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Enquête sur Rafale FM : onde de choc pour l’industrie de la radiodiffusion

Un micro et une table d'harmonie dans les studios de Rafale FM.

Les studios de Rafale FM sont maintenant à l'abandon.

Photo : Radio-Canada

Patrick Butler
Marie-Isabelle Rochon

Les révélations de Radio-Canada sur une radio empochant des revenus publicitaires sans être en ondes soulèvent de nombreuses questions dans l'industrie. Alors que les radios communautaires du pays veulent défendre leur réputation, le CRTC, de son côté, se penche sur cette affaire.

Radio-Canada a révélé lundi que, selon des sources, Rafale FM n’a réalisé aucune programmation locale à Labrador City depuis 2015, alors qu’elle a empoché de milliers de dollars pour des publicités qui n'ont jamais été diffusées. La radio possède deux autres antennes : celle à La Grand’Terre ne fonctionne pas et l’émetteur à Saint-Jean ne diffuse pas non plus.

Le CRTC, l’organisme fédéral chargé de réglementer et de superviser la radiodiffusion au Canada, confirme qu’il « se penche présentement sur la situation » de Rafale FM et qu’il « fera les suivis nécessaires avec la station afin d’obtenir une mise à jour ».

L’Alliance des radios communautaires du Canada (ARC), a envoyé le 31 mars un courriel à tous ses membres pour les prévenir qu’« une station est actuellement sous enquête pour avoir accepté des contrats de publicités nationales, mais n’a pas diffusé les publicités ».

« Assurez-vous [...] que votre station respecte ses conditions de licence ainsi que la politique sur la radio communautaire », écrit le directeur général de l’ARC du Canada, François Coté.

Rafale FM ne figure plus à la liste des membres sur le site web de l’ARC du Canada, mais dans une entrevue téléphonique lundi, M. Coté a affirmé que Rafale FM a décidé elle-même de mettre fin à son appartenance à l'organisation.

« On n’a aucun droit de regard sur les activités d’un membre. Si on ne décide de ne pas renouveler, on ne renouvelle pas. Il n’y a rien qui oblige une station d’être membre de l’ARC du Canada », précise M. Coté.

Des remous

Les agences Radio Unie Target, Cosette et Mindshare essaient de déterminer depuis quand Rafale FM ne diffuse pas.

« Ç'a créé une vague, explique un employé de Radio Unie Target, l’agence qui vendait de la publicité pour Rafale FM. L’industrie prend [l'affaire] très au sérieux […] Ça entache la crédibilité d’une mécanique. »

De son côté, le président-directeur général de Mindshare, Devon MacDonald, indique que son agence a contacté toutes les radios au Canada auprès desquelles elle achète de la publicité.

Nous examinons tous nos achats avec toutes les autres radios du pays, affirme-t-il.

Supervision insuffisante?

Jason Ouellette, le directeur général des radios CJPN, CKMA et CHQC au Nouveau-Brunswick, mentionne que la situation de Rafale FM est « délicate pour nous, les radiodiffuseurs, parce qu’on a une crainte de se faire embarquer dans le même bateau que des stations qui auraient omis de remplir tous leurs engagements avec leurs agences de publicité ».

Il ajoute que la supervision des radios communautaires par le CRTC pourrait être mieux encadrée.

Le CRTC a dit à Radio-Canada que les rapports annuels de 2014-2015, 2015-2016 et 2016-2017 n’avaient pas été soumis quand Rafale FM a fait sa dernière demande de renouvellement de licence en décembre 2018.

Si le rapport [annuel] n’est pas rempli, à mon avis, il devrait tout de suite y avoir une situation où [...] le CRTC revient à la charge pour voir si effectivement il y a quelqu’un dans cette station qui est la personne responsable, avance M. Ouellette.

Le CRTC a indiqué à Radio-Canada que la vérification de la conformité des stations de radio se fait généralement dans le cadre du processus de renouvellement de licence de ces dernières. Le dernier renouvellement de licence par le CRTC remonte à 2015.

À l’époque, cette décision de renouvellement soulevait déjà des questions au sujet de Rafale FM. Dans cette décision, le CRTC écrivait ce qui suit : Étant donné la gravité des situations de non-conformité, le Conseil estime approprié d’accorder à CJRM-FM et ses émetteurs un renouvellement pour une période de licence de courte durée de quatre ans. 

Aucune programmation locale

La licence accordée à Rafale FM par le CRTC précise que 15 % de sa programmation doit reposer sur des contenus verbaux créés localement. Elle dit également que toute la programmation de Rafale FM doit être diffusée à partir de Labrador City. Son antenne à Saint-Jean de Terre-Neuve peut uniquement retransmettre la programmation créée et diffusée au Labrador.

Dans un courriel daté de janvier 2019 et dont Radio-Canada a obtenu copie, le directeur général de Rafale FM, Gaël Corbineau, affirmait au CRTC que la radio présentait 106 heures de programmation musicale automatisée et 20 heures de contenu parlé par semaine.

Terre-Neuve-et-Labrador

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