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La sagesse de Frédéric Lenoir

De profil, Frédéric Lenoir

L'auteur Frédéric Lenoir

Photo : Radio-Canada

Alain Crevier

Dans un monde comme le nôtre où tout change si rapidement, qu'est-ce que réussir? Et si on inversait l'équation de la réussite comme le propose l'auteur Frédéric Lenoir? Rencontre et réflexions.

L’idée que mon grand-père se faisait de la réussite est-elle encore la même, celle de mon époque? Avoir un bon travail, bien gagner sa vie, avoir la reconnaissance de son entourage et de ses patrons? Si tel est le cas, alors, individuellement, nous n’avons pas beaucoup d’emprise sur notre réussite. Un accident, une fermeture d’entreprise, une crise économique, un malentendu et notre idéal de réussite s’évapore. Dure mise en échec!

« La quête universelle de la sagesse existe depuis 3000 ans, rappelle l'auteur et sociologue Frédéric Lenoir. Que ce soit en Orient ou en Occident, dans la Grèce antique, avec le bouddhisme, le taoïsme en Chine… c’est réussir sa vie en tant qu’être humain. Comment être un humain meilleur? C’est la grande question de la sagesse. »

Nous sommes à des années-lumière de la notion de réussite de notre époque. Et pourtant cette sagesse nous fascine!

Frédéric Lenoir s’intéresse à ces grandes questions depuis une bonne trentaine d’années. Il est philosophe, un érudit. Il a dirigé la formidable publication Le monde des religions. Mais ce qui m’a toujours impressionné chez lui, c’est cette maîtrise de la communication, de la vulgarisation.

Il est un auteur qui a connu de grands succès avec Le Christ philosophe ou encore Jésus, Socrate et Bouddha et un immense succès populaire avec Le miracle Spinoza. Et voici donc que dans La sagesse expliquée à ceux qui la cherchent, son plus récent livre, il s’intéresse à ce qu’est une vie réussie.

Mais comment expliquer que ces questions de sagesse et de vie réussie nous intéressent depuis si longtemps. Des siècles et siècles! Une obsession, je crois.

« Eh bien parce que nous avons été longtemps dans un monde de religions, souligne Frédéric Lenoir. Les religions sont beaucoup plus anciennes que la philosophie. Et la religion tentait de répondre à notre peur de la mort. Mais au sein des grands courants religieux, que ce soit en Chine, en Inde, en Grèce, il y a des gens qui se sont dit : "mais les réponses religieuses ne nous satisfont pas parce que ce sont des mythes. Elles viennent de légendes. Il faut qu’on apporte une réponse plus rationnelle au sens de la vie humaine" ».

La réponse à ce besoin insatiable de sens, ce fut Bouddha en Inde, Socrate, Aristote, les stoïciens et les épicuriens en Grèce. Mais aussi Lao Tseu et Confucius en Chine. « Et la question que ces gens se sont posée : comment par la raison et non par la foi on peut essayer de trouver ce qu'est une bonne vie? »

Une bonne vie, pour les philosophes comme Frédéric Lenoir, ce n’est pas un bon verre de vin et d’excellents fromages. C’est un chemin plus exigeant qui permet de s’accomplir « à la fois pour être heureux soi-même, trouver un bonheur durable et profond et en même temps pour rendre les autres heureux ».

Autrement dit, à quoi cela sert d’être heureux seul si tout, autour de nous, n’est que désolation. « C’est une question tout à fait universelle ».

Alors M. Lenoir, on fait ça comment?

Une vie réussie, ça commence par soi, par l’accomplissement de sa nature profonde. C’est accomplir ce pour quoi on est fait.

Frédéric Lenoir

Encore facile à dire quand on est un auteur célèbre avec un appartement magnifique dans Saint-Germain-des-Prés et des amis aux quatre coins de la planète dont quelques-uns très connus et plutôt bien fortunés.

« J’ai mis 10 ans avant de vendre mes livres. Quand j’ai commencé, ça ne marchait pas ». Si bien que Frédéric Lenoir a fait une thérapie pour se rendre compte d’un truc fou : « Je m’interdisais de réussir à cause d’une problématique psychologique avec mon père. Il ne voulait pas que je le dépasse ». On imagine que la thérapie a fonctionné puisque, depuis, ses livres et ses conférences sont parmi les plus courus de la francophonie.

« La sagesse pour moi, c’est un idéal, mais on n’est jamais sage. Je ne suis pas sage, mais je tends vers la sagesse. Je tends vers une vie profonde, heureuse, vers une amélioration de ma vie, de ma pensée, de ma connaissance, de ma lucidité. Et puis, je fais des conneries comme tout le monde », confie-t-il.

Partager ses idées

Assis l'un en face de l'autre, Frédéric Lenoir et Alain Crevier

L'auteur Frédéric Lenoir, à gauche, et Alain Crevier

Photo : Radio-Canada

Je connais Frédéric Lenoir depuis 2007. Nous nous sommes rencontrés presque chaque année depuis. Dans La sagesse expliquée à ceux qui la cherchent, il y a quelque chose de nouveau. Dans son écriture. Dans son récit. Quelque chose de plus personnel. Presque intime.

« Pendant 30 ans, j’ai essentiellement étudié la pensée des autres. Et donc je me suis plongé dans toute la lecture des grands philosophes, des grands spirituels, des grands maîtres. Ça m’a nourri profondément. Mais je dirais que maintenant je parle vraiment de mon expérience, souligne Frédéric Lenoir. Ce n’est pas simplement les idées des autres que je transmets, c’est vraiment des idées que j’ai éprouvées dans ma propre expérience. »

J’en étais certain! Même dans son livre à propos de Spinoza, Le miracle Spinoza, je sens toute sa passion, son envie de dire quelque chose bien à lui. C’est évident, je ne suis pas le seul à le ressentir. Et d’ailleurs, est-ce qu’il n’y a pas ici un piège? Que cette manière si personnelle d’aborder ces questions existentielles ne le mène pas à être perçu comme un… gourou?

Je devais bien lui poser la question.

« Non, parce que je n'attire pas des gens comme ça. Je n'attire pas d'adeptes. Pourquoi? Parce que je ne propose pas des recettes. C'est-à-dire que mes livres ne sont pas des recettes, c'est de la réflexion. C'est-à-dire que même si je parle de mon vécu, même si je dis des choses concrètes, il y a toujours une pensée philosophique derrière. Donc, j'attire des gens qui réfléchissent. Or, le propre du gourou, c'est de faire que les gens ne réfléchissent pas pour suivre aveuglément ses préceptes. Déjà, je ne suis pas là-dedans. Deuxième chose,
 je ne cherche pas du tout à ce que les gens dépendent de moi. »

« Ah! La grande déception, lui ai-je dit, c’est que tu n’es donc ni sage ni gourou! »

« Bien non », m’a-t-il répondu! Deux déceptions.

« Autant je ne cherche pas à devenir un gourou, autant cependant je cherche la sagesse. »

La sagesse expliquée à ceux qui la cherchent, un livre inspirant qui pourrait bien vous rendre adepte de la réflexion.

Société