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Avis d'évacuation à Rigaud et à Pointe-Fortune, Laval déclare l'état d'urgence

Le reportage de Marie-Claude Morin
Radio-Canada

Redoutant des inondations encore plus graves qu'en 2017 en raison des fortes pluies annoncées ce week-end, les villes de Rigaud et de Pointe-Fortune, à l'ouest de Montréal, demandent aux citoyens qui habitent les abords de la rivière des Outaouais d'évacuer leur maison au cours des prochaines 24 heures. Laval, de son côté, déclare l'état d'urgence, revoyant à la hausse le nombre de maisons menacées par les crues.

Par voie de communiqué, les municipalités de Rigaud et de Pointe-Fortune expliquent que les 25 à 50 millimètres de pluie attendus au cours des deux prochains jours provoqueront à coup sûr le débordement de la rivière des Outaouais, déjà gonflée à bloc par les précipitations et la fonte des neiges en amont.

Selon le maire de Rigaud, Hans Gruenwald fils, les données hydrographiques et météorologiques des dernières heures laissent prévoir des crues très rapides et plus importantes encore que celles qu’a connues la région en 2017.

« La situation évoluera rapidement, prévient-il. C’est ça qui est la grosse différence. Ça va arriver tellement vite que les gens ne pourront pas réagir, à la vitesse à laquelle l’eau va monter. »

Le maire en discussion avec quatre autres personnesHans Gruenwald fils, maire de Rigaud, a fait le point sur les inondations dans sa municipalité et celle de Pointe-Fortune. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Bien que les citoyens des secteurs inondables ne soient pas forcés d’évacuer leur demeure, la Sécurité civile et les autorités municipales recommandent fortement de le faire pendant qu'il fait jour et que les rues sont encore praticables.

Le maire Gruenwald fils souhaite éviter que, comme l'an dernier, des citoyens s'entêtent à monter des murs de sacs de sable autour de leur maison et à lutter en vain contre la montée des eaux.

« Le mot d'ordre est simple, c'est "évacuez!" », a-t-il martelé lundi, ajoutant que certains secteurs ne pourront plus être aidés par les équipes de sécurité incendie.

Nous ne pourrons plus garantir la sécurité des citoyens et citoyennes.

Hans Gruenwald fils, maire de Rigaud

Un centre d'accueil pour les sinistrés est déjà ouvert à la bibliothèque. La Croix-Rouge sera présente pour prendre en charge ceux qui n'auront pas trouvé un autre endroit où rester.

Jean-François Séguin, vêtu d'une salopette imperméable, a de l'eau presque jusqu'au genoux.Jean-François Séguin aménage son terrain du chemin de la Pointe-Séguin, à Rigaud, pour faire face aux inondations. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ceux qui décideront de rester dans leur maison en dépit des avis d'évacuation ne pourront compter que sur eux-mêmes, a prévenu le maire, qui a expliqué qu'il était hors de question de « risquer la vie des employés municipaux en pleine nuit » pour évacuer des gens qui auront ignoré les consignes des autorités.

Les citoyens qui restent ne pourront par ailleurs compter sur aucune livraison de sacs de sable sur les lieux des inondations, a-t-il précisé. Ils devront les transporter eux-mêmes à partir de points de dépôts aménagés dans la ville.

« La plupart des gens, encore, ne croient pas à la crue qui s'en vient », a déploré M. Gruenwald fils. « C'est du wishfull thinking. Ça s'en vient. Et si on a tout organisé ça, c'est qu'on est très, très, très préoccupés de la sécurité de nos citoyens. »

Une ligne téléphonique d’information en cas d’urgence a été ouverte pour les résidents du secteur. Ceux-ci sont invités à composer le (579) 217-0058 en cas de besoin. Ils peuvent également consulter le site Internet de la Ville de Rigaud (Nouvelle fenêtre) pour obtenir de l’information sur l'état de la situation.

En attendant les crues, des routes ont été fermées de façon préventive. D’autres ont été balisées par la Sécurité civile afin de faciliter la circulation et l’évacuation des citoyens au cas où l’eau recouvrirait la signalisation et le marquage au sol.

Une pancarte sur laquelle il est écrit « À vendre » et « Bord de l'eau »,  installée en face d'une maison à deux étages, elle-même entourée de sacs de sable.Ces résidents de Pointe-Séguin tentent actuellement de vendre leur maison. En attendant, ils font ce qu'ils peuvent pour la protéger. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il y a deux ans, plus de 400 résidences ont été inondées à Rigaud et à Pointe-Fortune par les crues de la rivière Outaouais, notamment dans le secteur de la baie Quesnel. Des militaires avaient dû être déployés dans la région pour venir en aide aux sinistrés.

Lorsque les inondations ont frappé la région cette année-là, plus de 440 familles avaient reçu l'ordre de quitter leur maison. Or, seulement 40 %d'entre elles avaient respecté la consigne, ce qui avait compliqué par la suite les opérations d’évacuation.

Entrevue avec Geneviève Guilbault, ministre québécoise de la Sécurité publique

Toute une région en alerte

Les fortes pluies attendues au Québec, dans l’Est ontarien et dans le nord du Nouveau-Brunswick devraient laisser jusqu’à 70 millimètres d’eau par endroits. Outre la rivière des Outaouais, elles pourraient faire déborder plusieurs cours d’eau du Grand Montréal, mais aussi dans d'autres régions comme l'Outaouais, la Mauricie, les Bois-Francs, Québec et la Beauce, où la rivière Chaudière est déjà sortie de son lit, cette semaine.

À Laval, qui est bordée par la rivière des Mille Îles et la rivière des Prairies, le maire Marc Demers a déclaré l’état d’urgence sur son territoire, jeudi après-midi, en raison des inondations imminentes.

« C'est plus une mesure préventive pour s'assurer d'avoir plus de flexibilité dans nos opérations », explique son chef des communications, Louis-Philippe Dorais.

Par voie de communiqué, la Ville précise que la déclaration d'urgence s'applique « aux secteurs de la ville situés en zone inondable à récurrence 0-100 ans ». Cette procédure sera nécessaire à l'administration pour « effectuer les dépenses nécessaires et octroyer tous les contrats qui pourraient être requis, comme l’achat de sable ou d’équipement, sans passer par les processus habituels ».

À compter de samedi, la Croix-Rouge sera présente au centre communautaire Accès, dans le secteur Laval-Ouest, qui servira de lieu de services et d’information. Une section du site Internet de la Ville de Laval (Nouvelle fenêtre) est consacrée aux inondations.

En attendant les crues, les employés municipaux distribuent des sacs de sable. Car déjà, la rivière des Mille Îles a commencé à déborder dans les secteurs de Laval-Ouest et de Fabreville, lourdement touchés par les inondations de 2017.

Des terrains et des rues ont été submergés, notamment près de la berge aux Quatre-Vents. Aucun sous-sol n'a été inondé pour l'instant, mais l'eau est montée jusqu'au pied de plusieurs résidences.

La situation n'avait pas évolué jeudi, selon M. Dorais. Mais la Ville a revu à la hausse le nombre de maisons menacées, estimé mercredi à quelque 800 résidences. Elle évoque maintenant le chiffre de 1504 maisons situées dans la zone à risque.

Les zones les plus à risque sont le lac des Deux Montagnes, la couronne nord de Montréal, la rivière des Mille Îles et la rivière des Prairies, qui pourraient réagir assez fortement.

Gilles Desgagnés, directeur régional de la Sécurité civile et incendie pour Montréal, Laval,Laurentides et Lanaudière

Le niveau du lac des Deux Montagnes fait également craindre le pire dans la municipalité du même nom, où une trentaine de maisons ont dû être démolies à la suite des inondations de 2017. La Ville de Deux-Montagnes a obtenu il y a quelques semaines l'autorisation d'aménager une digue permanente sur son territoire. Mais comme les travaux ne seront pas terminés avant la fin de l'année, elle a entamé la construction d'une digue temporaire.

« On a 1700 blocs de béton qu'on va déployer sur le bord de l'eau, et ça va justement empêcher l'eau de pénétrer à l'intérieur des terres », a expliqué le maire Denis Martin à Radio-Canada.

Ailleurs dans les Laurentides et Lanaudière, ce sont plutôt « des rivières plus petites qui réagissent plus rapidement aux apports verticaux et aux pluies abondantes » qui sont à craindre, selon Gilles Desgagnés, directeur régional de la Sécurité civile. Ce dernier recommande d’être à l’affût des informations diffusées par les municipalités, qui sont les mieux placées, selon lui, pour suivre et évaluer la situation d'heure en heure.

À Terrebonne, par exemple, les autorités municipales ont placé la ville « en mode alerte » en prévision des précipitations abondantes de la fin de semaine, qui pourraient venir gonfler encore plus la rivière des Mille Îles. La Sécurité civile de la Ville a augmenté la fréquence des relevés hydriques et exerce une surveillance accrue du niveau de l'eau. Les citoyens situés en zone à risque peuvent aussi se faire livrer des sacs de sable.

Un point de presse au salon Maisonneuve de l'hôtel de ville.La mairesse de Montréal, Valérie Plante, le président du comité exécutif, Benoit Dorais, et le chef des pompiers de Montréal, Bruno Lachance (au lutrin), ont fait le point sur la situation jeudi. Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

À Montréal, les autorités municipales surveillent de près les secteurs résidentiels de l'ouest de l'île et de l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville, qui ont été sévèrement inondés eux aussi il y a deux ans. Elles sont d'ailleurs passées en mode « urgence », jeudi après-midi, avec plus d’effectifs sur le terrain.

« Le pire est à venir », a averti le chef du Service de sécurité incendie de Montréal, Bruno Lachance. Mais selon lui, « les services de la Ville sont prêts; les arrondissements également ».

« On a installé déjà la majorité des digues dans les arrondissements qui sont les plus sensibles », a-t-il indiqué, ajoutant que des ballons d’étanchéité avaient aussi été installés dans certaines conduites d’égouts pluviaux pour limiter le refoulement.

Dans Pierrefonds-Roxboro, par exemple, le maire Jim Beis a fait savoir sur Facebook que « l’arrondissement a, entre autres, aménagé des digues de sacs de sable dans les zones vulnérables, installé différents types de barrages d’inondations dans les zones identifiées par le Plan particulier d’intervention, mis en place des ballons d’étanchéité dans certaines conduites d’égouts pluviaux, et branché des pompes ». Ainsi, plusieurs résidences ont été sécurisées, dont celles du boulevard Lalande, de la 5e Avenue Nord, de la Rive-Boisée et du secteur Bouchard.

L’agglomération de Montréal a déclenché son plan d’intervention d’urgence dans les arrondissements et villes liées suivant : Ahuntsic-Cartierville; Pierrefonds-Roxboro; L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève; Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles; Sainte-Anne-de-Bellevue; Senneville; Pointe-Claire; Montréal-Nord.

Enfin, en Montérégie, les autorités municipales de Saint-Jean-sur-Richelieu ont émis une veille de crue pour la rivière Richelieu.

Québec prêt à intervenir en cas de besoin

La situation est suivie de près à Québec. La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, assure que les autorités et les services concernés demeureront en alerte tout au long du congé de Pâques. « Notre gouvernement est prêt à intervenir où que ce soit, dans toute éventualité qui pourrait se présenter », a-t-elle déclaré jeudi.

La ministre a par ailleurs fait appel au bon sens des citoyens, qu'elle a exhortés à ne pas risquer leur vie ou celle de leurs proches pour tenter de sauver leurs biens si des ordres d'évacuations sont donnés ou si la situation se détériore rapidement.

Ne prenez aucun risque inutile.

Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique du Québec

« Je m’adresse aux gens qui sont dans des résidences en zones inondables. Si on vous demande de quitter votre résidence, si on vous demande de prendre des mesures préventives, je vous demande de collaborer avec les autorités », a prévenu la ministre.

L'Organisation de la sécurité civile du Québec (OSCQ) rappelle de son côté qu'« en bordure d'un cours d'eau en crue, la vigilance est de mise ». « Il ne faut pas tenter de récupérer des objets emportés par le courant », indique-t-elle, dirigeant les riverains à son site web (Nouvelle fenêtre) pour savoir quoi faire avant, pendant et après une inondation.

Le Barreau du Québec a également créé une trousse spécialement destinée aux sinistrés (Nouvelle fenêtre). Le document regroupe une série d’informations et de conseils pratiques sur les recours disponibles, les droits des sinistrés ainsi que les aspects juridiques à considérer lorsqu’une demeure est inondée ou que des biens sont endommagés lors de l’événement.

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