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Le consentement automatique au don d'organes est-il la solution?

Meriem Touati et son fils Sammy

Photo : Radio-Canada

Mélissa François

La décision de la Nouvelle-Écosse d'aller de l'avant avec le consentement automatique lorsqu'il est question de dons d'organes a poussé plusieurs provinces à se poser à leur tour la question. Serait-ce la meilleure solution pour augmenter le nombre de donneurs? Des survivants et leurs proches pensent que oui, alors que pour des spécialistes, la solution n'est pas si simple.

Il y a quatre ans, Sammy, un jeune Montréalais, était atteint du syndrome de Kawasaki, une maladie infantile qui entraîne des complications cardiaques. Cela fait maintenant trois ans qu’il vit avec un nouveau cœur, et il est en pleine forme.

À 11 ans, Sammy fait partie de la courte liste de patients qui ont pu profiter d'un don d’organes.

Sa mère, Meriem Touati, croit qu’il faudrait envisager le don automatique ici aussi, comme en Nouvelle-Écosse.

C'est vrai que c'est difficile pour la famille. Mais en parallèle, on se dit que si on va mourir et qu'on peut aider une autre famille, c'est quelque chose.

Meriem Touati

Linda Paradis, 60 ans, elle, a vu sa vie basculer il y a deux ans quand l’état de ses poumons s’est détérioré.

Femme d’affaires active, cette Québécoise s’est retrouvée du jour au lendemain à quelques semaines de la mort.

Elle a finalement subi une double greffe des poumons.

C'est sûr que le consentement automatique ne peut pas nuire. En plus, il n'y a pas un médecin qui va retirer les organes sans le consentement de la famille.

Linda Paradis
Le directeur général de Transplant Québec, Louis Beaulieu

Le directeur général de Transplant Québec, Louis Beaulieu

Photo : Radio-Canada

Le bassin de donneurs potentiels est limité

Depuis que la Nouvelle-Écosse a adopté son projet de loi qui suppose que tous les citoyens sont donneurs d’organes, une réflexion s'est amorcée à travers le pays.

Le premier ministre néo-écossais Stephen McNeil espère que son initiative fera boule de neige, mais pour l'instant, rien n'est sûr.

Le Nouveau-Brunswick examine l'idée de près, les gouvernements du Québec et de la Colombie-Britannique disent qu'ils seront attentifs aux développements en Nouvelle-Écosse, et l'Ontario se dit plutôt satisfaite de son système.

Le consentement automatique est-il vraiment la solution pour accroître le nombre de donneurs?

Le directeur général de Transplant Québec, Louis Beaulieu, pense qu’une réflexion sur le consentement doit avoir lieu, mais que ce n’est pas le plus important. D’abord, il faut comprendre que, consentement automatique ou non, le nombre de donneurs d’organes potentiel est très limité.

La mort est nécessaire, mais on doit mourir à l'hôpital. Pourquoi? Parce qu'on doit être capable de maintenir la fonction des organes dans le corps. Si j'ai un accident d'auto, je meurs sur la route, je ne pourrai pas être un donneur d'organes. Le bassin total [de donneurs ] est donc très petit.

Le directeur général de Transplant Québec, Louis Beaulieu

Certains pays européens, comme la France et l'Espagne, ont adopté le consentement automatique il y a plusieurs années. Les données ne démontrent pas pour l’instant de corrélation claire entre consentement automatique et augmentation du nombre de donneurs.

« C'est une solution simple à un problème complexe », explique Marie-Chantal Fortin, néphrologue et bioéthicienne au CHUM.

« On a vu dans des pays où il y avait du consentement automatique comme l'Espagne un excellent taux de dons d'organe et les États-Unis, où il n'y a pas de consentement automatique, avec d'excellents taux de dons d'organes aussi », souligne-t-elle.

Les experts s’entendent plutôt pour dire qu’il faut une meilleure formation des équipes médicales et, surtout, parler du don d’organes autour de soi.

« L'idée, c'est de parler de ce qu'on veut et défaire les mythes », explique Louis Beaulieu.

« C'est pas parce que j'ai 92 ans que je ne peux pas donner un organe », fait-il notamment valoir. « Le plus vieux donneur d'organe au Québec avait 92 ans, il a donné son foie et le receveur se porte bien. Le plus petit, c’est plus tragique, il avait 48 heures. Il a pu donner son cœur… »

Au Québec, 805 personnes espèrent elles aussi avoir une seconde chance et attendent une transplantation.

Le consentement automatique en Nouvelle-Écosse

Tous les adultes de la Nouvelle-Écosse seront considérés comme des donneurs d'organes potentiels, à moins qu'ils mentionnent leur refus.

Tous les donneurs d’organes potentiels seront automatiquement recommandés au programme de dons afin de déterminer s’ils sont de bons candidats.

Les familles continueront d'être consultées sur les souhaits de leurs proches décédés.

Un parent ou un tuteur devra autoriser le don d’organe pour un jeune de donneur de moins de 19 ans.

La loi a été adoptée par l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse le 12 avril dernier.

Elle devrait entrer en vigueur d’ici 12 à 18 mois, le temps d’informer la population et de former le personnel médical.

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