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Paris lance un concours international pour remplacer la flèche de Notre-Dame de Paris

En proie aux flammes, le clocher s'est effondré alors que brûlait le toit de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Photo : Getty Images / AFP/Geoffroy van des Hasselt

Radio-Canada

Un concours international d'architecture portant sur la reconstruction de la flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris sera lancé par le gouvernement français, a annoncé mercredi le premier ministre Édouard Philippe, au terme d'un Conseil des ministres consacré à cette unique question.

Construite au 19e siècle selon les instructions de l'architecte Eugène Viollet-le-Duc, la flèche s'est écroulée lundi, lors de l'incendie qui a partiellement détruit le monument. Cette image, reproduite sur les unes de quotidiens du monde entier, est devenue le symbole du drame.

Malgré l'importance de ce symbole, le gouvernement français a choisi de laisser le soin aux cabinets d'architectes de proposer ou non une flèche identique à celle qui a disparu, a expliqué M. Philippe, non sans souligner qu'une « évolution » serait normale dans les circonstances.

« Le concours international permettra de trancher la question de savoir [...] s’il faut reconstruire la flèche, qui avait été conçue et pensée par Viollet-le-Duc, dans les mêmes conditions ou s’il faut, comme c'est souvent le cas dans l’évolution du patrimoine et l’évolution des cathédrales, doter la cathédrale Notre-Dame de Paris d’une nouvelle flèche adaptée aux techniques et enjeux de notre époque », a-t-il dit.

La flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris, intacte.

La flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris avait été inaugurée en 1859. Elle aura trôné sur Paris pendant 160 ans.

Photo : Reuters / Charles Platiau

Le gouvernement entend par ailleurs « mobiliser l’ensemble de la filière française des métiers d’arts » en vue de la reconstruction de la cathédrale, qui doit s'échelonner sur cinq ans, selon l'échéancier annoncé mardi par le président Emmanuel Macron.

Les architectes, ingénieurs, artisans, restaurateurs et apprentis qui seront appelés à travailler sur le chantier « sont les dépositaires de nos savoir-faire ancestraux et vont constituer le bras armé de la reconstruction », a indiqué le premier ministre.

Édouard Philippe a aussi annoncé que le cadre légal de la souscription nationale pour la reconstruction annoncée par M. Macron le soir même de l'incendie sera publié la semaine prochaine, et qu'il sera assorti de garanties de transparence et de bonne gestion.

« Chaque euro versé pour la reconstruction de Notre-Dame servira à cela et pas autre chose », a-t-il assuré.

Le premier ministre a également fait savoir que le gouvernement va bonifier à 75 % la déduction fiscale dont bénéficieront les particuliers qui feront des dons jusqu'à 1000 euros, mais pas celles des entreprises. Ces dernières peuvent obtenir une réduction d'impôt s'élevant à 60 % du montant du don, avec un plafond de 0,5 % de leur chiffre d’affaires.

Stéphane Bern, chargé d'une mission sur le patrimoine par le président Macron, a affirmé mercredi sur France Info que 880 millions d'euros (1,32 milliard de dollars) ont été amassés pour la reconstruction de la cathédrale.

M. Philippe a pour sa part précisé que le coût total du chantier n'était pas encore évalué.

Les experts au chevet de Notre-Dame, encore fragile

Plus tôt dans la journée, le ministre de la Culture, Franck Riester, a fait le point sur les travaux de sécurisation de la cathédrale, qui doivent permettre d'ici vendredi aux conservateurs de venir récupérer sans risque peintures et sculptures pour les mettre à l'abri au musée du Louvre. Trois points d'inquiétude subsistent, soit la voûte intérieure et deux pignons (l'un situé entre les deux beffrois, l'autre au niveau du transept nord).

Vue du pignon situé entre les deux beffrois. Un pompier situé tout près arrose le toit.

Le pignon situé entre les deux beffrois de la cathédrale suscite l'inquiétude, au surlendemain de l'incendie. La statue qui s'y trouve a fendu lors du brasier.

Photo : Getty Images / Dan Kitwood

« Dès ce matin sont arrivées des entreprises pour enlever les gravats et le reste de la charpente sur la voûte, qui menace l'effondrement de la voûte », a expliqué le ministre sur France 2. Une statue qui pesait sur le sommet de la façade nord de la cathédrale a pu être retirée dans la soirée de mardi, a-t-il poursuivi, saluant une « bonne nouvelle ».

Mais « il reste une inquiétude importante sur le pignon central entre les deux beffrois, qui est triangulaire, lui aussi a une statue et malheureusement cette statue, avec le feu, a été fendue en deux », a-t-il ajouté. Des équipes vont tenter mercredi d'enlever la statue brisée, puis de démonter pierre par pierre ces pignons.

Le toit, la charpente et la flèche s'étant effondrés, l'intérieur de la cathédrale est jonché de monceaux de débris calcinés, mais l'édifice, vieux de plus de 800 ans, est resté debout. Il s'en est fallu de peu, « à un quart d'heure ou une demi-heure près », selon les autorités françaises.

Les deux tours emblématiques de la façade ouest ont été épargnées et le coq de la flèche a été retrouvé. La couronne d'épines et la tunique de Saint Louis, deux objets extrêmement importants pour les catholiques, ont pu être sauvées, comme plusieurs oeuvres d'art, mais certaines n'ont pas pu être déplacées et restent sous haute surveillance.

L'enquête sur l'origine du brasier s'oriente vers « la piste accidentelle », a déjà fait savoir le procureur de Paris, Rémy Heitz. Une trentaine de témoins – des ouvriers présents lundi et des employés chargés de la sécurité de l'édifice – ont déjà été entendus et d'autres le seront mercredi.

Un débat entre les mains des experts

Passé ces mesures d'urgence, la réflexion pourra commencer sur la reconstruction, a souligné le ministre, interpellé sur la nécessité de rebâtir ou non la cathédrale à l'identique.

« Ce débat-là, on l'aura le moment venu », a-t-il dit, à l'heure où les experts commencent à s'opposer sur la reconstitution de la charpente, la « Forêt » composée de poutres de chênes centenaires datant des 12e et 13e siècles.

« Il y aura vraisemblablement une commission spécialement dédiée à ces échanges. »

Des hommes font des travaux près de l'un des clochers de la cathédrale.

Des pompiers travaillent à sécuriser la cathédrale afin de permettre aux conservateurs de venir récupérer les peintures et les sculptures qui sont toujours à l'intérieur.

Photo : Reuters / Gonzalo Fuentes

« Nous avons tous les éléments pour faire [une reconstruction à l'identique], mais les choix seront faits par les spécialistes, dont l'architecte en chef des monuments historiques et l'architecte des Bâtiments de France », a poursuivi Franck Riester.

Il faut laisser faire les hommes et les femmes de l'art.

Franck Riester, ministre français de la Culture

Plusieurs acteurs de la filière bois ont d'ores et déjà promis d'offrir des chênes à la cathédrale Notre-Dame.

L'assureur Groupama a proposé par exemple de prélever les 1300 chênes centenaires nécessaires dans ses forêts normandes, la fédération des sylviculteurs de France Fransylva a invité ses adhérents et donateurs à offrir un chêne à Notre-Dame pour que « cette "forêt-charpente" soit reconstruite avec des chênes de France, dans la tradition et la qualité des premiers constructeurs ».

Une reconstruction en cinq ans?

La volonté du président de reconstruire la cathédrale en cinq ans est accueillie avec scepticisme par des experts. Le vicaire général de l'archevêché de Paris, Mgr Patrick Chauvet, a par exemple indiqué aux commerçants du secteur que le monument sera vraisemblablement fermé pour « cinq à six ans ».

Pierluigi Pericolo, l'architecte responsable des travaux de reconstruction de la basilique Saint-Donatien à Nantes, croit pour sa part que deux à cinq ans pourraient être nécessaires uniquement pour sécuriser l'imposante cathédrale.

« C'est une étape fondamentale, et très complexe, parce qu'il est difficile d'envoyer des travailleurs dans un monument dont le plafond à voûte est gonflé par les eaux », a-t-il déclaré à Associated Press. « La fin de l'incendie ne signifie pas que l'édifice est totalement sauvé. La pierre peut se détériorer lorsqu'elle est exposée à de hautes températures », a-t-il noté.

Détail du toit endommagé par le feu vu de l'intérieur, en contre-plongée

La charpente et le toit de la cathédrale ont subi les plus importants contrecoups de l'incendie.

Photo : Getty Images / AFP/Christophe Petit Tesson

La disponibilité de la main-d'oeuvre spécialisée constituera un autre enjeu majeur, selon l'architecte Francis Maude.

« Pouvoir fournir des artisans pour travailler tant de pierres, de bois, de plomb, de verre est une tâche que l’industrie partout en Europe peut avoir du mal à remplir actuellement, surtout qu’il existe d’autres projets qui font face aux mêmes limites, comme le Palais de Westminster, sur lequel nous travaillons ici à Londres », souligne-t-il.

Stéphane Bern estime quant à lui qu'il faudra 10 à 20 ans au minimum pour restaurer ce joyau de l'art gothique.

Le premier ministre Philippe se garde de contredire le président sur le sujet, mais reconnaît que l'objectif d'une reconstruction en cinq ans représente « un défi immense ».

« À l'évidence, c'est un objectif ambitieux, mais je pense qu'il est sain que l'État fixe des objectifs ambitieux », a-t-il commenté.

Une première controverse apparaît

La rapidité avec laquelle les grandes fortunes de France ont annoncé d'importants dons pour la reconstruction de la cathédrale alimente par ailleurs une polémique. Certains responsables politiques et syndicaux les accusent de soigner leur image tout en bénéficiant d'une importante ristourne fiscale.

L'ex-gilet jaune Ingrid Levavasseur a par exemple fustigé « l'inertie » des grands groupes face à la « misère sociale », tandis que la tête de liste de la gauche radicale pour les élections européennes, Manon Aubry, a appelé les entreprises à « déjà payer leurs impôts plutôt que de médiatiser des dons défiscalisés à 60 % ».

Geoffroy Roux de Bézieux, président de la principale organisation patronale française, le Mouvement des entreprises de France (Medef), a dit y voir une « polémique minable ».

« Opposer les vieilles pierres aux hommes, c'est ridicule, dans la mesure où ces pierres nourrissent les hommes », avec les années de travail assurées par ce chantier aux « tailleurs de pierre, couvreurs et charpentiers » qui vont y oeuvrer, s'est offusqué Stéphane Bern.

« Nous devons nous réjouir de ce que les personnes physiques très nombreuses et parfois très modestes, que des personnes physiques moins nombreuses et parfois très riches, que des entreprises souhaitent participer à l'effort de reconstruction », a commenté le premier ministre Philippe.

Avec les informations de Reuters et d'AFP

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