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Menacée sur les réseaux sociaux, Valérie Plante prône la « tolérance zéro »

Les explications de Frédéric Arnould
Romain Schué

« Préoccupée » par les nombreuses menaces violentes reçues ces dernières semaines en raison de ses prises de position contre le projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault, Valérie Plante ne compte pas en rester là. Ces messages ont été transmis au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), a confié la mairesse de Montréal à Radio-Canada.

« Je prends ça très au sérieux. Les gens qui pensent que derrière leur ordinateur, ils n’ont pas à se méfier, ils peuvent dire ce qu’ils veulent, c’est faux. Pour moi, c’est tolérance zéro », a-t-elle affirmé.

Ces dernières semaines, la mairesse de Montréal, qui a vivement dénoncé le projet de loi visant à interdire les signes religieux dans une partie de la fonction publique, n’a pas été épargnée sur les réseaux sociaux.

Fin mars, elle avait d’ailleurs révélé recevoir de nombreux commentaires haineux, des insultes en tout genre et des messages dégradants. Mais depuis plusieurs jours, une nouvelle étape a été franchie.

Plusieurs menaces, à caractère sexiste ou encore visant son intégrité physique, lui ont été envoyées, par courriel ou par messageries privées sur ses comptes Twitter et Facebook. On lui suggère notamment de surveiller ses arrières et de faire attention dans la rue.

Même si on se dit que c’est des gens isolés dans leur salon, les mots restent. On essaie de trouver les bonnes manières pour assurer ma sécurité. Mais évidemment, c’est préoccupant.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

D’autres messages, « plus extrêmes », selon son cabinet, ont été transmis directement au SPVM.

« Tout est considéré, a assuré Valérie Plante, qui n'exclut pas de porter plainte. On travaille de très près avec le SPVM qui est très proactif, qui nous aide beaucoup. »

Le SPVM « attentif  »

Sans vouloir commenter spécifiquement cette affaire pour des raisons de « confidentialité », le SPVM a confirmé qu'une enquête peut démarrer, même si une plainte n'est pas déposée.

« Que ce soit un citoyen ou une personnalité publique, s’il y a des menaces réelles et qu’il y a des raisons de procéder à une arrestation, on va y porter une attention particulière. On est attentif, on en fait une priorité », a indiqué le commandant Jonathan Martel, le porte-parole du SPVM.

Toutes les menaces, peu importe d’où elles proviennent, même des réseaux sociaux, ce sont des actes criminels.

Jonathan Martel, porte-parole du SPVM

La vigilance autour de la mairesse a d'ailleurs été récemment renforcée, selon son cabinet. Actuellement, Mme Plante dispose constamment d'un chauffeur responsable de sa sécurité. Des policiers sont également présents lorsqu'elle apparaît dans des événements publics.

Mercredi soir, à la sortie de l'étude des crédits budgétaires, à Québec, le premier ministre François Legault a réagi en qualifiant la situation « d’inacceptable ».

Une fausse nouvelle à l’origine d’un déferlement de haine

À l’origine notamment de cette nouvelle déferlante de « haine », selon Valérie Plante, une fausse information partagée des milliers de fois sur Facebook, annonçant sa présence à une manifestation aux côtés du controversé Adil Charkaoui. Or, la mairesse était à ce moment précis en mission en Amérique du Sud.

Nous voyons la mairesse Plante, ainsi qu'une lettre ouverte l'accusant d'avoir participé à une manifestation avec Adil Charkaoui.La publication a été partagée plus de 1800 fois en moins de 24 heures. Photo : Capture d'écran - Facebook

« C’est allé à un autre niveau », confie-t-elle, en déplorant que la personne à l’origine de cette publication « a continué », tout en connaissant la vérité.

« Cette personne qui crée une fake news, déjà, c’est un grand problème. Mais elle ne réalise pas que ça suscite de la haine et jusqu’à où ça peut mener », reprend l’élue, qui dit avoir parlé de cette situation avec ses deux enfants, pour « les aider à faire la distinction entre la mairesse, le personnage public, et la maman ».

Souvent ce sont des amis qui écrivent à mon mari pour dire qu’il y a un fil de conversation qui est vraiment problématique. Je trouve ça déplorable et absolument dommageable que des gens ne prennent pas leur responsabilité au sérieux.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

« Pour les femmes, c’est beaucoup plus violent », dit Plante

Affirmant n’avoir jamais vu de messages d’une telle intensité, Valérie Plante met également en avant « une question de genre qui rentre dans l’équation ».

« Pour les femmes, c’est différent. C’est beaucoup plus violent, c’est misogyne, c’est absolument ignoble », juge-t-elle.

Sur un sujet « aussi sensible » et « polarisant » que l'est celui sur « la laïcité », « on est pour ou contre moi, grosso modo », souligne-t-elle, avant de préciser qu'« il y a quand même une grande majorité de gens qui ne se prononcent pas ».

« On sent bien que du fait que je sois une femme, il y a une coche de plus. C’est comme si ça enlève une couche d’inhibition. C’est d’autant plus troublant », ajoute-t-elle, tout en rappelant avoir déjà été menacée de mort depuis sa prise de fonction.

« Depuis que je suis mairesse, il y a déjà deux, trois personnes qui ont été arrêtées parce que le SPVM considérait que c'était des menaces », affirme-t-elle.

Le chef de l’opposition touché lui aussi

Valerie Plante et Lionel Perez entrent dans une salle.Valerie Plante et Lionel Perez ont réalisé un texte commun pour demander un statut particulier à Montréal. Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Le chef de l’opposition, Lionel Perez, qui s’est lui aussi prononcé vivement contre ce projet de loi en proposant notamment une déclaration avec Valérie Plante, reconnaît être lui aussi l’objet de nombreux commentaires haineux « qui n’ont pas leur place ».

Il est hors de question d’avoir peur, assure-t-il, en disant faire « confiance aux forces de l’ordre ».

Moi, je vais toujours parler de conviction, je vais toujours parler sur mes pensées, sur les enjeux de fond. En tant qu’élu, je pense que j’ai ce devoir de le faire.

Lionel Perez, chef d’Ensemble Montréal

« Il ne faut pas banaliser » ces propos et il faut « les prendre au sérieux », précise le conseiller de l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, tout en soutenant que « la vaste majorité des Montréalais et des Québécois s’en tiennent à un débat serein et modéré ».

Valérie Plante assure quant à elle être toujours disposée « au débat » et aux critiques.

« Se faire critiquer, c’est une chose. Se faire traiter d’"ostie de vache", ça, ce n’est pas une critique, c’est une insulte et une attaque personnelle, ajoute-t-elle. J’encourage le débat. Mais pas quand c’est dégradant, insultant ou lorsqu’il y a des menaces et qu’on incite à la haine, à me dégrader et à m’attaquer. »

Grand Montréal

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