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Pas de procès pour le meurtre d’un détenu à Edmonton en 2011

Lance Regan, un jeune homme au crâne rasé, sort d'une voiture de police accompagné de policiers.
Lance Regan a été arrêté en 2011, en lien avec des intrusions par violence dans un domicile. Photo: PA Now
Radio-Canada

En octobre dernier, la Couronne a discrètement suspendu les accusations contre Lance Matthew Regan. C'était le seul suspect connu dans l'attaque au couteau contre Mason Tex Montgrand, en 2011, dans un centre de détention d'Edmonton.

Mason Tex Montgrand, 21 ans, a été poignardé à mort en août 2011. Des caméras de l’institution carcérale d’Edmonton ont filmé l’attaque. Un autre détenu, Lance Matthew Regan, 31 ans, a été accusé de meurtre au premier degré rapidement après les faits.

Il a cependant fallu plus de cinq ans pour que son cas se rende jusqu'aux tribunaux. En vertu de l’arrêt Jordan, la Cour du Banc de la Reine a suspendu les accusations en 2016.

C’était la première fois au Canada qu’une accusation de meurtre était suspendue pour cette raison.

La Couronne a cependant porté la décision en appel, avec succès. En février 2018, le juge a ordonné la tenue d’un nouveau procès. Lance Matthew Regan a alors décidé de s’adresser à la Cour suprême pour tenter de casser ce jugement.

La plus haute cour du pays n’a cependant pas eu le temps de se prononcer avant que la Couronne décide finalement, en octobre dernier, de suspendre elle-même les accusations.

« Un des devoirs d’un procureur de la Couronne est de réviser ses dossiers de façon continue », a commenté Jason Maloney, porte-parole de Justice Alberta, dans une déclaration écrite. « Dans le cas de M.Regan, le procureur a déterminé qu’une suspension des procédures était appropriée ».

Il a aussi confirmé qu’aucune autre accusation n’a été portée dans cette affaire.

La Cour suprême a refusé d’entendre l’appel de Lance Matthew Regan, trois semaines plus tard. Si la Couronne n’avait pas suspendu les procédures, son procès aurait commencé le 25 mars 2019.

Une décision surprenante, selon un avocat

Brian Beresh, un avocat en droit criminel qui n’a aucun lien avec cette affaire, se dit « très surpris » par la décision de la Couronne.

« C’est très inhabituel, à moins qu’il y ait eu un développement [récent], - comme la mort d’un témoin, la perte d’une preuve ou quelque chose du genr  - mais ça se serait su avant, ou du moins on s’attendrait à ce que les procureurs rendent cela public pour que les gens comprennent », avance-t-il.

Brian Beresh est assis dans un fauteuil. Il a des lunettes rondes, des cheveux blancs épars et une barbichette blanche.L'avocat criminel Brian Beresh s'explique mal pourquoi la Couronne a décidé de suspendre les accusations contre Lance Regan sans l'annoncer pupliquement. Photo : CBC / Sam Martin

Il s’explique mal pourquoi la décision n’a jamais été publiquement annoncée.

« Le public a l’air de vouloir savoir et la police est certainement disposée à lui dire lorsqu’un de nos clients est accusé, mais s’il y a un acquittement ou une suspension, c’est rarement publicisé », remarque l’avocat.

« Je crois que le public a le droit de savoir », ajoute Brian Beresh.

Une altercation entre gangs rivaux

Lance Matthew Regan a été condamné à sept ans de prison en 2011, dans la ville de Prince Albert en Saskatchewan. Il a été reconnu coupable d'extorsion, de voies de fait graves, de séquestration et de plusieurs autres crimes en lien avec deux intrusions dans des domiciles.

À l’époque, des journaux locaux affirmaient qu’il était membre d’un gang affilié aux Hells Angels appelé Terror Squad.

Cinq mois après son incarcération, Lance Regan affirme que le personnel du pénitencier d’Edmonton l’a laissé seul avec Mason Montgrand, membre d’un gang rival.

Une tour de garde dans une cour de prison.L'institution carcérale d'Edmonton est un pénitencier fédéral à sécurité maximale. Photo : CBC

Il a raconté ce qui s’est passé par la suite lors d’une audience grâce à laquelle il espérait pouvoir obtenir sa liberté conditionnelle en 2017.

« Vous avez dit qu’un autre détenu d’un gang rival vous a attaqué en vous jetant de l’eau chaude au visage et qu’il avait en sa possession une arme du genre d’une lame de rasoir. Vous avez protégé votre vie en le poignardant par légitime défense », note la commission des libérations conditionnelles.

Elle a toutefois refusé la demande de libération conditionnelle de Lance Regan, estimant qu’il demeurait « à haut risque de récidives violentes ».

À cause de l’accusation pour meurtre, Lance Regan est demeuré dans le pénitencier d'Edmonton jusqu’en août 2018.

En 2013, il a entamé une poursuite au civil contre le directeur et le personnel de l’institution carcérale d’Edmonton, à qui il réclamait 150 000 $ de dédommagement. Il a accepté d’y mettre fin cette année grâce à un règlement hors cour qui comportait une entente de non-divulgation.

Avec les informations de Janice Johnston, CBC News

Alberta

Crimes et délits