de 29 ans tuée par balle jeudi soir lors d'affrontements à Londonderry. Ce crime, qui ravive des tensions enfouies depuis la guerre civile en Irlande du Nord, est considéré par les autorités comme un acte terroriste .

Les deux hommes arrêtés par la police nord-irlandaise (PSNI) sont âgés de 18 et 19 ans. Ils sont détenus en vertu de la loi antiterroriste.

La police avait diffusé dès vendredi soir des images des caméras de surveillance et lancé un appel à témoin. Selon elle, le risque de nouvelles violences était considéré comme sérieux.

Les gens ont vu le tireur [...] Les réponses à ce qui s’est passé [...] se trouvent au sein de la population locale. Je demande aux gens de faire ce qu’il faut pour Lyra McKee, pour sa famille et pour la ville de Londonderry, et de nous aider à arrêter cette folie.

Jason Murphy, enquêteur au PSNI

La journaliste Lyra McKee, originaire de Belfast, a été tuée par balle jeudi soir à Londonderry, deuxième ville d’Irlande du Nord. Elle assistait à des émeutes qui avaient éclaté dans le fief catholique de Creggan, un quartier de la ville.

Un portrait de la journaliste assassinée Lyra McKeeLa journaliste Lyra McKee a été tuée par un tireur à Londonderry, lors de violentes émeutes. Photo : Jess Lowe Photography

Ces violences sont survenues avant le week-end de Pâques, au cours duquel les républicains célèbrent le soulèvement survenu à Dublin en 1916 qui a abouti à la proclamation de la République d’Irlande.

La ville de Londonderry, appelée Derry par les républicains qui refusent le rattachement à l’Angleterre, est située à la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande.

Un meurtre qui ravive les douleurs du « Bloody Sunday »

Lyra McKee préparait un livre sur les disparitions de jeunes gens durant la guerre civile en Irlande du Nord. Le conflit a fait rage entre 1968 et 1998, culminant en 1972 avec le « Bloody Sunday », massacre lors duquel l’armée britannique a fait 14 victimes parmi les Nord-Irlandais à Londonderry.

L’inquiétude monte au pays à la suite de ce crime qui réactive des tensions du siècle passé et qui met à mal les accords de paix d’avril 1998, communément appelés « Accords du Vendredi saint ». Le Brexit, souhaité par les Britanniques, mais massivement rejeté en Irlande du Nord, laisse aussi croire à un retour de groupes militants qui se faisaient plus discrets ces dernières années.

Pour la PSNI, les coups de feu qui ont atteint la jeune journaliste pourraient être l’œuvre de la Nouvelle IRA. Né en 1997, ce groupe de nationalistes irlandais, qui ont commis plusieurs attaques récemment, veut créer une Irlande unie, et mettre fin au statut de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni.

En janvier, l’explosion d’une voiture piégée à Londonderry avait déjà fait craindre une nouvelle flambée de violence venant des groupes paramilitaires, en pleine tension autour du Brexit, un dossier dans lequel la frontière irlandaise constitue toujours un point d’achoppement.

Plusieurs rassemblements ont eu lieu vendredi soir pour rendre hommage à Lyra McKee, qui était aussi une figure connue du mouvement pour les droits de la communauté LGBT. Selon l’agence littéraire Janklow & Nesbit, elle avait beaucoup écrit sur le conflit nord-irlandais et ses conséquences. Sur son compte Twitter, elle avait posté jeudi une photo qui semble présenter les violences de Londonderry au cours de la nuit, accompagnée de la légende : « Complètement dingue ».

La lauréate du titre de « jeune journaliste de l'année », décerné par Sky News en 2006, s’était installée à Londonderry au début de l'année dernière.

Front uni contre ce « crime de haine »

La classe politique nord-irlandaise a condamné d’un même souffle la mort de la journaliste. Six partis ont signé une déclaration commune proclamant leur « unité dans la condamnation des responsables de ce crime haineux ».

La première ministre britannique Theresa May a souligné que sa mort était « choquante et vraiment insensée ».

À Dublin, le premier ministre irlandais Leo Varadkar a exprimé sa tristesse et a ajouté : « Nous ne pouvons pas laisser les propagateurs de la violence, de la peur et de la haine nous ramener dans le passé ».

L'ancien président américain Bill Clinton, qui a joué un rôle central dans la négociation des accords nord-irlandais de 1998, a déclaré que la mort de la jeune journaliste lui « brisait le cœur ». « Nous ne pouvons pas lâcher les 21 années de paix et de progrès durement gagnés », a-t-il ajouté.

Le petit parti politique Saoradh, proche des dissidents du mouvement nationaliste irlandais, a déclaré dans un communiqué que Lyra McKee avait probablement été tuée accidentellement « par un volontaire républicain », alors qu’elle se trouvait près des policiers.

Avec les informations de Reuters, et Agence France Presse

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