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Mexico, la ville de tous les possibles

Des clients attablés à une terrasse.

Un des nombreux cafés du quartier de Roma à Mexico

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Michel Labrecque

Mexico est énorme, embouteillée et inégale. Mais c'est aussi une ville culturelle, branchée et inventive. Voire surréaliste! Des chilangos, nom qu'on donne aux habitants de cette mégapole, témoignent.

« C’est une ville où notre imagination n’a pas de limites », dit Roxanne Sayegh. Cette Montréalaise y était venue pour un stage de six mois; elle y vit depuis 17 ans. « Il y a beaucoup d’étrangers dans mon cas; cette ville agit comme un aimant ».

La jeune femme avec sa fillette dans les bras.

Roxanne Sayegh et sa fille Lena

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Roxanne Sayegh déplore le fait que ses amis montréalais ne lui parlent que de la violence et du narcotrafic. Elle m’avait donné rendez-vous dans un marché d’aliments biologiques, au cœur du quartier très branché de Roma.

C’est une espèce de résistance à l’industrialisation de l’alimentation. Un mouvement pour préserver la gastronomie traditionnelle. Beaucoup d’artistes et de gens de ma génération viennent ici.

Roxanne Sayegh
Le marché est bondé.

Le Mercado el 100, chaque dimanche à Mexico

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Roxanne Sayegh travaille beaucoup dans le milieu du cinéma, qui est très effervescent à Mexico. « Par exemple, la cinémathèque nationale est un endroit fascinant : 10 salles, presque toujours pleines ». Elle a aussi dirigé le festival Ambulante, un festival itinérant du documentaire mexicain, dont les porte-parole sont les acteurs Gael Garcia Bernal et Diego Luna.

En se baladant, nous sommes passés par un jardin collectif où se déroulait un atelier sur le rituel indigène de la cérémonie du cacao.

Des tours vitrées.

Les gratte-ciels poussent comme des champignons à Mexico.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Pour Roxanne, Mexico n’arrête jamais de se réinventer : « Il y a toujours de nouveaux projets, des nouveaux lieux. Je ne me tannerai jamais de cette ville ».

Et il y a les innombrables musées, les parcs immenses. Une ville qui s’est transformée pour le mieux, estiment tous les gens à qui j’ai parlé.

Une mendiante est assise à côté d'une voiture rutilante.

Les contrastes sont saisissants à Mexico.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Bien sûr, il y a les inégalités, « difficiles à vivre au quotidien », l’insécurité et les innombrables problèmes de circulation, ajoute Roxanne Sayegh.

Le reportage de Michel Labrecque est diffusé le 21 avril à Désautels le dimanche dans le cadre de la série Le Mexique, entre l'ombre et la lumière sur ICI PREMIÈRE.

Le musicien

Camilo Lara.

Camilo Lara, musicien et producteur

Photo : Yvonne Venegas

Camilo Lara est né et a grandi à Mexico. Il a sa ville tatouée sur le cœur. « Mon prochain album sera une lettre d’amour à Mexico », dit-il.

Camilo Lara a fondé le Mexican Institute of Sound (Nouvelle fenêtre), qui combine les rythmes électroniques aux traditions mexicaines et aux autres rythmes latins. Il travaille aussi avec de multiples musiciens, autant mexicains, comme Lila Downs, qu’américains, comme Calexico. Dans le studio de Camilo Lara, on trouve des dizaines de claviers, synthétiseurs et guitares.

« La scène culturelle de Mexico a explosé depuis 10 ans. Il y a la musique, mais aussi des tonnes de cinéastes et d’artistes conceptuels », note Camilo Lara.

Cette ville est super excitante. Jusqu’à tout récemment, c’était un secret bien gardé. Mais maintenant, le monde entier nous découvre.

Camilo Lara, musicien et producteur

La scène musicale à Mexico est éclatée. Par exemple, les chanteuses Natalia Lafourcade et Carla Morrison, les groupes Café Tacvba et Little Jesus, la rappeuse LGBTQ Ali Gua Gua et un collectif de musique électronique qui s’appelle NAAFI. Et c’est seulement un échantillon!

Un couple « mexicois »

Le couple devant la vitrine de leur boutique.

Marie-Ève Parenteau et Bernardo Lopez

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Marie-Ève Parenteau est Québécoise; Bernardo Lopez est Mexicain. Ils forment un couple et exploitent une boutique dédiée au design mexicain. Nous sommes toujours dans Roma, ce joli quartier dont les rues sont bordées d’arbres, où se créent presque chaque jour de nouveaux restaurants et bars.

Cette partie de la ville est très sensible aux tremblements de terre, mais rien ne semble vouloir freiner l’embourgeoisement.

Un trottoir pavé large et bordé d'arbres, et un bel immeuble.

Une rue du joli quartier de Roma, à Mexico

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

D’abord, les artistes sont arrivés. Ensuite, il y a eu les architectes. Puis les restaurants et les boutiques. Et maintenant, ce sont les banquiers. Ils arrivent tard, mais ils achètent tout.

Bernardo Lopez, architecte
Des clients sont dans la boutique.

La boutique Colima 180°, presque entièrement consacrée au design mexicain

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Bernardo Lopez est architecte; il a aussi conçu la boutique Colima 180° « pour faire une place au design mexicain ». La boutique crée sa propre marque de vêtements et accueille beaucoup d’autres créateurs locaux.

Bernardo est intarissable quand il parle de Mexico : « Une ville imprévisible, un mélange de cultures indigène et européenne, beaucoup plus qu’américaine » insiste-t-il. « Il ne faut jamais oublier que nous sommes sur une terre indigène ».

Marie-Ève a beaucoup travaillé dans le milieu culturel et rédige en ce moment un guide de Mexico, qui paraîtra au Québec au printemps prochain.

« Salvador Dali disait que Mexico est plus surréaliste que lui, et je pense qu’il a raison, dit-elle en rigolant. L’autre jour, j’ai tourné un coin de rue et j’ai vu quelqu’un se balader à cheval. Quelques rues plus loin, il y avait 100 personnes qui se faisaient faire une manucure en plein air. C’est plein de surprises! »

Il y a même un énorme marché consacré en grande partie à la sorcellerie et aux potions magiques, le marché Sonora.

Des passants dans une rue bordée d'immeubles.

Le centre historique de Mexico

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Le centre historique est littéralement bondé : des hordes de commerces ambulants, de magasins en tout genre, le tout entouré de bâtiments anciens, souvent somptueux. Il faut ajouter les manifestations quotidiennes au Zocalo, la grande place où siège le gouvernement.

Une marchande sert à manger à un passant.

Un des innombrables commerces ambulants du centre de Mexico

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

L’écrivaine de Coyoacan

Guadalupe Nettel.

L’auteure Guadalupe Nettel

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

« Dans chaque quartier, on peut se croire dans une culture différente. Il y a tellement de villes dans la ville », dit Guadalupe Nettel, écrivaine mexicaine primée à plusieurs reprises.

« On n’arrive jamais à faire le tour de Mexico. Même les chauffeurs de taxi vous le disent », dit-elle en souriant.

Sa ville à elle, c’est Coyoacan, un ancien village devenu un quartier du sud de Mexico. Le quartier est connu pour son musée Frida Kahlo, qui était auparavant la résidence de la grande artiste.

Coyoacan est devenu très bohème dans les années 80. Mais il reste tranquille et il constitue un mélange intéressant de classes sociales. Beaucoup d’artiste et d’écrivains y vivent.

L’auteure Guadalpe Nettel
Des maisons coquettes entourées de bougainvillliers et autres végétations.

Le «village urbain» de Coyoacan

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Guadalupe Nettel parle un excellent français. Elle a vécu plusieurs années en France et a passé un an à Montréal au milieu des années 90, « dans le Mile-End, avant que ça ne s’embourgeoise ». Mais Mme Nettel est avant tout Mexicaine.

L’œuvre de Guadalupe Nettel est abondante : L’hôte, Le corps ou je suis né, Après l’hiver, entre autres romans, et beaucoup de recueils de nouvelles.

« Je m’intéresse aux obsessions des gens, leurs manies, leurs tics », dit-elle avec le regard ironique. Elle aime plonger dans chaque recoin de l’âme humaine.

Un de mes romans [L’hôte] se déroule dans le métro de Mexico. Le métro est un endroit fascinant où beaucoup d’univers s’entrecroisent. En même temps, il y a les wagons séparés pour les femmes, parce que le harcèlement est une réalité.

L’auteure Guadalupe Nettel

Ce qui ne l’empêche pas d’avoir un regard social et politique sur sa ville et son pays. Elle est aussi directrice de la revue de l’Université nationale de Mexico, l’immense campus de 350 000 étudiants. Une autre ville dans la ville.

Des jeunes dans une jolie librairie.

Une librairie de Mexico

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

« Aujourd’hui, la littérature mexicaine est une des plus effervescentes de la littérature en espagnol, et je défie n’importe qui de me contredire », dit Guadalupe Nettel.

« Il se passe aujourd’hui au Mexique des choses dramatiques, avec beaucoup de violence; on ne peut pas les digérer. Alors, comme écrivains, on essaie d’assimiler et d’expliquer cela », soutient-elle. Ce qui fait que la littérature est devenue très sociale. On pourrait ajouter qu’il en est de même pour beaucoup d’artistes, musiciens, cinéastes, artistes muraux.

Avec la collaboration d'Alix Hardy

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