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La grogne contre le registre des armes à feu ne se tarit pas

Gros plan sur des fusils de chasse.
À peine 23 % des armes étaient inscrites au Service d'immatriculation des armes à feu du Québec au moment de l'entrée en vigueur de la loi, en janvier dernier. Photo: CBC/Gary Solilak
Joane Bérubé

Depuis janvier, plus de 200 municipalités, dont 21 au Bas-Saint-Laurent, ont adopté des résolutions visant l'abolition du nouveau registre des armes à feu du Québec. Ces municipalités se sont généralement prononcées à la demande de leurs concitoyens.

Dans la région, des municipalités comme Grosses-Roches, Saint-Léon-le-Grand ou Sayabec ont déjà voté des résolutions contre le maintien du registre.

Le maire de Sayabec, Marcel Belzile, s’inquiète notamment des répercussions sur la chasse, une activité aux retombées économiques importantes pour de nombreux villages forestiers comme ceux de la Matapédia.

Interpellés eux aussi par des citoyens, les élus de la Ville de Matane comme ceux de la Matanie ont refusé jusqu’à maintenant de prendre position.

Ce n’est pas de notre juridiction, mais un dossier provincial , relève le maire de Matane, Jérôme Landry.

Toutefois, une demi-douzaine de membres de l’Association de chasseurs et de pêcheurs de Matane sont revenus à la charge lors des dernières assemblées publiques de la Ville et de la MRC. Leur demande sera à nouveau examinée, indique le maire Landry.

Démarches citoyennes

Selon le secrétaire de Tous contre un registre québécoise des armes à feu, Luc Boucher, ces démarches auprès des municipalités sont le fait d’initiatives citoyennes.

Le mouvement s’est enclenché, raconte-t-il, après l’adoption d’une première résolution du genre dans le canton de Potton, en Estrie. La plupart des résolutions, selon M. Boucher, demandent la fin du registre ou la suspension de son application afin d’enclencher une consultation élargie sur le contrôle des armes à feu.

Ce n’est pas une incitation à la désobéissance civile ni une invitation à ne pas se soumettre à loi, précise Luc Boucher.

Le secrétaire et porte-parole de l’Association de chasseurs et de pêcheurs de Matane, Michel Savard, confirme que l’initiative est venue de son groupe à la suite de publications sur les réseaux sociaux.

Comme plusieurs opposants au registre, Michel Savard estime que les gens ne seront pas plus en sécurité avec ou sans registre. D’autres moyens, comme des enquêtes plus approfondies avant la délivrance d’un permis de possession et d’acquisition d’une arme seraient, à son avis, beaucoup plus efficaces.

Des chasseurs inquiets

Michel Savard craint aussi les conséquences sur la chasse. Il observe une désaffection. Pour les chasseurs un peu trop âgés, c’est rendu trop compliqué. Ils ferment les livres. C’est quand même un secteur économique important à Matane. On a une réserve faunique parmi les meilleures au Québec. Il y a beaucoup de chasseurs de l’extérieur de la région qui viennent ici.

Un vendeur dans un magasin de chasse essuie une arme d'épaule, devant un mur où sont présentées de nombreuses autres armes.Un magasin de chasse d'Ottawa vendant des armes d'épaule. Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Luc Boucher renchérit. On ne se cachera pas que plusieurs chasseurs sont dans la soixantaine. Cette loi a eu un effet majeur sur les chasseurs qui ne représentent pas un danger public pour la société, relève le porte-parole de l’organisation anti-registre.

M. Boucher ajoute que plusieurs personnes ont aussi décidé cette année de boycotter la chasse pour manifester leur désaccord avec la loi. En tant qu’organisation, on n’encourage pas le boycottage, car ça nuit aux petits entrepreneurs locaux qui ont juste ça pour arrondir leur fin d’année, commente M. Boucher.

À Matane, Michel Savard confirme que certains chasseurs songent à ne pas fréquenter les commerces des municipalités qui refuseront de se prononcer contre le registre. On ne veut pas, dit-il, que les gens [NDRL les élus] prennent ça comme une menace, mais on veut qu’ils soient conscients que ça existe.

Chasseurs délinquants

M. Savard s’interroge aussi sur le grand nombre de chasseurs qui n’ont toujours pas inscrit leurs armes au registre.

Il va se passer de quoi tantôt. Les 75 % de chasseurs qui n’ont pas enregistré leurs armes, qu’est-ce qui va leur arriver? On ne le sait pas. C’est comme dormant un peu, mais tantôt qu’est-ce que le gouvernement va faire avec ça?

Le maire de Sayabec, Marcel Belzile, se dit aussi préoccupé par les mesures qu’imposera Québec aux chasseurs récalcitrants.

On espère bien que le gouvernement n’arrivera pas avec des mesures coercitives au moment où on va commencer à délivrer des permis de chasse à l’automne, ajoute M. Belzile qui entend suivre le dossier auprès des instances politiques.

Depuis l’entrée en vigueur du registre, le 29 janvier dernier, tout propriétaire en possession d'une arme à feu non immatriculée s’expose à des amendes variant de 500 $ à 5000 $.

Neuf municipalités sur la Côte-Nord et une seule municipalité de la Gaspésie, L’Ascension-de-Patapédia, ont pour l’instant adopté une résolution demandant l’abolition du registre.

Ces chiffres devraient augmenter au cours des prochaines semaines, assure le porte-parole Tous contre un registre québécois des armes à feu.

L’organisation est aussi dans l’attente d’un jugement de la Cour d’appel du Québec qui pourrait notamment porter sur la constitutionnalité de la loi 64.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Armes à feu