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Coincé avec une facture de 37 000 $, un Manitobain blâme la vente directe

Radio-Canada

Claude Caya, un Manitobain de 60 ans, affirme qu'un vendeur de l'entreprise de produits énergétiques domestiques Prairie Home Comfort lui aurait vendu abusivement des produits qu'il ne peut pas payer. Il estime que la vente à domicile devrait être interdite dans la province.

La demi-sœur de Claude Caya, Loretta Wolowich est catégorique au sujet de l’entreprise.

« Ils ont profité de [mon demi-frère], affirme-t-elle. Il ne sait pas lire ou écrire ».

Claude Caya explique qu’il ne savait pas ce qu’il signait lorsqu’il a accepté le contrat. Il est aujourd'hui endetté avec un gage sur sa maison d’une valeur de 30 000 $ et une obligation de paiement pour plus de 300 $ d’équipement mensuel en location.

Le sexagénaire affirme que le représentant commercial de Prairie Home Comfort, une entreprise winnipegoise qui vend des radiateurs, des chaudières et des climatiseurs, est venu sonner chez lui en 2017, et une deuxième fois en 2018.

Claude Caya décrit son interlocuteur comme un beau parleur qui l’a convaincu qu’il avait des traces de plomb dans son eau et, par la suite, que sa chaudière vieille de 10 ans devait être remplacée.

« Après avoir payé mes factures et ma carte de crédit, il ne me restait plus que 50 dollars pour vivre et faire mes courses », constate-t-il.

200 plaintes en trois ans selon Hydro Manitoba

Claude Caya fait partie d’un nombre grandissant de consommateurs se sentant floués par des représentants de commerce à domicile du secteur des services énergétiques.

Le Bureau de la protection des consommateurs du Manitoba a ainsi enregistré plus de 60 plaintes concernant les représentants du secteur de l’industrie énergétique en 2018-2019. Ce chiffre a doublé par rapport à l’an dernier.

Hydro Manitoba ajoute pour sa part avoir reçu plus de 200 plaintes concernant Prairie Home Comfort sur les trois dernières années.

Les affaires sont les affaires

Prairie Home Comfort est une division de Utilebill Credit Corp., une entreprise basée à Toronto spécialisée dans le financement de programme de location de systèmes de chauffage, ventilation et climatisation (CVC).

Le propriétaire de l’entreprise, John Nassar, déclare, dans un courriel envoyé à CBC/Radio-Canada, qu’il « ne commente pas les accords faits avec les consommateurs ».

« Nous ne souscrivons pas au jugement de l’opinion publique. Nous faisons tourner une entreprise. Les consommateurs ont accès à des ressources suffisantes, beaucoup étant gratuites, qui impliquent des corps gouvernementaux. Ceux qui choisissent de ne pas s’en servir sont typiquement, selon notre expérience, ceux du mauvais côté de la vérité », ajoute John Nassar.

Des professionnels abasourdis

Le formateur au Collège Red River et technicien en système CVC depuis une trentaine d’années, Mark Boissoneault, se dit surpris du prix de la suite de produits proposée à Claude Caya. Selon lui, les produits et l’installation n’auraient pas dû dépasser les 10 000 $.

Mark Boissoneault dans son atelier.

Mark Boissoneault estime que les consommateurs ne sont pas assez protégés face à la vente à domicile abusive.

Photo : Radio-Canada / Jeff Stapleton

Selon le président de l’agence de conseil en crédit Creditaid, Brian Denysuik, Claude Caya « n’avait aucune chance de pouvoir comprendre ce qu’il signait ».

À la demande de Loretta Wolowich, l’agence a étudié les contrats et les factures et affirme que la lecture de ces derniers est particulièrement complexe.

Brian Denysuik explique que son agence a néanmoins pu permettre de consolider les paiements de la carte de crédit de Claude Caya et de faire baisser les taux d’intérêt, mais avoue ne rien pouvoir faire concernant les frais de Utilebill.

Bannir le porte-à-porte

Loretta Wolowich et Claude Caya souhaitent que leur mésaventure n’arrive pas à d’autres personnes.

« [Ces vendeurs] ne devraient pas venir sonner à nos portes pour nous vendre des choses. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose », affirme Claude Caya.

Lui et sa soeur souhaitent que cette pratique soit interdite au Manitoba comme c'est déjà le cas en Alberta où la vente à domicile de produits tels que les chaudières ou les climatiseurs a été interdite, en 2016, après des années de plaintes.

Le ministre de la Justice du Manitoba, Cliff Cullen, affirme que le marché de la vente directe est « surveillé régulièrement », sans préciser si une interdiction de la vente à domicile est envisagée pour l’industrie énergétique.

Pour l’heure, la loi manitobaine donne un droit de rétractation de 10 jours après la signature, ou d’un an si le vendeur ne respecte pas les termes du contrat.

Avec des informations de Kristin Annable, CBC News

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