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Le jour où une collègue a voulu se suicider

Un groupe de personne tendent la main afin d'aider une personne à gravir une montagne.

Les personnes qui veulent aider un proche sont nombreuses à composer le 1-866-APPELLE pour avoir des conseils.

Photo : iStock / Montage : Amarilys Proulx

Claudie Simard

« Je ne sais juste pas où m'accrocher, pour ne pas me manquer ». Des mots qui ont l'effet d'une bombe, mais qui peuvent aussi déclencher une opération de sauvetage. Des suicides évités, il y en a possiblement des milliers chaque année, comme en témoigne l'histoire d'Adèle et Marianne.

*Des noms fictifs ont été utilisés pour protéger l’identité des personnes concernées.

Le jour où Marianne est intervenue auprès d’une collègue aux pensées suicidaires, elle a eu peur. Les minutes paraissaient longues en attendant la réponse des policiers au téléphone.

Marianne était en pause dîner lorsqu’elle a contacté Adèle par messagerie Facebook pour lui poser une question concernant le travail. Elle a répondu que la problématique reliée au travail n’était pas résolue et que la situation était devenue insoutenable pour elle. Elle disait qu’elle allait trouver un moyen de le faire comprendre à ses supérieurs.

« Je ne sais juste pas où m'accrocher, pour ne pas me manquer »

Marianne a senti le malaise monter en lisant ce message. Jusque dans quelle mesure quelqu’un qui écrit ces mots a-t-il réellement l’intention de les mettre en pratique ? Impossible de le savoir. Alors, pourquoi prendre le risque de ne rien faire ?

Marianne a montré le message à une collègue, qui a partagé ses inquiétudes. Elle a ensuite appelé Adèle avec son cellulaire. Pas de réponse. Le moment qui suit est déterminant; c’est celui où Marianne a commencé à user de tactiques pour empêcher sa collègue de commettre l’irréparable.

Marianne s’est dit qu’Adèle voyait qui appelait sur son afficheur. Elle a donc utilisé une ligne téléphonique au travail pour la joindre. Adèle répond. Au bout du fil, elle pleure. Elle est en détresse. Elle a besoin d’aide. Elle a planifié comment mettre fin à ses jours et elle a l’intention de le faire. Les minutes qui suivent ont le pouvoir de changer le cours des choses, ou non.

Adèle a un enfant. Il ne faut pas raccrocher. Lui parler. Envoyer les policiers. Trouver son adresse. Tout se bouscule.

Adèle ne veut pas donner son adresse.

Marianne voit son superviseur arriver dans la salle. Il a été mis au courant de l’intervention. Elle explique à Adèle qu’il veut lui parler. Pendant ce temps, Marianne cherche son adresse, appelle les policiers. Pas d’adresse. Juste une rue. Il faut l’adresse.

Le superviseur tente de convaincre Adèle d’aller à l’hôpital, où il veut la rejoindre. Il raccroche pour aller trouver l’adresse dans son bureau. Marianne angoisse. Ensemble, ils trouvent l’adresse. Elle rappelle les policiers. Les minutes sont interminables. Les policiers ne rappellent pas. Marianne attend. Puis les policiers rappellent. Ils sont sur place, elle est vivante et ils l’emmènent à l’hôpital.

« J’avais peur qu’elle soit fâchée contre moi »

Le lendemain matin, incertaine de sa réaction, Marianne l’appelle. Adèle lui répond. Lui dit merci. Elle ne lui en voulait pas. Elle voulait vivre. Il est difficile, voire impossible d’évaluer le degré de détresse des autres, raconte Marianne. Si je n’avais rien fait, je m’en serais voulu, dit-elle. Marianne connaît le sujet; un de ses proches s’est enlevé la vie il y a plusieurs années. Un certain nuage demeure en place dans les jours et les semaines qui suivent la tentative d’Adèle. Et si la détresse revient et qu’elle ne m’envoie pas de message ? Je pense à elle chaque fois que je vais au travail, j’espère qu’elle va bien.


Les belles histoires

 Il n’y a pas de statistiques sur les belles histoires , dit le directeur général du centre de prévention du suicide Accalmie, Patrice Larin.

Il y a de belles émotions sur les belles histoires. C’est probablement le seul résultat significatif et important sur lequel on peut se raccrocher. Et c’est l’histoire de notre quotidien en réalité, les belles histoires.

Patrice Larin, directeur général, centre de prévention du suicide Accalmie
Patrice Larin, directeur général, Centre de prévention du suicide AccalmieAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Patrice Larin, directeur général, Centre de prévention du suicide Accalmie

Photo : Radio-Canada

Il indique que les gens qui s'inquiètent pour un proche sont de plus en plus nombreux à composer le 1-866-APPELLE.

« Pour nous, c'est satisfaisant, ça veut dire que le message passe, que les gens sont mieux sensibilisés, peut-être qu'on est plus prêt à entendre ça collectivement ».

Le chemin pour reprendre goût à la vie est parfois long et presque toujours laborieux. Tout n’est pas réglé après un appel. Par contre, chaque personne capable d’exprimer qu’elle est soutenue et accompagnée s’inscrit dans un rétablissement, selon Patrice Larin. Il estime qu’on peut dire que c’est un suicide évité.

Il souhaite rappeler que les services offerts en prévention du suicide fonctionnent dans la majorité des cas.

Il cite en exemple le taux de suicide, légèrement en baisse selon les dernières données disponibles.

Patrice Laurin répète combien il est important d’oser poser la question.  Demander à une personne si elle pense au suicide ne lui donnera pas l’idée de le faire , rappelle-t-il,  au contraire, ça va lui indiquer qu’on s’intéresse à elle .

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Mauricie et Centre du Québec

Suicide