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« La communauté francophone m’a dénigrée », affirme Léonie Tchatat

Léonie Tchatat fustige la communauté francophone de l'Ontario pour l'avoir « laissée tomber »

Léonie Tchatat fustige la communauté francophone de l'Ontario pour l'avoir « laissée tomber »

Photo : Radio-Canada / MATEO GARCIA-TREMBLAY

Natasha MacDonald-Dupuis

Dans une entrevue exclusive avec Radio-Canada, Léonie Tchatat fustige la communauté francophone de l'Ontario pour l'avoir « laissée tomber » et « dénigrée » depuis la parution de l'enquête du Toronto Star sur son organisme La Passerelle-I.D.É.

Au micro de l’animatrice de l’émission Y a pas deux matins pareils Marjorie April, Mme Tchatat dément les nombreuses allégations du quotidien torontois. Radio-Canada n’a pas été en mesure de vérifier ces allégations de façon indépendante.

Racisme

Tout au long de l’entrevue, Léonie Tchatat martèle qu’elle n’a rien à se reprocher et que si elle a un regret, c’est de voir que mes vingt ans de contribution profonde dans la francophonie ontarienne n’ont pas été respectés [...] et de voir à quel point il y a encore un racisme réel.

Elle soutient que si elle avait été une femme blanche, elle n’aurait pas eu à passer au travers du même préjudice. Elle dit avoir reçu des menaces de mort et s’être fait chasser de tables à des événements publics.

Kids Up Front

Léonie Tchatat avait déjà indiqué à Radio-Canada, à la suite d'un article du Star, avoir utilisé à des fins personnelles des billets de spectacles destinés à des enfants dans le besoin. Selon le quotidien torontois, La Passerelle-I.D.É. a obtenu 782 billets gratuits au cours des deux dernières années de l’organisme Kids Up Front.

En entrevue, Léonie Tchatat a à nouveau cité un « malentendu ». Selon elle, Kids Up Front était au courant que La Passerelle-I.D.É distribuait ces billets à ses employés et aux membres de la famille des dirigeants.

une madame noir qui parle a un micro

Léonie Tchatat se défend au micro de Marjorie April, en lien avec les allégations envers La Passerelle-I.D.É et Charité Léo.

Photo : Radio-Canada / MATEO GARCIA-TREMBLAY

Dans un communiqué envoyé après la parution de l’article, Kids Up Front a soutenu le contraire. Les agences partenaires de Kids Up Front doivent rendre les billets inutilisés au moins 24 heures avant un événement, pour qu’ils puissent être redonnés à un autre organisme, selon les ententes. Kids Up Front n’a pas encore répondu à notre demande d’entrevue à propos des déclarations faites jeudi par Mme Tchatat.

« J’ai des emails pour le prouver », a soutenu Mme Tchatat. Radio-Canada a demandé à voir ces courriels, mais n’a pas encore eu de réponse.

Léonie Tchatat a confirmé à Marjorie April avoir distribué une quinzaine de billets à de jeunes entrepreneurs français en visite à Toronto dans le cadre d’un programme de La Passerelle Paris, mais se défend d’avoir planifié cette activité. Ce n’était pas prévu, ce n’est jamais prévu. C’étaient des jeunes dans le besoin de quartiers défavorisés de la France, a-t-elle affirmé.

Sans visage

Léonie Tchatat s’est aussi défendue d’avoir créé un programme d'aide « fictif » pour prostituées, comme le soutient l’enquête du Toronto Star. Elle soutient que les sources du journaliste Kevin Donovan sont quatre ex-employées qui sont contre La Passerelle-I.D.É.

Elles sont allées lui donner des informations volées qu’il ne devait pas recevoir, car il s’agit d’informations confidentielles.

Léonie Tchatat

La Passerelle-I.D.É. a envoyé mercredi un avis de libelle diffamatoire au Toronto Star relativement à ce reportage. Léonie Tchatat ne nie pas que le financement de Sécurité publique Canada était destiné à aider les femmes à quitter la prostitution, mais dit qu’elle leur a proposé un projet en lien avec la « prostitution indirecte ».

J’ai approché Sécurité publique Canada pour leur dire qu’il n’y a pas une seule forme de prostitution au Canada. Nos ateliers étaient ouverts à toutes les jeunes femmes qui veulent participer dans le but de ne pas marginaliser ces jeunes femmes ciblées dans le cadre du projet.

Lorsque questionnée sur le fait que des femmes d’affaires ont été invitées à ces ateliers sans savoir qu’il s’agissait d’un programme pour contrer la prostitution indirecte, Mme Tchatat a répondu que c’est un concept réfléchi et innovateur qui permet aux femmes d’affaires d’agir comme mentores.

Ce projet, c’est une histoire de ma vie quand je me cherchais dans les coins de Toronto et que j’essayais de survivre, a déclaré Mme Tchatat.

Charité Léo

La présidente fondatrice de La Passerelle-I.D.É a aussi réagi à l’enquête de Radio-Canada sur son autre organisme, la Charité Léo. Elle a expliqué que la Charité Léo est un organisme de bienfaisance qui a été créé pour financer les activités de La Passerelle-I.D.É., qui est un organisme à but non lucratif.

Selon l’avocate Carole Chouinard, si Charité Léo mène ses activités par l’entremise de La Passerelle-I.D.É, la Charité Léo peut transférer des fonds à La Passerelle-I.D.É, pourvu que Charité Léo contrôle et dirige l’utilisation de ces fonds par La Passerelle-I.D.É. L’ARC exige dans ces circonstances qu’il y ait un accord écrit entre l’organisme de bienfaisance et l’intermédiaire.

L'enquête de Radio-Canada révèle que Charité Léo n'a dépensé aucun montant à l'extérieur du Canada et n'a pas versé de fonds à d'autres organismes de charité, et ce, dans tous ses états financiers. Léonie Tchatat a répondu avoir versé de l’argent à des enfants à Madagascar en 2018 et être allée au Cameroun pour des lancements d'initiatives sur le terrain.

une femme noire parle au micro d'une émission

Léonie Tchatat en entrevue à l'émission Ya pas deux matins pareils.

Photo : Radio-Canada / MATEO GARCIA-TREMBLAY

Mme Tchatat a aussi évoqué des erreurs comptables pour expliquer pourquoi les documents indiquent plus de 144 000 $ dépensés en frais administratifs, alors qu’ils n’indiquent aucun montant alloué à des actions caritatives.

Mme Tchatat a aussi rappelé qu’il n’est pas illégal que sa nièce soit la présidente du conseil d'administration, même si elle a vécu chez elle pendant au moins une partie de son mandat.

Marie-France Lebouc, professeure en éthique des affaires à l’Université Laval, rappelle que les problèmes de conflit d’intérêts ne sont pas souvent des questions de légalité.

En temps normal, les directeurs et membres de CA s’efforcent de lever les apparences de conflit d’intérêts. Ici, la réponse que vous a donnée Madame Tchatat ne montre aucun souci d’expliquer en quoi la gouvernance de son organisme est préservée et que les fonds sont donc administrés d’une façon qui est socialement acceptable, dit-elle.

Mme Lebouc ajoute qu’il faut examiner de plus près ce que signifie cette relation tante/nièce pour l’organisme, puisque normalement le conseil d’administration doit être en position d’autorité face à la direction. C’est la raison pour laquelle les présidents de CA sont généralement choisis pour leur expérience dans la direction d’organismes et/ou le domaine d’intervention. Ici, nous avons à l’inverse une situation dans laquelle la plus jeune et moins expérimentée des deux personnes dirige le CA et se retrouve en position d’autorité face à sa tante, affirme-t-elle.

Elle conclut qu’à la lumière de ces considérations, le conflit d’intérêts est donc crédible et probable.

Toronto

Associations francophones