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L'Abitibi-Témiscamingue est la région ayant le plus haut taux de mortalité par surdose

Des pilules sont placées dans un plateau de pharmacie, où se trouvent aussi des contenants de médicaments.

Les surdoses d'opioïdes sont en augmentation en Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Jean-Marc Belzile

En cette journée nationale d'action contre les surdoses, des organismes soulignent que l'Abitibi-Témiscamingue arrive au premier rang au Québec pour le taux de mortalité par surdose. Ce sont les surdoses par opioïdes qui arrivent en tête dans la région.

Selon les données du coroner du Québec, le taux de mortalité par surdose pour 100 000 habitants est d'un peu plus de 6 dans la région en 2016, alors que la moyenne provinciale est de 3,08.

Si les cas de surdose de cocaïne ont considérablement diminué dans la région entre 2011 et 2016, il en est tout autre pour les surdoses d'opioïdes, qui ont augmenté de 20 %.

Selon le coordonnateur chez Arrimage Jeunesse, Laurent Belleau-St-Pierre, le fait d'être une région éloignée peut faire en sorte que les consommateurs d'opioïdes sont davantage isolés et souvent mis à l'écart en raison de leur différence.

Les opioïdes sont prescrits souvent pour les gens qui ont des problèmes de douleur, souvent ça incapacite beaucoup la personne, ce qui fait en sorte qu'elle va sortir moins souvent de chez elle, de la difficulté à dormir, des douleurs constantes et avec la stigmatisation associée, on se retrouve avec un isolement social.

Deux hommes posent dans notre studio de Rouyn-Noranda.

Laurent Belleau-St-Pierre, coordonnateur chez Arrimage Jeunesse, et Rémi Pelletier, responsable régional de l'Association pour la défense des droits des personnes qui consomment au Québec

Photo : Radio-Canada / Emily Blais

Le chef de service en santé mentale et dépendance au CISSS-AT, Daniel Boisvert, croit que le type d'emplois que l'on retrouve dans notre région peut expliquer la présence importante d'opioïdes.

On a peut-être parfois plus de prescriptions d'opioïdes dans des régions ressources où les gens ont plus de travail physique, des accidents de travail qui amènent de la douleur chronique, où il va y avoir usage d'opioïdes prescrits. Pour la partie marché noir, on est comparable aux autres régions, la crise n'est pas pire ici qu'ailleurs, assure-t-il.

Au total, neuf personnes sont mortes d'une surdose aux opioïdes, à la cocaïne ou aux psychostimulants en Abitibi-Témiscamingue en 2016. Selon Laurent Belleau-St-Pierre, les opioïdes sont faciles à trouver sur le marché noir.

Que ce soient des gens qui vendent leur prescription ou des gens qui synthétisent des médicaments de contrebande, il peut y avoir de la contamination avec d'autres substances. Ça augmente grandement les overdoses, parce qu'on s'entend que, dans un laboratoire clandestin, les doses ne sont pas calculées avec tant de rigueur.

Les médecins ont un rôle à jouer

Selon le responsable régional de l'Association pour la défense des droits des personnes qui consomment au Québec, Rémi Pelletier, certains deviennent dépendants après avoir reçu une prescription. Il croit que les médecins sont davantage conscientisés maintenant.

Ils ont le rôle de s'assurer que la personne qui reçoit des opioïdes en a vraiment besoin et que c'est le seul médicament qui va la soulager et de prescrire les bonnes doses aussi. Je ne pense pas qu'il y ait de laxisme de la part des médecins, mais il y a des gens qui reçoivent des opioïdes qui ne devraient pas en recevoir et dans ce pourcentage de gens, il y a des gens qui se rendent compte qu'il y a de l'argent à faire avec ça et ça se retrouve sur la rue.

Laurent Belleau-St-Pierre croit aussi que les médecins ont un rôle à jouer.

Je pense que ce qui est important s'ils prescrivent des opiacées, c'est que ce soit limité dans le temps, pas une prescription de six mois, mais un mois par exemple, puis la dose va diminuer au fur et à mesure que le temps passe, mais je lève mon chapeau aux médecins qui font un travail très complexe et exigeant au niveau éthique, souligne-t-il.

Un médicament pour éviter la surdose

Depuis 2017, les consommateurs ont maintenant accès à la naloxone, un produit souvent vendu sous le nom NARCAN, qui vient contrer les effets des opiacées pendant une courte durée et qui peut sauver la vie d'une personne en surdose.

Une boîte de Narcan est posée sur un comptoir.

Le Naloxon, souvent vendu sous le nom NARCAN, vient contrer les effets des opiacées pendant une courte durée.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Selon Rémi Pelletier, il est primordial que les consommateurs et leur entourage en aient en leur possession. On en trouve notamment dans les pharmacies et à l'hôpital.

Rémi Pelletier rappelle d'ailleurs l'importance de ne pas consommer seul.

Si tu fais une overdose seul, tes chances de t'autoadministrer de la naloxone sont nulles, tandis que si tu as quelqu'un qui a consommé avec toi qui est là et qui a la présence d'esprit de le faire et d'appeler une ambulance, tes chances augmentent drastiquement de te sortir vivant de cette mauvaise aventure, rappelle-t-il.

Abitibi–Témiscamingue

Drogues et stupéfiants