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Deux soeurs auraient régné en même temps sur l’Égypte

Buste attribué à la princesse Méritaton exposé au Musée du Louvre.
Buste attribué à la princesse Méritaton exposé au Musée du Louvre. Photo: UQAM/Marie Grillot
Alain Labelle

Toutankhamon a été précédé sur le trône égyptien par deux de ses sœurs, montre une analyse iconographique minutieuse menée par une égyptologue et historienne de l'art de l'UQAM.

Les travaux de Valérie Angenot, professeure en histoire de l'art et spécialiste de la sémiotique visuelle, laissent à penser que les deux femmes sont montées ensemble sur le trône à la mort de leur père Akhenaton, sous un nom de couronnement commun.

La plus jeune devait avoir 12 ans, et la plus vieille 15 ans. Elles n'ont pas régné plus de 4 ans.

Valérie Angenot

À ce moment, leur frère Toutankhamon, alors âgé de quatre ou cinq ans, était encore trop jeune pour prendre les rênes du pouvoir.

Depuis une cinquantaine d’années, les égyptologues savaient qu’une reine était montée sur le trône d’Égypte entre le décès du pharaon Akhenaton et l’avènement de son fils Toutankhamon (-1336 à -1327 av. J.-C.).

Un sarcophage égyptien est exposé dans un musée.Le masque funéraire de Toutankhamon, le frère des deux reines, aurait été dérobé à l’une d’elles. Photo : AFP / MOHAMED EL-SHAHED

L’étude de certaines pièces du trésor de l’enfant-roi, découvert en 1922 par l’archéologue britannique Howard Carter, avait révélé que Toutankhamon avait usurpé jusqu'à 80 % du matériel funéraire d’une reine-pharaonne du nom de Neferneferouaton Ankhkheperure qui l’avait précédée.

Trois hommes, dont un accroupi, travaillent dans une pièce remplie d'objets antiques.Les archéologues Howard Carter et Arthur Callender dans la tombe de Toutankhamon en 1923. Photo : Getty Images / Hulton Archive

Les experts ont longtemps été perplexes quant à l’identité de cette femme de pouvoir.

Plusieurs pensaient qu’il s’agissait de la reine Nefertiti, épouse d’Akhenaton, qui se serait autoproclamée « roi » à la mort de son époux.

D’autres estimaient qu’elle était la fille aînée d’Akhenaton, la princesse Méritaton.

Les deux théories possédaient des arguments défendables, mais plusieurs zones d’ombre restaient à éclaircir.

Une sculpture égyptienne représentant la tête de la reine avec un haut chapeau.Le buste de la reine Nefertiti, la grande épouse royale du pharaon égyptien de la XVIII dynastie Akhénaton, exposé au Neues Museum de Berlin. Photo : AFP/Getty Images / OLIVER LANG

L’iconographie au service de l’histoire

Le pharaon Akhenaton, qui a eu six filles et un fils tardif, de constitution fragile, avait épousé sa fille aînée Méritaton dans l’objectif de la préparer à sa succession et la légitimer.

Toutefois, certains documents épigraphiques semblent indiquer qu’il a ensuite associé au pouvoir une autre de ses filles, Neferneferouaton Tasherit, comme « roi » d’Égypte. Les deux sœurs seraient ainsi montées ensemble sur le trône à sa mort, sous un nom de couronnement commun, ce qui a contribué à semer la confusion chez les experts de l’Égypte ancienne.

La Pre Angenot affirme que certaines sculptures de têtes royales anonymes faisant référence à Akhenaton ou à Nefertiti sont dans les faits des portraits reconnus des princesses.

C’est le cas, selon elle, d’une tête aux traits féminins préservée au Kestner Museum de Hanovre, en Allemagne, et identifiée jusqu’alors à un « Akhenaton jeune », bien que stylistiquement datée de la fin de son règne.

Tête royale attribuée à un « Akhenaton jeune ». Tête royale attribuée à un « Akhenaton jeune ». Photo : Kesner Museum Hanovre

Nouvelle théorie, nouveau débat

Ces travaux ont été présentés lors de la conférence annuelle de l’American Research Center in Egypt qui s’est déroulée à Alexandria en Virginie, aux États-Unis. Ils devraient être publiés dans une revue scientifique dans quelques mois.

Il faut savoir que l’hypothèse de deux reines-pharaonnes sur le trône d’Égypte n’avait jamais été envisagée jusqu’ici par les égyptologues.

Mon hypothèse a été étonnamment bien accueillie. Je m’attendais à un accueil 50/50, mais plusieurs participants ont noté que plusieurs choses avaient maintenant un sens grâce à cette explication. Cela demeure quand même sujet à discussion, et certains s’opposent déjà à la théorie.

Valérie Angenot

Elle apporte en fait un éclairage nouveau à bon nombre d’artefacts qui font débat depuis près d’un siècle.

En outre, Mme Angenot a dévoilé, grâce à une analyse sémiotique de la gestuelle égyptienne, que l’acte de « caresser le menton » qui figure sur la stèle n’était attesté dans le répertoire iconographique égyptien que pour les filles d’Akhenaton et Nefertiti.

Rapprochement de la scène de la stèle Berlin et d'une peinture murale figurant les princesses.Rapprochement de la scène de la stèle Berlin et d'une peinture murale figurant les princesses. Photo : Ashmolean Museum

Elle a aussi montré que la tête de Berlin s’efforçait de transposer en contexte royal l’iconographie traditionnelle des princesses.

La chercheuse Angenot estime donc, à la suite de ses analyses, que deux princesses égyptiennes ont accédé au trône et ont régné simultanément comme « pharaons ».

Stèle sur laquelle figurent deux « rois » avec une attitude intime.Agrandir l’imageStèle sur laquelle figurent deux « rois » avec une attitude intime. Photo : Ägyptische Museum

Cette théorie risque de relancer les discussions sur le ou les mystérieux successeurs féminins d’Akhenaton.

Une chose est certaine, selon la Pre Angenot, la candidature de Nefertiti semble désormais écartée au profit de celle de ses deux filles.

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