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analyse

Jason Kenney, l'unificateur des colères albertaines

Le chef du Parti conservateur uni Jason Kenney à la tribune le soir de sa victoire aux élections du 16 avril 2019.
Jason Kenney a promis de mener une longue liste de batailles au nom des Albertains. Photo: La Presse canadienne / Jeff McIntosh
Laurent Pirot

Il s'est proclamé porte-parole de « la majorité silencieuse ». Le chef du Parti conservateur uni, Jason Kenney, a convaincu 55 % des électeurs albertains de voter pour lui, après avoir su capter, et parfois attiser, les nombreuses colères qui couvent en Alberta.

« La frustration est profonde dans la province », a lancé Jason Kenney au soir de sa victoire.

Au coeur du mécontentement, la faiblesse persistante d'une économie albertaine incapable de s'adapter à la baisse des cours du pétrole.

Les travailleurs privés d'emplois payants sur les puits de pétrole, les comptables et les avocats qui ont déserté les tours du centre-ville de Calgary tiennent souvent le gouvernement de Rachel Notley pour responsable de leurs déboires.

Rachel Notley lève le bras pour saluer la foule. Des membres de sa famille et de son équipe sont derrière elle.Rachel Notley salue ses partisans lors de son discours après la victoire du Parti conservateur uni de Jason Kenney. Photo : Radio-Canada / Emma Hautecoeur

« Les Albertains nous ont confié une tâche très importante, dans un moment très difficile », a rappelé la chef néo-démocrate au moment de reconnaître sa défaite.

Beaucoup d'Albertains ne comprennent pas qu'il soit si difficile de construire un pipeline qui permettrait de maximiser la manne du pétrole.

Ils se sentent abandonnés par le reste du pays quand les politiciens albertains, tous partis confondus, leur disent que la péréquation ne profite pas à l'Alberta, oubliant que la province reste bien plus riche que la moyenne canadienne.

Jason Kenney a apporté une réponse simple et ferme : l'Alberta est traitée injustement, et il va corriger la situation.

Nous avons élu un gouvernement qui défendra les intérêts de l'Alberta et obtiendra une entente juste pour l'Alberta dans ce grand pays.

Jason Kenney, dans son discours de victoire

D'autres frustrations, plus diffuses, se sont accumulées dans la province. Jason Kenney a su les récolter comme autant de fruits mûrs.

Des manifestants brandissant des pancartes et un homme avec un porte-voix en premier planAu même moment, des centaines de manifestants se sont réunis à Calgary pour protester contre le projet de loi C-69 lequel vise à renforcer la protection de l'environnement. Photo : The Canadian Press / Jeff McIntosh

Il a capté la colère de ceux qui n'avaient pas envie de payer de taxe sur le carbone et leur a promis de se battre contre la taxe, au niveau provincial et contre le gouvernement Trudeau.

Dans les zones rurales, l'électorat, traditionnellement conservateur, n'a pas aimé de se faire imposer des normes de travail plus exigeantes pour les employés des fermes. Il s'est aussi senti abandonné devant la hausse de la petite criminalité. Jason Kenney s'est fait l'écho de ces préoccupations. Mardi, il a aussi remporté presque tous les sièges ruraux.

Le premier ministre désigné a repris les inquiétudes des entreprises face à la hausse rapide du salaire minimum et face aux nouveaux droits accordés aux salariés.

Jason Kenney a ainsi tendu la main à ceux qui se sentaient bousculés par le progressisme déterminé du gouvernement Notley sur les questions sociales, comme la protection des minorités sexuelles dans les écoles ou l'avortement.

Sur ces questions controversées, Jason Kenney a maintenu un équilibre délicat. Il a assuré qu'il avait lui-même changé et qu'il ne voulait pas rouvrir ces débats à l'Assemblée. Mais, dans le même temps, il a accueilli des candidats opposés à l'avortement et n'a pas sanctionné systématiquement les dérapages de son aile religieuse.

Mobilisation contre les ennemis

Il a dirigé cette colère contre la longue liste de ceux qui travaillent « contre les intérêts » de la province et de son industrie énergétique. Les « ennemis » qu'il faisait huer dans ses discours de campagne.

La première cible, c'est le premier ministre Justin Trudeau, que Jason Kenney a déjà qualifié de « millionnaire sans substance ».

Pas de pipeline, pas de péréquation!

Jason Kenney, durant un discours le 10 avril

Pour obtenir l'agrandissement du pipeline Trans Mountain, le gouvernement Kenney menace d'organiser un référendum sur la péréquation. Il prévoit aussi de saisir la justice contre la taxe carbone du fédéral.

La Colombie-Britannique ne sera pas épargnée. Le premier geste du gouvernement sera de se donner les moyens de couper les livraisons de carburant à sa voisine. Jason Kenney dit qu'il n'hésitera pas à mettre sa menace à exécution.

Il prévoit de s'en prendre aux groupes environnementaux comme la fondation Suzuki, aux banques qui ont abandonné les sables bitumineux et, plus généralement, à tous les opposants du secteur de l'énergie.

Pour soutenir son combat, il a demandé la mobilisation du secteur de l'énergie et investira dans une équipe spécialisée chargée de « répondre en temps réel » aux discours négatifs visant l'industrie pétrolière.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, et le chef du Parti conservateur uni de l'Alberta, Jason Kenney (à gauche) se félicitent autour de deux drapeaux lors d'un rassemblement contre la taxe carbone à Calgary.Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, et le chef du Parti conservateur uni de l'Alberta, Jason Kenney (à gauche) lors d'un rassemblement contre la taxe carbone à Calgary. Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Jason Kenney pourra compter sur sa proximité idéologique avec les premiers ministres Scott Moe, en Saskatchewan, Brian Pallister, au Manitoba, Doug Ford, en Ontario, et Blaine Higgs, au Nouveau-Brunswick. Il a aussi envoyé un message appuyé au Québécois François Legault.

Il aura les yeux rivés sur la campagne du chef conservateur fédéral, Andrew Scheer. La prochaine étape, a-t-il répété à ses militants, c'est de « faire partir Trudeau en octobre ».

Une alternance à Ottawa réduirait certainement la liste des batailles à mener pour le gouvernement Kenney.

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