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Déterminer la cause d’un cancer par sa signature génétique

Tous les cancers sont causés par un changement permanent ou une lésion qui est survenu dans un ou plusieurs gènes.

Tous les cancers sont causés par un changement survenu dans un ou plusieurs gènes.

Photo : iStock

Renaud Manuguerra-Gagné

Des chercheurs britanniques ont dressé une première liste de mutations dont l'objectif est de retracer les éléments déclencheurs de cancers spécifiques. Cette étude pourra permettre de mieux comprendre l'origine des cancers et représente un premier pas pour en déduire la cause à l'échelle individuelle.

Il existe des centaines de types de cancers différents, et chacun tire son origine d’une série de facteurs uniques à chaque patient. Bien que certaines causes soient héréditaires, plusieurs proviennent d’expositions à différents éléments cancérigènes présents dans notre environnement.

De tels facteurs sont déjà ressortis dans de nombreuses études : le rayonnement UV peut être lié à plusieurs cancers de la peau, la fumée de cigarette au cancer du poumon, certains aliments peuvent être associés au cancer de l’œsophage ou de l’intestin, etc.

Ces grandes catégories permettent d’aider à contrôler des facteurs de risques, mais, malgré tout, lorsqu’un cancer apparaît chez un patient, il est toujours difficile d’en découvrir l’origine, surtout sachant que plusieurs facteurs peuvent avoir joué un rôle.

Malgré cette complexité, des chercheurs viennent de publier une première liste (Nouvelle fenêtre) où des mutations génétiques responsables de certains cancers ont été associées à des agents environnementaux précis.

Les chercheurs espèrent que cette liste et d’autres qui vont suivre pourraient aider à retracer puis à diminuer l’exposition aux substances susceptibles d’être impliquées dans certains cas, augmentant ainsi les chances de rémission pour les patients.

Des empreintes digitales

Selon la Société canadienne du cancer, une personne sur deux aura un cancer au cours de sa vie et une sur quatre en mourra. Plusieurs cas sont causés par des agents cancérigènes environnementaux, des substances favorisant des mutations à l’intérieur de notre ADN, dont un exemplaire se trouve dans chaque cellule.

La plupart du temps, ces changements entraînent la mort des cellules touchées, mais il arrive que ces dernières survivent malgré tout. Ces modifications peuvent alors affecter leur façon de se développer ou de se multiplier, et favoriser ainsi l'apparition de tumeurs ou de cancers.

Pourtant, même dans des cas en apparence simples, comme lorsqu’un fumeur est atteint d’un cancer du poumon, il est difficile de savoir le rôle exact qu’a joué la cigarette dans son apparition, et quels autres facteurs de risques auraient pu influencer le cours de la maladie.

Or, bien que difficiles à retracer, les premiers changements à avoir affecté ces cellules laissent des traces qui peuvent être retrouvées dans l’ADN. Identifier ces modifications a déjà permis de mettre au point des traitements personnalisés ou d’aider à des tests de dépistages.

Toutefois, elles pourraient aussi être liées aux agents cancérigènes qui sont responsables de la maladie. Selon les chercheurs ayant participé à cette étude, ces mutations ont des signatures uniques, un peu comme des empreintes digitales. Pour eux, l’ADN pourrait donc être vu comme une scène de crime dont l’analyse permet de retracer les coupables.

Réduire l’exposition

Les chercheurs ont testé 79 agents cancérigènes connus, tels que certaines radiations ainsi que plusieurs agents chimiques, sur des lignées de cellules souches dérivées de la peau.

En séquençant l’ensemble du génome des différents groupes de cellules, ils ont pu identifier des mutations précises pour 41 des agents cancérigènes testés. Ils les ont ensuite comparés à ce qu’on retrouve dans des cancers provenant de patients humains.

Leur liste de référence montre que certains agents ont des effets très importants sur le génome, ce qui permet de facilement lier un cancer à une cause précise. D’autres ont toutefois des effets beaucoup plus limités, ce qui rend plus difficile l’observation d’un lien de cause à effet.

Les chercheurs reconnaissent que leur liste est une première ébauche et qu’elle devrait d’abord servir à faire progresser la recherche, surtout considérant les ramifications légales complexes qui peuvent survenir lorsqu’on tente de lier un cancer à une substance ou à une occupation.

Cette découverte pourra toutefois permettre de mieux comprendre l’origine du cancer et éventuellement de mieux protéger des patients en leur évitant des expositions répétées à différentes substances liées à leur diagnostic.

Science