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analyse

L'interminable procès des évadés d'Orsainville

Les « évadés d'Orsainville » Yves Denis et Denis Lefebvre.

Les « évadés d'Orsainville » Yves Denis et Denis Lefebvre

Photo : Radio-Canada

Isabelle Richer

Le procès d'Yves Denis et de Denis Lefebvre s'est ouvert en février 2018 au Centre judiciaire Gouin, où les deux hommes sont jugés pour meurtres et complots. Depuis le 6 avril, le jury délibère sur leur sort sans avoir posé une seule question ni demandé à réécouter le moindre témoignage.

En janvier 2018, on prévoyait que le procès durerait quatre mois et que tout serait fini en avril. Mais ça ne s'est pas passé ainsi.

Après une série de requêtes, les témoins ont commencé à défiler devant le jury en mai 2018. La poursuite a fait entendre 45 témoins, alors que la défense en a appelé 5. Les accusés n'ont pas témoigné pour leur défense.

Les deux trafiquants de drogue sont accusés d'avoir éliminé, en 2009 et en 2010, trois individus qui leur faisaient concurrence ou qui étaient trop bavards.

Les évadés d'Orsainville

Yves Denis et Denis Lefebvre avaient fait parler d'eux en 2014, alors qu'en plein milieu de leur procès pour trafic de drogue et gangstérisme, ils s'étaient évadés en hélicoptère de la prison d'Orsainville, où ils étaient détenus.

Malgré leur absence, le procès s'était poursuivi, et lorsque la police a rattrapé les deux fugitifs, deux semaines plus tard, ils ont été ramenés en cour.

Déclarés coupables au terme de ce procès, les deux trafiquants avaient été condamnés à des peines significatives de 16 et 20 ans de pénitencier qui ont été légèrement abaissées par la Cour d'appel.

12 jours de délibérations, et ça continue

Après les plaidoiries, de part et d'autre, au printemps, et les directives de la juge Éliane Perreault, les membres du jury ont entamé les délibérations le samedi 6 avril en fin de journée.

Depuis ce moment, ils n'ont pas posé de questions à la juge.

La cause est complexe et elle a duré presque un an, mais, surtout, tous les acteurs dans ce procès ont trempé dans le crime.

La preuve repose notamment sur un délateur qui a confié avoir commis les meurtres sur les ordres des deux accusés. Puis un autre témoin, au passé criminel, a dit devant le jury avoir recueilli les confidences d'un des accusés.

Bref, la plupart des témoins ont une crédibilité douteuse, et les jurés doivent se livrer à un rigoureux exercice d'analyse et trouver tous les éléments de corroboration présents dans la preuve.

Les seules fois où les jurés se sont manifestés, c'était lorsqu'ils ont posé une question quant à l'organisation de leur travail. Ils ont demandé par exemple la permission de prendre une pause dans leurs délibérations, pour l'après-midi du mercredi 17 avril. Ce qui leur a été accordé.

Dans la lignée des plus longues délibérations

Douze jours de délibérations, ce n'est pas encore un record. Le procès du proxénète Evgueni Mataev, en 2013, avait donné lieu au plus long délibéré documenté du pays. Les jurés avaient mis 18 jours pour s'entendre sur un verdict de culpabilité concernant un chef de proxénétisme.

Lors du second procès de Maurice « Mom » Boucher, les jurés avaient rendu un verdict au jour 10 de leurs discussions, et seulement après avoir prévenu le juge Pierre Béliveau qu'ils étaient dans l'impasse au bout de huit jours de discussions. Le juge les avait réunis pour leur donner quelques conseils, ce qui leur avait permis de sortir de l'impasse et d'en arriver à un verdict unanime deux jours plus tard.

Au procès d'Yves Denis et de Denis Lefebvre, un des jurés a demandé et obtenu la permission de fumer du cannabis, une fois par jour, après la journée de travail, à la condition qu'il puisse démontrer que son approvisionnement est légitime.

Ce n'est d'ailleurs pas une première, puisque lors des délibérations au procès d'Adèle Sorella, en février 2019, deux jurés ont obtenu la même permission.

Le jury entamera demain sa 13e journée de délibérations au Centre judiciaire Gouin.

Justice et faits divers