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Briser le cycle de la violence chez les Autochtones

Une femme portant des lunettes est assise sur un sofa et tient une petite fille sur ses genoux.
Leona Wolfe en compagnie de la petite Sunrise, six mois, un enfant dont elle a la charge. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Leona Wolfe connaît bien le cycle de la violence et des abus. Autochtone d'origine saulteaux et résidente de Regina, elle a vécu l'abandon par ses parents, la violence des pensionnats autochtones, la violence de ses conjoints, la dépendance aux drogues et à l'alcool. Un cycle qu'elle tente aujourd'hui de briser.

Un texte de Pascale Langlois

Depuis près d’une dizaine d’années, elle suit de près le parcours des enfants de sa famille, comme ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants. Lorsqu'il arrive que certains d'entre eux se retrouvent à la charge des services sociaux, elle tente de collaborer avec le ministère pour que ces enfants demeurent dans la communauté.

« J’ai pris cette petite fille avec moi, elle n’était qu’un bébé. Elle a 7 ans aujourd’hui. Je l’ai emmenée à la maison et j’ai pris soin d'elle, raconte Leona Wolfe. Aujourd’hui, cette petite est une danseuse à clochettes et elle monte sur les poneys. Et elle parle sa langue. Si je n’avais pas fait ça, elle n’en serait pas là aujourd’hui. » Son arrière-petite-fille Fhayden grandit maintenant en Alberta. C'est Leona Wolfe elle-même qui a communiqué avec les services sociaux à l'époque pour les aviser que l’enfant était dans une maison où il y avait de la consommation de drogues.

Selon des données de la province, en Saskatchewan, le nombre d’enfants autochtones confiés aux services sociaux est en constante augmentation depuis 2013. En 2017, 72 % de tous les enfants au sein des services sociaux de la province étaient Autochtones, et 148 d'entre eux étaient âgés de moins de 30 jours.

En 2010, le gouvernement avait promis de réviser le système des services sociaux à l’enfance. Les résultats concrets se font toujours attendre, selon la Fédération des nations autochtones souveraines de la Saskatchewan (FSIN).

L’adoption coutumière : une pratique répandue

Au Québec, le Code civil a été modifié en 2018 afin de reconnaître la pratique de l’adoption au sein de la famille élargie chez les Autochtones. Il s'agit d'un système géré directement par les nations autochtones, sans passer par le système d’adoption provincial. L'adoption coutumière permet d'éviter une intervention de l'État lorsque la famille et les proches souhaitent s'occuper d'un enfant qui ne peut vivre avec ses parents.

Comme la promesse de réviser le système des services sociaux à l'enfance en Saskatchewan date d'au moins neuf ans, la FSIN s'impatiente. « Qu'on nous redonne la juridiction [des services à l’enfance], que nous n’avons jamais abandonnée et qu'on nous laisse ramener nos enfants à la maison. Nous avons la solution, nous avons les réponses et nous aurons du succès là où [les services sociaux] ont échoué », a lancé le vice-chef de la Fédération, David Pratt, cette semaine, à la sortie de la période de questions au palais législatif.

David Pratt souligne également que la Saskatchewan arrive deuxième, après le Manitoba, en ce qui concerne le taux élevé d'enfants autochtones au sein des services sociaux à l’enfance. Le ministre des Services sociaux de la province, Paul Merriman, assure que le retrait des enfants à leur famille est le dernier recours. Il ajoute que d’autres programmes sont en place pour aider les parents.

« Statistiquement, les Autochtones sont surreprésentés dans les services sociaux à l’enfance », affirme la professeure à l’Université de Regina Allyson Stevenson. Selon elle, plusieurs éléments sont en cause dans cette surreprésentation, dont les effets intergénérationnels des pensionnats autochtones.

Allyson Stevenson souhaite voir des changements profonds dans le système des services sociaux pour éviter que des enfants ne soient retirés à leurs familles, ce qui crée de nouveaux traumatismes. Elle croit également que, même s’ils restent avec des proches, les enfants retirés à leurs parents vivent une déchirure.

« Il faut imaginer de nouvelles façons de prendre soin des familles autochtones qui excluent le fait de retirer les enfants à leurs familles », ajoute-t-elle. « Peut-être que les familles pourraient aller en centre de désintoxication ensemble et travailler sur leurs problèmes familiaux ensemble. »

Une position que soutient également le chef de l’opposition de la province, Ryan Meili, du Nouveau Parti démocratique. « On entend souvent qu’il y a des grands-parents qui veulent prendre des enfants, qui sont déjà des [familles d’accueil], mais ils ne sont pas acceptés à prendre leurs propres petits-enfants. On doit travailler avec les systèmes traditionnels de communauté et de famille. »

Guérir les femmes d’abord

Pour Leona Wolfe, la fin du cycle de la violence doit commencer par la guérison des femmes. « Comment allons-nous prendre soin de nos enfants si nous ne guérissons pas », s'interroge l’arrière-grand-mère.

Elle a aujourd’hui la charge de la petite Sunrise qui a 6 mois. Elle raconte que personne ne se présentait pour réclamer sa garde. « Je me suis dit : ce bébé est comme moi lorsque j’étais bébé. Personne n’est venu pour me réclamer. Je ne pouvais pas la laisser partir », explique Leona Wolfe.

« Je dois affronter mes problèmes pour qu’elle [Sunrise] puisse briser le cycle », conclut-elle.

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