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Le Parti vert à l’Î.-P.-É, c’est 50 nuances de vert

Alex Docherty, propriétaire de la ferme Skye view

Photo : Radio-Canada / Élisa Serret

Elisa Serret

Si l'on se fie aux sondages depuis un an, le Parti vert de l'Île-du-Prince-Édouard pourrait remporter l'élection du 23 avril. Ce serait une première dans l'histoire de la province où les libéraux et les progressistes-conservateurs dominent le paysage politique depuis 1876. La chance va-t-elle lui sourire?

Alex Docherty, propriétaire de la ferme Skye view et ex-président du Conseil de la pomme de terre de la province, aime les traditions. Pas moins de six générations de Docherty ont cultivé le tubercule sur ses terres.

Ici, la politique, comme la pomme de terre, c’est une tradition : on vote libéral ou progressiste-conservateur depuis toujours, et pas question de céder à cette mode verte.

Mais d’autres sont visiblement séduits.

Lors d’un débat des chefs sur l’environnement tenu à Charlottetown devant une salle comble, l’engouement pour Peter Bevan Baker était palpable. Une salve d’applaudissements retentissait chaque fois que le chef des verts ouvrait la bouche.

Pourtant, difficile de dire, au terme du débat, s’il est plus vert que ses adversaires, mais les électeurs le disent : ils veulent du changement.

Le chef du Parti vert.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Peter Bevan Baker lors du débat (au centre)

Photo : Radio-Canada / Élisa Serret

La victoire par le centre

Le parti a lui-même beaucoup changé depuis la dernière campagne électorale, souligne le politologue Don Desserud de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard.

C’est un parti plus centriste qu’avant, prudent fiscalement, et qui martèle ne pas être seulement le parti de l’environnement, mais aussi celui proposant diverses mesures progressistes sur les enjeux sociaux.

Le parti semble s’être inspiré en ce sens des verts européens.

Don Desserud estime en outre que la plateforme du parti est solide et bien chiffrée.

C’est donc un Parti vert plus modéré qui se présente cette fois devant l’électorat.

Il déploie par ailleurs beaucoup d’efforts pour convaincre les électeurs de ne plus faire confiance aux élites traditionnelles, ce que le politologue voit comme une forme de populisme.

Il n'y a pas d'équivalent de Doug Ford ici à l'Île, mais il y a quelque chose de similaire en ce sens où les électeurs sont insatisfaits des élites politiques traditionnelles au pouvoir depuis toujours. Les électeurs sont en quête de changement. Et les verts sont devenus une réelle option.

Le politologue Don Desserud de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard.
Les élections seront le 23 avril.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le politologue Don Desserud de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard

Photo : Radio-Canada / Élisa Serret

La méfiance persiste

Pour Alex Docherty, cette approche en apparence plus modérée n’est qu’une façade.

Il craint, entre autres, que si les verts prennent le pouvoir, ils imposent des mesures draconiennes, comme augmenter la taxe sur le carbone et interdire les pesticides.

Sans les produits chimiques, nous serions ruinés. En moins d'un an, l'industrie de la pomme de terre disparaîtrait.

Alex Docherty

Les verts n’ont cependant jamais mentionné une quelconque intention d’interdire les pesticides, mais la taxe sur le carbone devrait bel et bien augmenter s’ils sont élus.

Pour Alex Docherty, le Parti vert n’a pas l’appui des agriculteurs, et les craintes de ces derniers ne sont pas à prendre à la légère.

L’agriculture est en effet la plus grande industrie de l’Île-du-Prince-Édouard, et celle de la pomme de terre à elle seule génère plus d'un milliard de dollars en retombées économiques.

Elle emploie 12 % des Prince-Édouardiens.

Mais selon le politologue Don Desserud, tous les scénarios sont sur la table. Et l’Île-du-Prince-Édouard est une province habituée à surprendre.

Après tout, en 1993, Catherine Callbeck devenait la première femme jamais élue lors d’une élection générale à la tête d’une province.

Les chances que le parti fasse des gains importants en matière de sièges sont réelles. Mais combien en obtiendra-t-il le 23 avril? Difficile à dire. Il n’en avait que 2 sur 27 à la dissolution de la Chambre.

Il pourrait cependant bel et bien surprendre en formant un gouvernement minoritaire, ou à tout le moins l’opposition officielle.

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