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Le « look festival » est-il devenu plus important que la musique?

Une foule dans un festival de musique

Une foule dans un festival de musique

Photo : iStock / monkeybusinessimages

Angie Landry

Il est aujourd'hui presque impossible de dissocier certains festivals musicaux tels les Osheaga, Coachella ou Lollapalooza de ce monde d'avec les styles vestimentaires flamboyants ou de plus en plus légers qu'on y trouve. Et cette tendance qui a pris naissance dans les réseaux sociaux ne s'essouffle pas.

« Avant, dans les festivals, c'était du monde qui aimait la musique. Maintenant, c'est du monde qui veut show-off [montrer] son linge. »

C’est le genre de réflexion qu’on remarque à la pelle sur les réseaux sociaux depuis quelques années déjà. Mais c’est aussi un débat, sur Facebook notamment, qui a investi l’espace virtuel la semaine dernière en raison de la publicité du magasin Garage. Trop légères, les tenues de festival?

Et quelques jours seulement après la diffusion de la publicité, la question est revenue de l’avant sur les réseaux sociaux lors de la première fin de semaine du festival Coachella, en Californie.

« Aujourd’hui, les gens planifient leur look de festival », c’est ce que soutient la chargée de cours à l’École supérieure de mode de l’UQAM Madeleine Goubau.

Mais le constat, elle le fait depuis plusieurs années déjà. Elle admet que le phénomène s’amplifie parallèlement à la popularité des réseaux sociaux. « Par le passé, à Woodstock, par exemple, les gens étaient relativement habillés de la même façon que dans la vie, soit selon la mode "hippie" », dit-elle.

Le festival Woodstock en 1969Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le festival Woodstock en 1969

Photo : Getty Images

Plus près de chez nous, la donne a changé au cours des cinq dernières années, croit-elle, notamment lorsque le festival Osheaga a dû interdire les coiffes autochtones à ses festivaliers. C’est entre autres à ce moment que les projecteurs ont été davantage braqués sur l’habillement des spectateurs. « Souvenons-nous des fameuses couronnes de fleurs. Ce n’était clairement pas des hippies, c’était juste des filles qui étaient allées au H&M », soutient la chargée de cours.

Le style, dans les festivals, c’est le nouveau "ostentatoire". Aujourd’hui, ce sont les expériences qui comptent. Donc on va dans les festivals pour dire qu’on y est allés.

Madeleine Goubau

Vivre et « faire vivre »

De nos jours, on photographie son assiette à déjeuner le dimanche (après l’avoir bien disposée). On croque un cliché au sommet d’un mont après une randonnée (dans ses plus beaux vêtements de plein air). On fait une « story » Instagram au gym (maquillée avec des produits cosmétiques conçus pour résister à la sueur).

Alors, pourquoi ne pas se montrer lors d’un festival?

Va-t-on maintenant dans les festivals de musique pour se montrer?

« Oui et non », répond Madeleine Goubau.

« Clairement, les gens au Festival de jazz de Montréal vont y aller pour écouter de la musique. Mais dans des festivals populaires qui mettent de l’avant des gros noms de la musique populaire, rock ou électro, les gens y vont pour monter leur linge, mais surtout pour montrer qu’ils y étaient. » On peut notamment penser aux foules remplies de bras en l’air, portant bien haut des téléphones intelligents qui enregistrent les prestations ou qui s’affairent à réussir les meilleurs égoportraits.

Madeleine Goubau est catégorique : « Instagram a assurément un rôle à jouer. »

« C’est sûr que ça a contribué. C’est flagrant. Pourquoi, aujourd’hui, s’habille-t-on cute pour monter une montagne? C’est parce qu’on va prendre une photo au sommet. »

Des festivalières vêtues d'imperméables, à Osheaga.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des festivalières sous la pluie.

Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

Cette façon de faire, les entreprises l’ont comprise.

En 2005, la mannequin Kate Moss s’est présentée au festival Glastonbury, en Angleterre, avec des shorts courts et des bottes de pluie de marque Hunter. Pour la petite histoire, les bottes existent depuis 1856, portées essentiellement par les agriculteurs. Depuis 2005, les bottes sont devenues un « accessoire mode par excellence », soutient Madeleine Goubau, et des produits de « luxe » en soi.

Et la compagnie Hunter, dans tout cela? Elle commandite maintenant certains festivals de musique.

Dans d’importants événements comme c’est le cas pour Coachella, en Californie, il existe d’autres commanditaires issus du monde de la mode, comme H&M, « qui ont réalisé qu’il y a des sous à faire », assure la chargée de cours.

« Plusieurs entreprises mettent plus d’énergie à créer des looks de festival que leurs looks des saisons normales », ajoute-t-elle.

Il y a un "aura" autour des festivals. En faisant une publicité qui met en scène des gens qui vont au festival, on rejoint à la fois ceux qui y vont, mais aussi ceux qui voudraient y aller.

Madeleine Goubau

Avec les années, Instagram a donné un autre élan que celui de Facebook. Ne serait-ce que par la fréquence de publication de photos, qui est plus élevée, en raison de l’objectif premier de l’application.

« C’est réellement devenu le réseau mode. Notamment avec l’ajout de plein de fonctionnalités sur l’application pour l’industrie de la mode », assure Madeleine Goubau.

C'est un téléphone mobile avec les applications Facebook et Instagram, entre autres.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des utilisateurs de Facebook, Instagram et WhatsApp pourront s'envoyer des messages chiffrés.

Photo : Getty Images

Ce phénomène dans les festivals a commencé avec Facebook, et ça a explosé avec Instagram.

Madeleine Goubau

Impossible de passer sous silence l’apport des influenceurs – qui n’agissent pas tous dans ce sens, soutient Madeleine Goubau –, dont plusieurs ont une planification rigoureuse de leur travail au sein des événements du genre.

« C’est important pour eux d’être vus sur place. Ils vont habilement planifier les marques portées, les styles, etc. »

Alors l’importance du style vestimentaire dans les festivals de musique, que l’on parle de celui imaginé par Garage ou par ceux qui l’arboreront encore cette fin de semaine à Coachella, « il est prévu depuis longtemps », dit Madeleine Goubau. Pas seulement par les influenceurs. Parce que les tendances mode sont connues depuis plusieurs mois, voire plus d’un an, selon elle.

Et ce qu'elle assure, c'est que ces styles, ces « look de festival », pour l’amour de la musique ou non, ne sont pas sur le point de disparaître.

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