•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
chronique

Pink Floyd dans l'espace avec Nick Mason

Il joue de la batterie.

Nick Mason n’était pas venu à Montréal depuis la tournée mondiale The Division Bell et du trio de concerts offerts par Pink Floyd au stade olympique en mai 1994.

Photo : Getty Images / Andrew Redington

Philippe Rezzonico

CRITIQUE – Souvent, quand on évoque Pink Floyd, la première chose qui vient à l'esprit est la pochette de l'album The Dark Side of the Moon et les chansons qui y sont rattachées. Sinon, c'est Wish You Were Here, Animals ou The Wall, selon les préférences et les références musicales de chacun liées à l'immortel groupe britannique.

Rien de tout ça lundi soir à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, lors d’un concert proposé par Nick Mason, le batteur de Pink Floyd. Le musicien de 75 ans venait présenter sa tournée Saucerful of Secrets, qui était tout sauf un saut dans l’univers familier du groupe.

Pas de chansons ou de compositions tirées du quatuor d’albums de légende nommés plus haut. Uniquement l’œuvre de Pink Floyd, de sa naissance sur disque jusqu’en 1972, soit avant la parution de Dark Side... En fait, plus de la moitié du concert reposait exclusivement sur la période créatrice des albums The Piper at the Gates Of Dawn (1967) – lorsque David Gilmour n’était même pas un membre de Pink Floyd – et de Saucerful of Secrets (1968).

Mason n’était pas venu à Montréal depuis quand? Depuis la tournée mondiale The Division Bell et du trio de concerts offerts par Pink Floyd au stade olympique en mai 1994. Dans les faits, cette tournée est la toute première de Mason en 25 ans, hormis des apparitions épisodiques. Et pour ce retour, il a refusé de jouer la carte des grands succès.

« Remontons la machine à voyager dans le temps, a-t-il déclaré à la foule après les deux premières offrandes, ovationnées à tout rompre. Direction : en arrière! »

Retour vers le futur

Dans les faits, c’était ça depuis le décompte qui avait précédé les premières notes d’Interstellar Overdrive et de ses délires de rock psychédélique, ainsi que de l’enrobage space rock d’Astronomy Domine.

Les deux compositions portent la marque indélébile de Syd Barrett. Remarquez, Barrett était aussi capable d’offrir des lignes de guitare mordantes comme celle de Lucifer Sam. En proposant d’entrée de jeu un trio tiré du premier disque, Mason et ses collègues ont donné le ton. J’avais réécouté The Piper at the Gates of Dawn en après-midi et il était impressionnant de voir la cohésion de l’ensemble.

Au chant, le travail se partageait entre Guy Pratt (basse), accompagnateur de longue date de Pink Floyd et de David Gilmour, et Gary Kemp, l’auteur-compositeur principal et guitariste de Spandau Ballet. Lee Harris (guitare) et Dom Bekem (claviers) complétaient le quintette.

Toutes les autres sélections du concert étaient tirées des albums More (1969), Atom Heart Mother (1970), Meddle (1971) et Obscured By Clouds (1972), ou se voulaient des extraits pas parus sur des longs-jeux ainsi que des faces B de 45 tours. Pour les irréductibles de la première heure de Pink Floyd et les amateurs de rock progressif, cet événement n’était rien que moins qu’un cadeau de Noël au mois d’avril. Le concert pour puristes espéré, mais jamais obtenu.

Et les réactions du public dès les premières notes de nombre de chansons démontraient bien à quel point l’attente en avait valu la peine. Pensez-y… Entendre Vegetable Man, enregistrée comme potentiel extrait en 1967, mais réduite à des parutions sur enregistrements pirates durant cinq décennies avant une diffusion officielle, c’est de la rareté, ça, les amis. Joie communicative sur scène, au parterre et aux balcons.

En fait, à la lumière de certains commentaires émis par les musiciens, on comprend qu’il n’y avait pas que Mason qui avait le désir de replonger dans les racines de Pink Floyd.

« En 2006, j’étais en tournée avec David Gilmour qui a eu la générosité de nous demander à nous, ses musiciens, quelle chanson nous souhaitions faire revivre, a rappelé Pratt. J’ai proposé The Nile Song et il m’a dit que je pouvais la jouer au sein d’un autre groupe. C’est ce que j’ai fait et on vient de vous la faire. »

L’atomique Atom Heart Mother, encadrée par If – en ouverture et en clôture – a été l’un des moments forts de la soirée, tandis que Green Is the Color a été l’une des rares chansons qui a eu droit à une illumination monochrome. Durant presque tout le concert, on voyait défiler sur l’écran arrière un feu d’artifice de couleurs aussi éclatantes que diverses.

Mason, qui a souvent laissé ses collègues accaparer les réflecteurs, a été irréprochable : précision, puissance, finesse et dextérité tout à la fois. Et il s’est fait plaisir…

« Je connais depuis toujours Roger Waters qui est un homme bien. Il n’a qu’un défaut : son incapacité à partager. En 30 ans, je n’ai jamais joué du gong… »

Joignant la parole aux actes, Mason s’est retourné vers le gros instrument afin d’amorcer Set the Controls For the Heart of the Sun qui a tout déchiré. La complémentarité entre Pratt et lui était aussi soudée que Harris, Kemp et Bekem étaient déchaînés.

En près de deux heures, Mason – « le battement de cœur » de Pink Floyd – et ses musiciens ont offert des chansons que l’on n’entend jamais – ou presque – lors de concerts de Waters ou de Gilmour depuis des décennies, à l’exception peut-être de One of These Days, excellente. Et pourtant, je n’ai pas eu l’impression une seconde que nous avons manqué les Money, Us and Them, Shine on You Crazy Diamond ou autres Another Brick in the Wall. C’est peut-être l’un des nombreux mérites de cette tournée Saucerful of Secrets de Mason.

Il a donné aux irréductibles ce qu’ils voulaient, sans déplaire aux admirateurs moins férus du répertoire de Pink Floyd.

Il a offert un concert pour puristes qui a néanmoins été rassembleur.

Il a permis aux jeunes générations d’entendre sur scène les œuvres d’antan du groupe.

Et il a prouvé qu’il pouvait se passer de Waters et de Gilmour.

Ça ressemble à un succès sur toute la ligne.

Musique

Arts