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Jason Kenney veut des pipelines à tout prix pour l'Alberta

Le Parti conservateur uni de Jason Kenney a remporté 63 des 87 sièges de l'Assemblée législative albertaine, obtenant plus de 54 % des voix.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Fort de sa majorité à l'issue des élections en Alberta, le premier ministre désigné Jason Kenney affirme qu'il est prêt à utiliser « tous les outils légaux et politiques » – même à forcer la réouverture de la Constitution avec un référendum sur la péréquation – afin d'assurer la construction de deux pipelines pour transporter le pétrole albertain.

En entrevue avec Patrice Roy, M. Kenney est catégorique : il est prêt à tout faire pour garantir la construction de ces pipelines.

Il tient d’abord à rappeler que le pétrole albertain est indispensable pour l’économie canadienne. Selon lui, la construction de deux pipelines permettrait de vendre le pétrole albertain à d’autres pays que les États-Unis à un prix beaucoup plus élevé.

« Nous perdons des dizaines de milliards de dollars par année parce que nous avons seulement un seul marché international, les États-Unis », dit-il en entrevue à Radio-Canada.

Si l’Alberta ne réussit pas à convaincre les autres provinces d’accepter ces pipelines, M. Kenney brandit trois sérieuses mises en garde.

D’abord, il s'engage à perturber les livraisons de carburant vers la région de Vancouver si la Colombie-Britannique continue de s’opposer au projet Trans Mountain. « Ça augmentera le prix du pétrole pour les gens de la Colombie-Britannique. C’est un geste sérieux pour protéger nos intérêts », affirme M. Kenney.

Il promet aussi de contester en justice les projets de loi C-69 et C-49, ainsi que la taxe carbone fédérale.

Enfin, M. Kenney lance un avertissement sévère aux provinces : sans oléoduc, l’Alberta n’aura plus les moyens de payer la péréquation aux autres provinces comme elle le fait présentement.

« L’Alberta a versé plus de 600 milliards de dollars dans les transferts de péréquation aux autres régions, incluant le Québec, dans les dernières décennies », tient à rappeler M. Kenney.

Mais nous avons besoin d’un prix juste [pour le pétrole] pour qu’on puisse contribuer au Québec et au reste du pays.

Jason Kenney, premier ministre de l'Alberta

Si les provinces et Ottawa refusent d’obtempérer à ses demandes, il promet de tenir un référendum sur la section de la Constitution qui touche à la péréquation en octobre 2021.

« La Cour suprême a dit que si une province a un référendum sur une modification de la Constitution, ça lancera les pourparlers avec le fédéral », affirme M. Kenney.

Le premier ministre désigné dit s’être inspiré des politiciens québécois du Québec « qui ont été tellement efficaces à défendre les intérêts du Québec dans la fédération. L’idée d’un référendum sur la péréquation vient d’ailleurs de la décision de la Cour suprême sur la référence de sécession du Québec ».

C’est ça l’idée : c’est d’élever nos demandes de justice dans la fédération au sommet.

Jason Kenney, premier ministre de l'Alberta

L’Alberta commencera par la voie diplomatique, assure-t-il. « Mais en bout de ligne, nous sommes très clairs : le nouveau gouvernement de l’Alberta est prêt à utiliser tous les outils politiques et légaux pour défendre nos intérêts économiques essentiels. »

L’acceptabilité sociale pour le pétrole existe, selon M. Kenney

Les Canadiens, et particulièrement les Québécois, préfèrent acheter du pétrole canadien, soutient M. Kenney.

Notre énergie est produite selon les normes environnementales, les droits de la personne les plus élevés au monde. Je crois que les Québécois comprennent qu’ils préfèrent cette énergie-là à l’énergie sale.

Jason Kenney, premier ministre de l'Alberta

De plus, si le Canada ne réussit pas à vendre son pétrole ailleurs qu’aux États-Unis, le marché sera dominé par l’Arabie saoudite, l’Iran, le Venezuela et la Russie, ajoute M. Kenney.

« Je crois que c’est mieux pour le monde, mieux pour la stabilité, mieux pour l’environnement que le pays avec les normes les plus rigoureuses fournisse les marchés croissants pour l’énergie. »

Renouer une alliance entre le Québec et l’Alberta

Lors de son discours de victoire, M. Kenney a parlé pendant de longues minutes en français. Il veut convaincre les Québécois de son plan énergétique, même si le premier ministre François Legault a déclaré cette semaine qu’il « n’y a pas d'acceptabilité sociale pour un nouveau pipeline au Québec ».

Lors de son entrevue à Radio-Canada, M. Kenney a affirmé qu’il souhaitait discuter plus longuement avec M. Legault pour le convaincre. Le nouveau premier ministre albertain promet aussi de venir parler directement aux Québécois pendant la campagne électorale fédérale à l’automne.

M. Kenney a rappelé que l’Alberta et le Québec avaient forgé une alliance stratégique dans les années 80 « contre l’ingérence constitutionnelle du premier ministre Trudeau. J’aimerais renouveler cette alliance entre les deux provinces qui sont bien placées d’être des leaders dans la fédération canadienne ».

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