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Marathon de Boston : Saïd a gagné son pari !

Saïd Akjour et sa médaille du marathon de Boston

Saïd Akjour et sa médaille du marathon de Boston

Photo : Radio-Canada / Julia Page

Mireille Roberge

Obtenir son dossard pour courir le célèbre marathon de Boston, c'est l'objectif de bien des coureurs. Enfiler ses espadrilles pour cet événement qui existe depuis 123 ans c'est très motivant pour les amateurs de course à pied. Lundi matin, Saïd Akjour savait qu'il avait une chance unique en se présentant au fil de départ à Boston.

Le coureur de 46 ans de Québec ne s’est pourtant pas qualifié pour l’événement. Sa place, il l’a obtenue via l’organisme One World Strong (OWS) créé par des survivants de l’attentat du marathon de Boston, qui a fait 3 morts et 264 blessés en 2013. OWS offre la possibilité à des victimes de partout dans le monde de participer au prestigieux 42,2km.

Saïd a reçu une balle dans l'épaule lors de la tuerie à la grande mosquée de Québec en janvier 2017. Il y a quelques mois, il a accepté de faire partie du groupe de coureurs pour l’édition 2019.

J’ai échangé pour la première fois avec Saïd il y a quelques semaines. Comme je participais au marathon pour la 2e fois cette année, on a rapidement convenu qu’il serait intéressant d’échanger sur nos expériences respectives.

Quatre jours avant le départ, Saïd me confie qu’il n’a jamais couru sous la pluie et me demande des conseils pour l’habillement. Pour avoir vécu l’édition 2018 dans ce que plusieurs ont qualifié des pires conditions météo depuis l’existence du marathon, je me suis empressée de dire à Saïd que tout était possible. Il a tout noté. Pour les vêtements, il était prêt.

« Mireille, je t’ai écoutée à la lettre, me lance-t-il en riant. Je suis allé m’équiper au magasin. Je n’avais jamais mis des leggings de ma vie! »

Courir sous la pluie

Lundi matin, lorsque son cadran a sonné au même moment où l’orage éclatait, le coureur de 46 ans est devenu un peu nerveux. « Mais le moral est très bon, me précise alors Hakim Chambaz, un de ses trois amis venus l’encourager à Boston. Tous des gens présents à la mosquée de Québec le soir de l’attentat.

Hakim Chambaz, Abdelhak  Achouri, Saïd Akjour et Ahmed Cheddadi à Boston.

Hakim Chambaz, Abdelhak Achouri, Saïd Akjour et Ahmed Cheddadi à Boston.

Photo : Radio-Canada / Julia Page

À 10h50, lundi matin, nous prenions le départ à la même heure, mais dans deux vagues différentes. Saïd était derrière moi. Et souvent, pendant mon marathon, j’ai trouvé la force d’avancer en pensant à lui. Pendant que lui, il pensait aux victimes des armes à feu.

Je voulais penser aux victimes de 2017, à leurs familles et à celles de l’attentat de 2013 à Boston. Et j’ai aussi pensé beaucoup à mon fils de 8 ans et demi qui m’a demandé de courir vite.

Saïd Akjour quelques minutes après avoir franchi le fil d'arrivée de son 2e marathon à vie

Parce que oui, il a réussi son pari. Celui de finir, bien sûr, mais aussi celui de ne pas marcher pendant les 42,2 km. « Il y a la pente que j’ai montée très lentement, mais toujours en courant », précise-t-il fièrement faisant référence à la célèbre côte « Heartbreak hill » qui porte très bien son nom!

Si je peux me réjouir d’avoir complété le parcours bien au sec, Saïd a été un peu moins chanceux. Une averse s’est pointée au même moment où il frappait le fameux mur que tous les coureurs craignent lors d’un marathon. Lui, ce fut au 35e kilomètre.

Là, je me suis demandé pourquoi je fais ça, pourquoi je suis ici.

Saïd Akjour

Mais lorsque je l’ai rejoint en soirée, je m’adressais à un homme tellement fier de ce qu’il venait d’accomplir et tous ses doutes avaient disparu. « J’étais vraiment content d’être là. Ce qui m’a impressionné c’était la foule tout le long du parcours et les nombreux encouragements. Merci à l’organisme One World Strong pour leur soutien », ajoute-t-il en me confirmant qu’il sera du départ du prochain Marathon SSQ de Québec l’automne prochain.

« L’expérience c’était vraiment bien, un succès complet. Cette chance est unique. C’est un grand jour et c’est une grande victoire pour toutes les victimes », raconte Hakim Chambaz avec de la fierté dans la voix.

Dans les jours précédents la course, j’ai beaucoup échangé avec Hakim. Lors d’une discussion, il a été surpris et ému d’apprendre que Saïd se verrait remettre une belle médaille même s’il n’était pas l’un des gagnants du Marathon de Boston.

Hakim, votre ami porte fièrement sa médaille du 123e marathon de Boston autour de son coup parce qu’il a complété sa course en 4h27m16s. Mais aussi parce qu’il a prouvé à tous qu’il est plus fort que la violence.

Québec

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