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30 ans du Game Boy : de « jeu nul » à console culte

Une photo du Game Boy original.
L'écran verdâtre et les boutons violets du Game Boy sont devenus des emblèmes de l'industrie du jeu vidéo. Photo: iStock
Karl-Philip Vallée

En 30 ans, l'écran vert et les boutons violets du Game Boy sont devenus de véritables icônes du jeu vidéo. Pourtant, rien ne semblait prédestiner la console portable emblématique de Nintendo au succès avant son lancement. Retour sur ce tour de force commercial.

Juin 1987. Quatre ans après le lancement de la Famicom (la version japonaise de la NES américaine), Nintendo cherche à donner un nouveau souffle à ses opérations en présentant un produit innovateur.

Conscient de la menace que représentent ses concurrents Sega et Atari, le président de Nintendo de l’époque, Hiroshi Yamauchi, demande à ses employés de concevoir une console portative à cartouches interchangeables.

Nintendo jouit à ce moment-là d’une expérience et d’un grand succès sur le marché des jeux vidéo portables grâce à ses jeux-consoles Game & Watch. Ces consoles rudimentaires ne permettent toutefois pas de changer de jeu, puisque ceux-ci sont installés directement dans les circuits des appareils. Il faut donc se procurer une nouvelle console chaque fois que l’on désire essayer un nouveau jeu.

Une photo d'une console Game & Watch.Les consoles portatives Game & Watch étaient très rudimentaires par rapport au Game Boy qui allait leur succéder plusieurs années plus tard. Photo : ThePViana / Wikimedia Commons

« Game & Watch a été un très gros succès, et c’est ce qui a permis à Nintendo de financer son entrée sur le marché du jeu vidéo domestique avec la Famicom », explique Dominic Arsenault, professeur spécialisé en jeux vidéo au Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques de l’Université de Montréal. « C’est pour redynamiser le marché du portatif que Nintendo a lancé le Game Boy. »

Game Boy, le jeu nul

À l’interne, tous n’entretiennent toutefois pas l’enthousiasme du président de Nintendo pour la console en cours de conception. Certains employés la surnomment dame game en japonais, ce qui signifie jeu nul. Plusieurs croient qu’il s’agit d’un suicide commercial pour l’entreprise, selon ce qu’a affirmé le mois dernier (Nouvelle fenêtre) l’historien de Nintendo Florent Gorges au Monde.

Le lancement en 1987 de la console PC-Engine, de l’entreprise NEC, beaucoup plus puissante que la NES, prend aussi de court les dirigeants de Nintendo. La réplique de Nintendo à NEC, que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Super NES, connaît alors des retards importants en raison de son développement précipité.

Le raz-de-marée Tetris

Nintendo sent qu’il doit réagir et accélère donc le développement du Game Boy, qui finit par sortir au Japon le 21 avril 1989, plus d’un an avant son premier compétiteur direct. Lorsque le Game Gear de Sega et le Lynx d’Atari arrivent avec leur écran couleur, en 1990, les critiques s’interrogent sur la pertinence du Game Boy, à la puissance inférieure.

Mais Nintendo peut compter sur de nombreux avantages que ses compétiteurs n’ont pas. Son Game Boy a une plus grande autonomie, il est plus abordable et il est plus petit.

« Et l’argument massue, c’était Tetris, affirme Dominic Arsenault. En Occident, Tetris était inclus avec la console au lancement. Les jeux inclus au lancement constituent le facteur principal du succès d’une console. »

En 1989, rien ne peut résister au duo formé par le Game Boy et Tetris, qui pénètre toutes les couches de la société. Dans une entrevue au magazine Time (Nouvelle fenêtre) en 1993, même Hillary Clinton, alors première dame des États-Unis, admet qu’elle a parfois du mal à se séparer de son Game Boy.

Une photo en noir et blanc d'Hillary Clinton assise dans un avion en train de jouer au Game Boy.Hillary Clinton a affirmé au magazine Time en 1993 qu'elle avait du mal à se séparer de son Game Boy. Photo : William J. Clinton Presidential Library / Instagram

Pikachu à la rescousse

L’hégémonie du Game Boy se poursuit durant toutes les années 1990, malgré le lancement sur le marché du jeu vidéo domestique des premières consoles aux graphiques en trois dimensions.

Le retard de Nintendo sur ce marché est cependant compensé par le lancement d’une nouvelle série de jeux dont la popularité balayera le monde entier : Pokémon.

Une photo montrant les boîtes des jeux <em>Pokémon Rouge</em> et <em>Pokémon Vert</em> en version japonaises.Pokémon Rouge et Pokémon Vert, les deux premiers titres de la série, ont été intronisés au Temple de la renommée du jeu vidéo en 2017. Photo : Video Game Hall of Fame

« Avec Pokémon, Nintendo a réussi à capter les jeunes de 6 à 12 ans aux États-Unis. En Occident, la génération plus vieille s’intéressait à la Genesis de Sega et aux jeux à l’ordinateur. Il y avait une certaine fragmentation. Pokémon a permis de fidéliser une nouvelle génération de fans. »

Une domination de 30 ans

Selon Dominic Arsenault, Nintendo doit une grande partie de son succès historique et actuel dans le domaine des jeux vidéo à ses consoles portables comme le Game Boy

« L’histoire du jeu vidéo surévalue les consoles de salon. Même si le succès de la Super NES était mitigé, Nintendo dominait entièrement le segment portable. C’était vraiment un gros secteur économique et contrairement aux consoles de salon, il n'était pas disputé. La santé financière de Nintendo passe par là. »

La domination de Nintendo dans ce secteur s’est poursuivie par la suite avec les évolutions du Game Boy (Color, Advance), puis avec le Nintendo DS et 3DS.

L’avenir est portable

En 2017, près de 28 ans après la sortie du Game Boy, Nintendo fait un pari de taille en lançant la Switch, sa première de console de salon pouvant aussi être utilisée comme console portative.

La Nintendo Switch est une console de salon portable. Il est donc possible d'y jouer dans son lit.Ce n'est pas qu'un écran ou une manette, c'est la console entière que les joueurs apportent avec eux Photo : Nintendo

L’expérience et le succès de Nintendo sur ce segment depuis les années 1980 lui permettent de remporter son pari. Sa console connaît un succès remarquable et dépasse toutes les attentes.

« Je pense que la stratégie de Nintendo était de fusionner les deux marchés, avance Dominic Arsenault. Ils sont très forts sur le marché portable. Je pense que c’est une excellente stratégie parce que ça s’adapte bien à notre époque. »

Avec les informations de Le Monde

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