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Rapport Mueller : le camp Trump rassuré, les démocrates n'en démordent pas

Gros plan de WIlliam Barr en conférence de presse.
Le secrétaire à la Justice et procureur général des États-Unis, William Barr, en conférence de presse avant la publication du rapport Mueller. Photo: Getty Images / AFP/BRENDAN SMIALOWSKI
Radio-Canada

Tandis que Donald Trump et ses alliés se réjouissent du rapport Mueller, rendu public jeudi, les démocrates en font une tout autre lecture et parlent de « preuves inquiétantes » d'entrave à la justice. Ils souhaitent aussi la comparution du procureur spécial devant le Congrès.

Premier à commenter le volumineux document, le procureur général des États-Unis, William Barr, a tenu à préciser que Donald Trump n'a pas invoqué le privilège du pouvoir exécutif pour demander à ce que des éléments du rapport du procureur spécial Robert Mueller sur l'ingérence russe dans la présidentielle américaine de 2016 soient caviardés avant sa publication.

M. Barr a donné cette information lors d'une conférence de presse organisée peu avant que le rapport Mueller en version caviardée ne soit remis sur des disques compacts aux commissions de la Justice de la Chambre des représentants et du Sénat.

Le document de 448 pages a aussi été publié sur le site du procureur spécial, de sorte que tout un chacun peut maintenant jeter un coup d'oeil aux conclusions de cette enquête qui a dominé l'actualité depuis le début du mandat du président. De premiers détails du rapport n'ont pas tardé à être diffusés.

Cliquez ici pour lire le rapport Mueller (Nouvelle fenêtre) sur le site du département américain de la Justice.

Avant cette publication, M. Barr a expliqué que les avocats de la Maison-Blanche ont pu lire le rapport caviardé au préalable, afin de vérifier si d'autres informations devaient être caviardées, en vertu du privilège du pouvoir exécutif. Cela n'a pas été le cas, même si le président « aurait été dans son droit » de le faire, a-t-il dit.

Les avocats personnels du président Trump ont aussi pu lire la version caviardée au préalable au début de la semaine, mais il ne leur a pas été permis de demander du caviardage supplémentaire.

Le procureur général des États-Unis a également pris le soin de répéter à de multiples reprises que la longue enquête de M. Mueller a prouvé qu’il n’y a eu « aucune collusion » entre M. Trump ou des membres de son entourage et divers agents russes impliqués dans cette ingérence.

Grâce à l'enquête rigoureuse du procureur spécial, nous savons que les agents russes qui ont commis ces actes n'ont pas eu la coopération du président Trump ni de membres de son équipe de campagne.

William Barr, secrétaire à la Justice et procureur général des États-Unis

Il a aussi répété ce qu'il avait indiqué dans un résumé du rapport publié précédemment, soit que les informations amassées par le procureur spécial n’ont pas permis de conclure que le président a fait entrave à la justice lors de l’enquête.

M. Barr a précisé que l’équipe de M. Mueller s’est penchée sur 10 épisodes distincts qui auraient pu constituer un tel crime, mais sans tirer de conclusion définitive. Il dit avoir révisé le tout avec son adjoint, Rod Rosenstein, avant de conclure que les preuves amassées n’étaient « pas suffisantes » pour que des accusations soient portées contre le président.

Le caviardage a été fait de manière à ne pas divulguer des sources ou des méthodes d'enquête utilisées, à ne pas nuire à la réputation d'acteurs « périphériques », à ne pas compromettre des enquêtes en cours ou des informations obtenues par un « grand jury ».

William Barr a indiqué qu'une version du rapport ne contenant que le caviardage lié à un « grand jury » serait aussi remise à un groupe limité de hauts responsables du Congrès. Les membres qui le verront devront toutefois garder le silence au sujet des informations non publiques qu'il contiendra.

L’enquête Mueller en chiffres

  • Rapport d’environ 400 pages
  • Enquête de 22 mois
  • Équipe de 19 avocats et 40 enquêteurs
  • 500 mandats de perquisition
  • 2800 demandes de documents et assignations à comparaître
  • 500 témoins interviewés
  • 13 demandes d’informations à des gouvernements étrangers
  • 215 chefs d’accusation
  • 34 personnes et 3 entreprises inculpées
  • 7 condamnations, dont 6 réponses à l'accusation

Trump exulte

Donald Trump n'a pas tardé à se féliciter des conclusions du rapport, lors d'une conférence de presse tenue peu après. « J'ai une bonne journée. Ça s'appelle : pas de collusion, pas d'entrave », a-t-il lâché, sourire en coin. « Il n'y en a jamais eu, en passant, et il n'y en aura jamais », a-t-il ajouté.

Donald Trump sourit.Le président Trump n'a pu réprimer un sourire lors d'une conférence de presse qui lui a permis de brièvement commenter le rapport Mueller. Photo : Getty Images / Mark Wilson

Il avait martelé le même message plus tôt dans un tweet contenant une image reprenant le graphisme de la populaire série Game of Thrones. « Game Over » (la partie est terminée), pouvait-on y lire, en plus des inscriptions « Pas de collusion. Pas d'entrave ».

Le président américain avait donné le ton de la journée avec des tweets matinaux véhéments dénonçant « la plus grande arnaque politique de tous les temps » et un « harcèlement présidentiel ». Selon lui, « ce sont des policiers véreux et corrompus, et les démocrates et leur parti qui ont commis les délits » dans cette affaire.

Le rapport révèle entre autres que M. Trump s'est dit « foutu » en apprenant la nomination de Robert Mueller comme procureur spécial. « Oh, mon Dieu! C'est terrible. C'est la fin de ma présidence », aurait confié l'ex-magnat de l'immobilier.

Afin de s'en sortir, M. Trump a alors ordonné le limogeage de Robert Mueller, mais les juristes de la Maison-Blanche s'y sont opposés, révèle encore le procureur spécial. « J'aurais pu virer tout le monde, même Mueller », s'est défendu le président dans la soirée. « J'avais le pouvoir de mettre fin à cette chasse aux sorcières », a-t-il ajouté, tout en assurant avoir « choisi de ne pas le faire ».

Il a aussi déclaré que l'ingérence russe n'a « pas changé » l'issue de la présidentielle de 2016.

« Tout ce que les Russes ont fait concernant l'élection de 2016 a été fait lorsque Obama était président. Il en a été informé et n'a rien fait », a tweeté M. Trump en soirée. « Plus encore, cela n'a pas changé le vote », a-t-il ajouté, plusieurs heures après la publication des conclusions de l'enquête Mueller.

De son côté, le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a dit : « Notre nation a le privilège qu'un dirigeant expérimenté comme Bill Barr soit en place, afin d'assurer la plus grande transparence possible tout en protégeant avec soin des données classifiées et des informations obtenues durant une audience devant un grand jury. À l'instar de tous mes collègues, je suis impatient d'examiner de près ce rapport ».

« Une fois de plus, j'applaudis le procureur général Barr pour son engagement en faveur de la transparence et pour sa volonté d'informer le peuple américain dans le cadre de la loi et de nos intérêts de sécurité nationale », affirme pour sa part le président républicain de la commission judiciaire du Sénat, Lindsey Graham.

Des « preuves inquiétantes » d’entrave à la justice

De son côté, le président de la commission des Affaires judiciaires de la Chambre des représentants, Jerrold Nadler, a indiqué que le rapport du procureur Robert Mueller démontrait que le président Donald Trump avait fait obstruction à l'enquête russe.

Même dans sa version incomplète, le rapport Mueller met en évidence des preuves inquiétantes montrant que le président Trump a fait entrave à la justice.

Jerrold Nadler, président de la commission des Affaires judiciaires de la Chambre des représentants

En conférence de presse, Jerrold Nadler a souligné que le rapport indique que le président a refusé d’être interviewé par le procureur spécial, qu’il a refusé de fournir des réponses écrites à des questions additionnelles et que ses associés ont détruit des preuves matérielles.

Jerrold Nadler, qui a le pouvoir de lancer des enquêtes parlementaires, a réclamé que Robert Mueller vienne témoigner devant la commission de la justice afin d’obtenir des réponses. « Parce qu’on ne peut certainement pas croire ce que le procureur général Barr nous dit », a-t-il déclaré. De plus, il réclame que les membres du Congrès aient accès au rapport complet.

Jerrold Nadler, le président de la commission des Affaires judiciaires de la Chambre des représentantsJerrold Nadler, le président de la commission des Affaires judiciaires de la Chambre des représentants Photo : The Associated Press / J. Scott Applewhite

Par ailleurs, M. Nadler a accusé le procureur général des États-Unis, William Barr, d’avoir « discrédité son département pour protéger le président Trump ». « Les paroles et les actions de M. Barr laissent croire qu’il a été déloyal et trompeur en affirmant que le président est blanchi d’actes répréhensibles », a-t-il dit.

Il a souligné le fait que, dans la lettre diffusée le 24 mars dernier, qui accompagnait le résumé du rapport Mueller lors de la sortie, le procureur général a écrit : « Alors que ce rapport ne conclut pas que le président a commis un crime, il ne l’exonère pas non plus ».

Jerrold Nadler a dit que le procureur général a ignoré ce qui est écrit deux phrases plus haut dans le rapport : « Si nous avions confiance, après une enquête minutieuse des faits, au fait que le président n’a clairement pas commis d’entrave à la justice, nous en ferions mention. […] Cependant, nous sommes incapables d’en arriver à cette conclusion ».

Il a également fait remarquer que M. Barr a choisi d’exclure une autre déclaration importante contenue dans le rapport Mueller : « Une enquête minutieuse du FBI permettrait de découvrir des faits sur la campagne électorale et sur le président lui-même, que le président aurait pu comprendre comme étant des crimes ».

Il reproche à William Barr d’avoir refusé de collaborer avec la commission des Affaires judiciaires et de ne pas lui avoir fourni des informations importantes. M. Barr doit témoigner devant cette commission le 2 mai.

Fin de la saga politico-judiciaire?

Le rapport Mueller pourrait clore définitivement la saga politico-judiciaire qui a empoisonné les deux premières années du mandat de Donald Trump. Les démocrates n'en sont pas moins à l'affût, même si la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a déjà fait connaître son peu d'appétit pour le lancement d'une procédure de destitution.

En début de journée, Mme Pelosi et le leader de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, ont demandé au procureur Mueller de témoigner devant les deux chambres du Congrès « le plus vite possible ». « Le peuple américain mérite d'entendre la vérité », ont-ils écrit.

Il est évident que le procureur général Barr se comporte comme l'avocat personnel de Donald Trump et pas comme celui de l'Amérique. Notre pays demande et mérite une transparence complète. C'est pourquoi nous devons entendre Mueller.

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants

« Les différences sont flagrantes entre ce que le procureur général Barr dit d'une obstruction et ce qu'en dit le procureur spécial Mueller. Tandis que nous continuons d'examiner ce rapport, une chose est claire : le procureur général Barr a présenté la conclusion que le président n'avait pas fait obstacle à la justice, tandis que le rapport de Mueller semble amoindrir ce constat », a affirmé Chuck Schumer.

M. Barr a affirmé en conférence de presse qu'il n'avait aucun problème à ce que M. Mueller, qui n'était pas présent à ses côtés pour la conférence de presse, témoigne au Congrès.

Au terme de son enquête tentaculaire de 22 mois, marquée par l'inculpation de 34 personnes russes et américaines, dont six proches collaborateurs du président, Robert Mueller n'a pas dit un mot. Selon la presse américaine, des membres de son équipe ont fait savoir par la suite que le résumé de M. Barr ne reflétait pas fidèlement le résultat de leurs travaux.

Dans ce concert de réactions, le procureur Mueller, un homme méthodique et austère, n'est pas sorti de sa réserve habituelle.

Avec des informations de l'AFP et de Reuters

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