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Concentration multisports : une hausse de frais de 233 % qui fait réagir

Une école secondaire avec le logo de l'équipe sportives «Les Rafales» sur un mur extérieur.

Les frais pour les concentrations multisports ont augmenté pour les élèves de l'école secondaire La Source de Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent Bouchard

Émilie Parent Bouchard

Des parents sont étonnés de voir s'accroître considérablement les frais pour la participation à certaines concentrations dans les écoles secondaires de Rouyn-Noranda. À l'école La Source, par exemple, les frais de la concentration multisports bondissent de 150 à 500 $ par année, soit une augmentation de 233 %. La Commission scolaire de Rouyn-Noranda (CSRN) justifie cette hausse par l'uniformisation entre les deux écoles secondaires des frais encourus pour la participation à ces activités non obligatoires.

Que les coûts augmentent, d'accord. Mais que ce soit cohérent avec le coût de la vie, lance d'emblée Frédérique Cloutier-Pichette, dont les deux enfants fréquenteront l'école secondaire La Source à partir de septembre. Je n'aurai jamais [233 %] d'augmentation de salaire. Que les frais scolaires d'éducation au Québec augmentent de cette façon, je trouve ça quand même assez aberrant.

Sa fille, qui entrera en quatrième secondaire en septembre prochain, est inscrite à la concentration multisports depuis l'arrivée de la famille à Rouyn-Noranda, à la moitié de l'année scolaire 2017-2018. Au lieu des deux périodes d'éducation physique par cycle de neuf jours prévues dans le cursus régulier, elle pratique ainsi divers sports à raison de six périodes par semaine scolaire. Pour sa mère, cette dose régulière de sports représente tant un moyen d'intégration qu'une source de motivation et de persévérance scolaire.

Une hausse contradictoire avec le discours sur la persévérance scolaire?

Quand elle a de l'éducation physique tout l'après-midi, quand ils peuvent sortir, aller marcher au Kiwanis, faire de la bicyclette, de la raquette, c'est vraiment un plus pour sa journée, pour son éducation, explique Mme Cloutier-Pichette, qui considère la hausse comme « injustifiée » puisque la grande majorité de ces activités sont pratiquées dans les locaux de la CSRN ou ne requièrent pas de déplacement ou de location d'équipement.

C'est prouvé que toutes les concentrations de sports, d'arts sont incroyables pour garder la motivation des jeunes à l'école. Donc, c'est clair qu'en faisant passer les frais de 150 à 500 $, il y a beaucoup de parents, et moi-même j'y songe, qui n'inscriront pas leur enfant en multisports, poursuit celle qui évalue que la facture pour ses deux enfants, qui seront inscrits au secondaire l'an prochain avoisinerait ainsi les 1600 $.

On m'a dit que c'était une question de quotas. Que dans la concentration multisports, il y avait vraiment un enseignant pour 15 élèves, donc que l'enseignant au lieu de donner une charge à 30 élèves, il avait une charge à 15, donc ils devaient payer moitié plus, explique la mère, qui a signifié son mécontentement par écrit à la CSRN et aux commissaires, à la direction de l'école La Source ainsi qu'au comité de parents.

Un immeuble indique « Réception - centre administratif ».

Les bureaux administratifs de la Commission scolaire de Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent Bouchard

Par contre, il y a différents moyens pour pallier à ce problème, poursuit Mme Cloutier-Pichette. On peut regrouper deux groupes ensemble. C'est vrai qu'en multisports il y a des activités, une fois par année ils vont à Kanasuta faire du ski alpin. Ça, c'est très facile d'argumenter et de demander aux parents de [payer] un surplus pour cette journée-là. Je crois que les parents seraient assez compréhensifs pour dire : ''oui, le ski alpin, ça coûte cher, il y a du transport, de la location d'équipements''.

Uniformisation des coûts entre les écoles La Source et d'Iberville

Dans sa réponse acheminée à Mme Cloutier-Pichette, la CSRN écrit d'emblée que tout le personnel travaille quotidiennement pour la réussite et la persévérance des élèves. Elle mentionne cependant que certains frais sont associés [aux concentrations], mais ne sont pas reconnus par le ministère [de l'Éducation] qui [les] autorise à les charger aux parents.

Le directeur adjoint de l'école d'Iberville ajoute que depuis la réorganisation du secondaire, c'est-à-dire depuis que les deux écoles de Rouyn-Noranda offrent les cinq niveaux d'enseignement secondaire, une analyse des coûts est en cours à la CSRN. Jean-François Parent, qui parle au nom des deux établissements, indique que cette analyse s'est penchée cette année sur les concentrations.

La hausse des tarifs, c'est vraiment dans le but d'uniformiser [les coûts] au niveau des deux écoles.

Jean-François Parent, directeur adjoint de l'école D'Iberville

Et comme ce n'est pas un service obligatoire, l'objectif est de ne pas [empiéter] sur les services offerts dans le parcours régulier pour les ramener vers les concentrations, précise-t-il en entrevue, reconnaissant que les coûts réels rattachés à la concentration multisports à La Source ont pu être mal évalués, mais que la CSRN « n'a plus le privilège de se permettre ça » et que la hausse proposée ne couvre pas l'ensemble des coûts réels.

Quant au recours à une aide financière pour les parents qui sont dans l'incapacité d'absorber la hausse, il admet qu'on gère présentement au cas par cas. L'objectif premier de nos concentrations, c'est d'augmenter la motivation et la persévérance scolaire. Donc, une famille qui ne serait pas en mesure [de payer], mais qui est ciblée parce que ça pourrait être bénéfique pour [l'élève], oui, il y a de l'aide qu'on peut aller chercher. Maintenant, il n'y a pas de protocole clair, mais c'est certain qu'il y a de l'ouverture à ce niveau-là, assure-t-il.

Réflexion en cours à l'échelle provinciale

M. Parent mentionne que, de passage à Québec la semaine dernière, il a pu assister à une brève allocution du ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, au sujet du droit à la gratuité scolaire et à l'encadrement de certaines contributions financières. Le ministre s'est contenté de reprendre les éléments du projet de loi 12 déposé en février dernier, sans en préciser davantage la portée.

On le voit, il n'y a aucune commission scolaire, aucune école qui n'ont les mêmes coûts chargés pour ce type de concentration, reconnaît M. Parent. Donc, probablement que le ministre est en mode écoute pour voir où on va situer le plafond, si on peut le dire comme ça, des frais chargés aux parents en lien avec les concentrations [...] pour que ça ne devienne pas une façon de choisir entre une école et une autre, poursuit-il, ajoutant suivre avec attention les orientations que prendra la mise en oeuvre du projet de loi 12.

Un homme pose pour la caméra dans une salle de classe.

Jean-François Parent, directeur adjoint de l'école d'Iberville

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent Bouchard

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), par l'entremise de son président, Alain Fortier, tenait un discours similaire lors du dépôt du projet de loi, en février dernier. Ni la FCSQ, ni le ministre de l'Éducation n'ont cependant pu donner suite à nos demandes d'entrevue.

La consultation menée par le ministère de l'Éducation auprès de 30 000 personnes en janvier dernier a cependant fait ressortir un consensus en faveur de l'accès gratuit à l'éducation, mais une reconnaissance, en parallèle, que certains frais puissent être exigés pour des biens ou des activités autres que ceux généralement offerts dans une école. Dans le cas des projets pédagogiques particuliers, comme les concentrations, 67,3 % des répondants étaient favorables à certains frais, pour autant qu'ils correspondent à la réalité.

Abitibi–Témiscamingue

Éducation