•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des pharmaciens pour prévenir la maladie de Lyme

Le reportage d’Anne-Louise Despatie
Anne-Louise Despatie

Avec la fonte des neiges vient le réveil des tiques porteuses de la maladie de Lyme. En Montérégie, un projet pilote a été mis en place l'été dernier pour permettre aux personnes piquées de se faire prescrire un antibiotique préventif à la pharmacie, sans avoir à consulter un médecin. L'expérience a été si encourageante qu'on pense l'étendre à d'autres régions.

L'an dernier, plus de 300 personnes sont débarquées dans la pharmacie de Julie Coderre, à Cowansville, en Estrie, après avoir été mordues par une tique. La moitié d'entre elles ont reçu une dose préventive d'antibiotique. Peu de gens le savent, mais c'est un des moyens les plus rapides de prévenir la transmission de la maladie de Lyme, lorsqu'une tique s'est accrochée pour plus de 24 heures à la peau.

« On ne s'attendait pas à ce qu'il y ait un si gros boom, mais suite aux nombreuses questions des patients, on a affiné notre information, on la partage aussi entre collègues », explique la pharmacienne, qui connaissait peu de choses sur la borréliose de Lyme avant l'été dernier.

Dans le bureau de consultation de la pharmacie, il y a un gros cartable, des formulaires d'évaluation ainsi que différentes sortes de pinces : tout ce qu'il faut pour enlever les tiques. C'est que certains patients sont arrivés avec l'indésirable, sans trop savoir comment la retirer.

Les premières visions d'une tique gorgée de sang sur quelqu'un, ce n’est pas le fun. Puis, on s'habitue à les voir.

Julie Coderre, pharmacienne

En Estrie et en Montérégie, où la maladie de Lyme est bien présente, une ordonnance collective permet aux pharmaciens de prescrire une dose de doxycycline après une morsure de tique.

Les tiques gagnent du terrain

François Milord, médecin-conseil à la Direction de la santé publique de la Montérégie, s'attend à ce que l'ordonnance collective soit élargie.

« Ça peut se faire à la pharmacie, on n'a pas besoin d'une consultation [avec un médecin] pour évaluer le risque associé à la piqûre, explique le médecin. Ce service devrait être rendu disponible dans d'autres régions : soit parce que la tique est de plus en plus présente ailleurs, comme en Mauricie, Centre-du-Québec ou en Outaouais, soit parce que les personnes qui ont voyagé en Estrie ou Montérégie peuvent avoir besoin rapidement d'une prophylaxie une fois rentrées chez elles. »

Le nombre de personnes infectées au Québec a diminué en 2018 (passant de 249 à 219). Les spécialistes ne savent pas si les traitements préventifs ainsi que les précautions adoptées par un plus grand nombre d'amateurs de plein air sont en cause ou si l'été caniculaire de l'an dernier a rendu les tiques moins actives, puisqu'elles n'aiment pas les grandes chaleurs.

En 2007, la vétérinaire et épidémiologiste Catherine Bouchard s'est intéressée aux tiques porteuses de la maladie de Lyme dans le cadre de ses recherches doctorales. Elle a constaté une progression géographique continue de ces tiques au cours des 10 dernières années.

« Ce sont des parasites très résilients, les hôtes auxquels ils aiment s'attacher sont omniprésents dans nos forêts tempérées. [...] Et là où elles sont présentes, la hausse des températures annuelles fait qu'elles s'infectent plus rapidement. Plus c'est chaud, plus ça va vite », conclut la professionnelle maintenant au service de l'Agence de la santé publique du Canada.

Les spécialistes sont d'accord avec Mme Bouchard : chaque année, disent-ils, elles gagnent du terrain, soit plus de 40 km par année vers le nord.

Dès le mois d'avril, les nymphes de la tique s'activent et cherchent le repas de sang qui leur permettra de poursuivre leur développement.

Au Québec, le ministère de la Santé attend sous peu de nouveaux avis de l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux (INESSS) sur la prévention et le diagnostic de la maladie de Lyme.

Grand Montréal

Santé publique