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Le programme d’aide en santé mentale de la SJHL « scandaleux », selon l’ancien trésorier des Broncos

Le président de la SJHL, Bill Chow.
Le président de la Ligue de hockey junior de la Saskatchewan, Bill Chow, lors d'une conférence de presse. Photo: La Presse canadienne / Liam Richards
Charles Lalande
Gabrielle Proulx

Le 9 avril 2018, soit trois jours après la tragédie des Broncos de Humboldt, le président de la Ligue de hockey junior de la Saskatchewan (SJHL), Bill Chow, a lancé un programme d'aide en santé mentale pour soutenir joueurs, entraîneurs et bénévoles. D'anciens membres du conseil d'administration des Broncos voient cette démarche comme une tentative de tirer profit de la tragédie.

Bill Chow en avait fait l’annonce à l’aréna Elgar-Petersen, le domicile des Broncos, devant de nombreux médias.

M. Chow avait alors mentionné que l’objectif était d’amasser 500 000 $ de la part de différents donateurs. S’il était dépassé, les fonds supplémentaires seraient utilisés pour financer des bourses d’études qui allaient permettre du même coup à la ligue d’attirer de meilleurs joueurs.

Bill Chow (à droite), photographié en september dernier, en train d'accepter un chèque de 768 000 $ pour le programme d'aide en santé mentale de sa ligue. Bill Chow (à droite), photographié en septembre dernier, en train d'accepter un chèque de 768 000 $ pour le programme d'aide en santé mentale de sa ligue. Photo : CBC/Chanss Lagaden

Au moment de l’annonce, Darrin Duell, qui était à l’époque le trésorier de l’équipe, dit qu'il était furieux et qu'il s’était interrogé sur le moment choisi pour lancer un tel programme.

Un an plus tard, Darrin Duell est persuadé que M. Chow a délibérément voulu « abuser de la bonne volonté des gens » avec ce programme qu’il qualifie de « mise en scène ».

C’est scandaleux, opportuniste et répugnant.

Darrin Duell

« Son idée n’avait aucun sens depuis le début. La Croix-Rouge était sur place et fournissait des services directement aux familles et avait offert gratuitement aux joueurs de la SJHL une auto-évaluation de la santé mentale », souligne-t-il.

Une récente enquête menée par Geoff Leo et Alicia Bridges de CBC Saskatchewan a révélé que le programme a permis d’amasser environ 2 millions de dollars. M. Chow leur a affirmé qu’un montant de 100 000 $ a été dépensé pour des services de consultation psychologique et 20 000 $ pour aider la Ligue canadienne de hockey junior à créer un programme de gestion des commotions cérébrales.

« Le fait qu’il ait dépensé seulement 5 % des fonds confirme mes soupçons, c'est-à-dire qu’il comptait dépenser un peu d’argent dans un projet en santé mentale pour légitimer ce qu’il faisait, et qu’ensuite, le gros de l’argent serait utilisé pour des bourses d’études », poursuit Darrin Duell.

Chandail de la compagnie de vêtements 22 Fresh où il est écrit « Humboldt Strong ».Bill Chow avait utilisé le mouvement #HumboldtStrong pour amasser des fonds pour son programme. Le bureau des gouverneurs de la SJHL avait voté unanimement pour que le mot-clic n'appartienne qu'aux Broncos. Photo : 22 Fresh

Bill Chow estime quant à lui qu’il était « important de créer immédiatement un fonds axé sur les besoins à long terme puisque des problèmes de santé mentale, comme le trouble de stress post-traumatique, peuvent prendre du temps avant de se développer ».

Il a mentionné à La Presse canadienne qu’il n’allait pas mettre fin au programme en dépit des critiques formulées plus tôt cette semaine.

La dernière chose que je veux voir, c’est plus de douleur et d’angoisse pour les 29 familles. Je ne comprends pas.

Bill Chow

De plus, les familles de Jaxon Joseph et Logan Boulet, deux joueurs décédés lors de la tragédie du 6 avril 2018, ainsi que celle de Ryan Straschnitzki, qui a perdu l’usage de ses jambes dans l’accident, ont quant à elles salué l’initiative de M. Chow.

« Pourquoi l’attaquer à l’improviste après le premier anniversaire de la tragédie? », s’est demandé Tom Straschnitzki, le père de Ryan.

Les Broncos étaient au courant

Dans les heures qui ont suivi la tragédie, deux femmes de Humboldt avaient lancé une campagne de sociofinancement sur la plateforme GoFundMe qui a finalement permis d’amasser plus de 15 millions de dollars. Le président de la SJHL a confié à CBC Saskatchewan que le circuit avait en tête l'idée de prendre en charge cette campagne, mais « il n’y avait aucune chance que GoFundMe permette que cela se produise. »

M. Chow explique donc qu’il a décidé de créer le programme d’aide étant donné que la campagne GoFundMe était réservée aux familles des victimes des Broncos de Humboldt.

Bill Chow se défend, disant qu’il avait eu « des conversations avec quelques membres du conseil d’administration des Broncos » et que ces derniers « ont assuré qu’ils comprenaient ce que nous essayions de faire ». CBC Saskatchewan lui a demandé par courriel à qui il avait parlé et sa réponse a été : « le gouverneur à l’époque, Rob Eichorst. »

Ce dernier confirme avoir parlé avec M. Chow, mais il apporte cependant une précision. « Il a seulement demandé s’il pouvait faire une annonce, mais nous ne savions pas quelle était l’annonce », précise M. Eichorst.

Si j’avais su quelle était l'annonce, M. Chow n’aurait pas été sur notre scène avec des chandails des Broncos [accrochés] derrière lui.

Rob Eichorst

« De l’opportunisme »

En entrevue avec Radio-Canada mardi, le professeur en communication et marketing à l’Université de Sherbrooke, Marc D. David, juge qu’il aurait été opportun pour la SJHL d’engager des professionnels des relations publiques après la tragédie. Cela aurait notamment permis d’éviter « une erreur de communication stratégique très importante de la part de M. Chow et de la SJHL ».

Tout ce qu'il fallait ne pas faire a été fait.

Marc D. David

Selon le spécialiste, qui a d'ailleurs fait une étude sur la gestion de crise de la tragédie du Lac-Mégantic au Québec, le problème est que les dirigeants de la Ligue de hockey junior de la Saskatchewan (SJHL) n’ont pas fait les représentations officielles auprès des leaders, c’est-à-dire les élus de la ville de Humboldt, les dirigeants des Broncos et les familles des victimes.

« Il y a en apparence une réutilisation du capital de sympathie, une récupération d’opportunisme et un grand manque de considération à l’égard des familles », croit le professeur. « On ne comprend pas les finalités. Pourquoi la ligue voulait-elle aller chercher autant d’argent pour seulement 300 joueurs? Aucun effort de responsabilité sociale n’a été communiqué. »

Selon lui, le fait qu’en un an, seulement 5 % des dons aient été utilisés prouve le « manque de vision » de la SJHL qui a amassé « beaucoup trop d’argent » pour les besoins du programme d’aide.

« Pourquoi ne pas avoir créé des bourses d’études ou une fondation en l’honneur des victimes? Je ne dis pas que cela n’a pas été fait, mais si cela a été fait, cela a été très mal communiqué », ajoute Marc D. David.

Maintenant, que doit faire Bill Chow ?

« Si M. Chow n’avait pas de mauvaises intentions, la première chose qu’il doit faire est de le prouver et faire en sorte de bien honorer la mémoire des victimes. Il ne doit pas le faire seulement par des paroles, mais bien par des actes. »

- le professeur Marc D. David

Avec les informations de Colette Derworiz et Bill Graveland de La Presse canadienne

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