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Coéquipiers, partenaires d'affaires et amis grâce à la crosse

La crosse est devenu bien plus qu'un simple loisir pour Charles-Antoine Lesage et Blaise Gros-Louis (à gauche) de la communauté Huronne-Wendate de Wendake.

Photo : Courtoisie

Jean-Philippe Martin

Bien plus qu’un passe-temps pour Charles-Antoine Lesage et Blaise Gros-Louis, la crosse a permis à ces deux jeunes hurons-wendats de se reconnecter avec un pan de leur culture en plus de les mener vers une belle amitié, de se trouver un gagne-pain et même de voyager.

Ils ont presque le même âge et ils ont tous les deux grandi à Wendake. Pourtant, n’eut été de la crosse, les parcours de Charles-Antoine Lesage et Blaise Gros-Louis ne se seraient possiblement jamais croisés.

« On se connaissait de vu, mais on n'était pas dans les mêmes gangs, on n’avait pas les mêmes points en commun, raconte Blaise Gros-Louis. La crosse a été notre véritable point de rencontre. »

Charles-Antoine Lesage a été le premier des deux à fouler le terrain à l’âge de 15 ans.

« Mon père jouait à la crosse, c’est lui qui m’a initié. J’ai commencé à jouer avec les vieux du village à l’époque et par la suite, il y a une équipe qui s’est créée, plus compétitive, et on a intégré le circuit senior québécois de crosse. »

Charles-Antoine Lesage

Charles-Antoine Lesage

Photo : Courtoisie

De son côté, Blaise Gros-Louis fabriquait des bâtons de crosse dans un programme de maintien des traditions au sein de sa communauté lorsqu’on lui a proposé de s’en servir pour la première fois.

« Frédéric Renaud, qui s’occupe de l’équipe Ahki'wahcha', est venu nous voir et m’a dit: tant qu’à faire des bâtons, voulez-vous venir essayer le sport? Je ne savais pas lancer ou attraper une balle. Je l’ai essayé et je suis tombé en amour. Depuis ce temps-là, j’ai jamais arrêté. »

« J’ai vu assez rapidement que Blaise était un passionné, ajoute Charles-Antoine. À chaque fois que je l’invitais à se tirer la balle, il était tout le temps partant. Ça s’est fait naturellement, deux passionnés ensemble qui se sont mis à grandir avec la crosse. »

Blaise Gros-Louis (au centre).

Blaise Gros-Louis (au centre).

Photo : Radio-Canada

L’art de tresser

La crosse a même réuni les deux comparses jusque dans le monde des affaires. L’entreprise Ehkia Crosse est née de l'expertise de Charles-Antoine à tresser des bâtons et du désir de Blaise d’être entrepreneur.

« Je m'étais bien rendu compte que personne n'était capable de lacer son bâton, précise Charles-Antoine. Je trouvais que c'était handicapant. Je brise mon bâton, qu'est ce que je fais? Il faut que j'en achète un sur internet, c'est compliqué. J'ai donc appris par moi-même à tresser, alors je tressais les bâtons de tous les gars dans l'équipe. »

« Je le vois lui, en train de lacer, renchérit Blaise, et je lui ai dit: “Crime, ça vaut quelque chose ça. Ça te tenterait pas qu'on se parte une business là-dedans?” Au départ, c'était même pas question de vendre de l'équipement. »

Depuis deux ans l'entreprise prend de l'expansion, les deux partenaires ont même ouvert le mois dernier, une petite boutique à Wendake.

L'expertise de Charles-Antoine Lesage pour le tressage des bâtons de crosse est l'origine de la création de l'entreprise Ehkia Lacrosse

L'expertise de Charles-Antoine Lesage pour le tressage des bâtons de crosse est l'origine de la création de l'entreprise Ehkia Lacrosse.

Photo : Radio-Canada

Adoptés par les Suédois

Au cours des prochains jours, le magasin sera fermé. Les deux joueurs s’envoleront en République tchèque pour participer à deux tournois internationaux avec leurs coéquipiers de l'équipe nationale...de la Suède!

« Je suis allé étudier en Suède il y a quelques années et j’ai eu l’occasion de jouer avec l’équipe nationale de crosse qui m’a invité à faire des tournois avec elle, explique Charles-Antoine Lesage. Finalement, quand je suis revenu au Canada, j’ai envoyé un courriel au manager de l'équipe pour lui manifester mon intérêt à jouer avec eux à nouveau et pour lui dire que je pouvais amener un de mes chums, Blaise. »

L’équipe de la Suède, qui se spécialise surtout à la crosse au champ, jouée sur un grand terrain gazonné, a sauté sur l’occasion d’ajouter dans ses rangs, un bon joueur de crosse en enclos, jouée sur une surface cloisonnée, comme une surface dédiée au hockey.

Depuis, l’an dernier, les deux Canadiens s’alignent avec l’équipe suédoise lors des tournois Ales Hrebesky Memorial et E-box de Prague.

« Les autochtones sont vus comme des bons joueurs de crosse en enclos. Alors c’est sûr que quand on est arrivé là, on avait un peu de pression de bien performer. On a donné notre meilleur. Mon expérience ultime de crosse, ç'a été là. En une semaine, j'ai plus appris qu’en deux ans de crosse », lance Gros-Louis.

Blaise Gros-Louis et Charles-Antoine Lesage en compagnie de leurs coéquipiers de l'équipe suédoise lors du tournoi Ales Hrebesky Memorial à Prague en 2018.

Blaise Gros-Louis et Charles-Antoine Lesage (3e et 4e de la deuxième rangée) en compagnie de leurs coéquipiers de l'équipe suédoise lors du tournoi Ales Hrebesky Memorial à Prague en 2018.

Photo : Courtoisie

Une passion à transmettre

À travers tous leurs projets, Charles-Antoine et Blaise espèrent que leur passion pour la crosse soit contagieuse et ainsi relancer un pan de la culture autochtone.

Ils ont l'intention ferme de transmettre aux jeunes Wendats, leur amour pour ce sport pratiqué par leurs ancêtres.

« Étonnamment, ça s'est comme perdu à Wendake. Nos pères jouaient beaucoup, mais il y a comme eu un laps de temps où ça s'est complètement perdu », précise Blaise.

Déjà, les deux amis offrent quelques ateliers aux jeunes élèves de l’école du village. Mais ils aimeraient, à plus long terme, bâtir un programme de développement bien structuré.

« Il faut réinsérer la crosse dans les mentalités, explique Charles-Antoine. Ça va être un projet de vie. Ça prend la passion, le feu et ça, on l'a. »

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