•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Plus que la musique, la trame ou les bruits : ils créent des « univers sonores »

Console radio éclairée d'une petite lumière.
Jean-Sébastien Côté et Francis Faubert conçoivent des univers sonores. Photo: Radio-Canada / Mae Anderson
Christelle D'Amours

Les pas feutrés qu'on entend dans un film de suspense, un silence dans un spectacle de danse ou le thème musical d'un balado : les concepteurs sonores ne laissent rien au hasard. Dans ce métier où l'oeuvre est reine et l'exigence règne, le vétéran Jean-Sébastien Côté et le néophyte Francis Faubert composent parfois pour le plaisir, d'autres fois pour faire plaisir.

La majorité du temps, les gens ont une opinion sur la musique beaucoup plus claire que sur d’autres formes d’art, déclare Jean-Sébastien Côté.

Et c’est là la difficulté première du métier que le compositeur et concepteur sonore exerce depuis plus de 20 ans.

Tout le monde a l’impression d’être le spécialiste de la musique qu’il ou qu’elle aime.

Jean-Sébastien Côté, compositeur et concepteur sonore

Ayant travaillé aux côtés de Robert Lepage durant près d’une quinzaine d’années, il a conçu la musique et l’environnement sonore de nombreux spectacles de théâtre, surtout, mais aussi de danse et d’autres créations qui sollicitent les sens.

L’artiste sonore constate qu’à l’instar de l’éclairage d’un spectacle ou du montage d’un film, le public se sent beaucoup plus outillé pour analyser la musique dans une production artistique. Jean-Sébastien Côté est ainsi exposé à la critique, tant du public que des réalisateurs ou artistes avec qui il crée. Et ça lui convient.

Cette capacité à lâcher prise sur l’ego pour bien servir l’oeuvre est également une qualité que Francis Faubert croit nécessaire dans le métier.

 [Une composition], c’est tellement personnel, tellement subjectif, tellement embryonnaire aussi. Ça vient de sortir, c’est flambant neuf, ça n’a pas eu le temps de vivre encore, alors ce n’est pas grave de ''scrapper'' ça. Il va y en avoir d’autres, puis des meilleures, mentionne-t-il.

L’auteur-compositeur-interprète baigne dans l’univers musical depuis 2011. Il a récemment remporté le prix de la meilleure musique originale au gala du Canadian Podcast Awards pour sa toute première trame sonore en baladodiffusion, soit celle de Synthèses : le cas Valérie Leblanc.

Le métier sonore qui se fait discret

Plutôt habitué à écrire des paroles ou composer des mélodies, Francis Faubert se plaît à imaginer tout un univers sonore pour accompagner des prestations. Il aime entre autres accompagner des poètes dans des soirées à micro ouvert pour la spontanéité qu’offrent ces moments.

Le slameur Francis Faubert dans le studio des MalinsLe slameur Francis Faubert Photo : Radio-Canada / André Dalencour

Je demande à l’artiste de me décrire sa ''patente'' en trois mots, puis aussitôt que son texte part, aussitôt que sa livraison part, moi je décolle avec lui sur une proposition, une direction, puis ça passe ou ça casse. Puis en général, ça se passe bien!, raconte le musicien.

M. Faubert précise que la clé réside dans la capacité à cerner rapidement l’idée ou la ligne directrice, tout en travaillant dans un environnement qui permet de créer sans pression et en poursuivant un objectif commun : donner vie à l’oeuvre.

Le concepteur sonore [c’est] la personne qui s’occupe de tout ce qu’on entend dans le fond, précise Jean-Sébastien Côté. C’est tout le temps quelque chose qui est en mouvance. On ne sait jamais comment appeler notre travail.

D’un silence bien placé à la musique dramatique nécessaire pour soutenir une action, tout est important pour l’ouïe bien aiguisée des professionnels du son.

Jean-Sébastien Côté considère sa mission remplie si la musique, les bruits et même les silences se fondent dans l’histoire ou le scénario. L’habillage sonore doit coller à l’oeuvre, passer presque incognito.

Ce n’est pas une plateforme pour m’exprimer en tant que telle. Je ne fais pas ça pour faire profiter au monde de mon génie musical. Je suis là pour servir ce qu’une personne - un réalisateur, metteur en scène ou chorégraphe - a mis [en] place.

Auteur

C’est comme si on passait notre temps à regarder un film, puis dire :''Je ne sais pas trop ce qui se passait, mais les décors étaient magnifiques''. [...] C’est le bon vieux cliché, mais si on entend la musique, c’est qu’il y a quelque chose de pas correct, fait valoir l’artiste.

Or, pour réaliser un habillage sonore efficace, encore faut-il bien communiquer entre concepteurs et réalisateurs.

Difficile de plaire

Le plus gros défi, c’est effectivement de se comprendre, puis d’essayer de voir, parmi ce que la personne nous dit, c’est quoi les choses qu’il ne faut pas écouter et les choses qu’il faut écouter, soutient l’homme d’expérience. Les gens te disent : ''Fais ce que tu veux'', mais ce n’est pas vrai. Ils ont quelque chose en tête. 

Si tu t’accroches à certains détails, comme un instrument, tu peux te tromper. Il y a des gens qui te disent un instrument, mais ils pensent à un autre.

Jean-Sébastien Côté, compositeur et concepteur sonore
Jean-Sébastien Côté est debout devant un mur.Un portrait de Jean-Sébastien Côté. Photo : Facebook/JS Cote

Selon M. Côté, les créateurs et réalisateurs sont de bonne foi, mais ont parfois des attentes qu’ils ne parviennent pas à exprimer en utilisant le bon vocabulaire, ce qui complique la tâche.

Le concepteur sonore constate, de façon générale, que son métier est peu connu et souvent mal évalué en ce qui a trait aux ressources nécessaires à la réalisation d’un projet.

Je trouve ça difficile parce que des fois, ils te demandent des choses et tu te dis : ''Wow! La prochaine étape, il va falloir que j’appelle un orchestre au complet si vous voulez ça. Et malheureusement, avec 3000 $, ça n’ira pas très loin!'', explique-t-il.

C’est lorsque les concepteurs sonores se butent à des demandes irréalistes ou des contours flous que l’insécurité s’installe. Et la route du doute est toujours une route bien apeurante!, reconnaît Jean-Sébastien Côté.

Du monde qui est très, très minutieux dans l’insignifiance, ça existe.

Francis Faubert, auteur-compositeur-interprète

Francis Faubert affirme que les artisans de l’audio ont besoin de directives claires pour que leur travail soit plus efficace. Mais ils doivent aussi avoir la liberté de créer.

M. Côté abonde, tout en mentionnant qu’il ne faut pas oublier que tout ce qui est sonore et musical [...], ça dépend tellement de comment on se sent cette journée-là. Un même son peut ainsi engendrer des réactions différentes, même entendu à 15 minutes d’intervalle.

Des fois, on dit qu’on a fait un changement, puis on n’en a peut-être pas fait un, confie Jean-Sébastien Côté en riant.

Ottawa-Gatineau

Musique