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Notre-Dame de Paris vue par les spécialistes du patrimoine et de l’histoire

La cathédrale Notre-Dame de Paris, ravagée par le feu, est un monument religieux et patrimonial, qui évolue avec l’histoire de la France

Photo : Reuters / Benoit Tessier

Radio-Canada

Stupeur et consternation à Paris, où la cathédrale Notre-Dame est ravagée par le feu. Bien plus qu'une œuvre patrimoniale, ce temple qui a traversé les siècles est intimement lié à l'histoire de la capitale française. Entre la promesse de reconstruire Notre-Dame de Paris et la peur de perdre les trésors qui y étaient entreposés, voici un coup de projecteur sur un des monuments les plus connus du monde.

En entrevue à Radio-Canada, Nathalie Bondil, directrice générale du Musée des beaux-arts de Montréal, peine à trouver les mots depuis Paris, où elle assiste, impuissante, aux flammes qui dévorent la cathédrale. Mme Bondil parle d’une situation « sidérante » et « choquante ».

Même si l’on annonce que la structure de l'édifice est sauvée, Mme Bondil s’inquiète pour les œuvres qui se trouvaient à l’intérieur du bâtiment au moment où l’incendie s’est déclaré.

On a mis de côté probablement les tableaux offerts par les corporations religieuses, et qui sont extrêmement importants pour l’histoire de la cathédrale, mais il y a l’ensemble de sculptures, peu connues du grand public, qui sont extrêmement lourdes qui n’ont pas été déplacées.

Nathalie Bondil, directrice générale du Musée des beaux-arts de Montréal

Un bâtiment emblématique

« Notre-Dame de Paris est certainement l’image centrale de ce que représente une église chrétienne », affirme Louis Rousseau, spécialiste de l’histoire du christianisme au Département de sciences des religions de l’UQAM.

Elle [Notre-Dame de Paris] est impressionnante à voir de l’extérieur, et elle est surtout impressionnante à voir et à expérimenter lorsqu’on y entre et que l’on marche dans cet immense espace. C’est très haut, extrêmement lumineux, avec des vitraux qui représentent des extraits du ''grand roman chrétien''.

Louis Rousseau, spécialiste de l’histoire du christianisme, Département de sciences des religions, UQAM

Pour M. Rousseau, il s’agit d’« une référence, non seulement pour les chrétiens, les croyants, qui la connaissent mieux, mais partout dans le monde ».

Il rappelle que la cathédrale « n’était pas au cœur de la France de jadis, quand elle a été bâtie ». Il parle d’une France très divisée, non encore unifiée, mais Paris, précise-t-il, était la capitale de la royauté française.

Louis Rousseau évoque une église particulière. « C’est une extension d’une église qui était là avant, de forme rectangulaire, qui a été agrandie […] Elle est au cœur de la période où le style gothique a rayonné dans sa plus grande grandeur. »

Se situant dans le contexte de l’époque, M. Rousseau indique que « le christianisme médiéval occidental adore faire des images. La population ne sait pas lire, mais elle connaît oralement les histoires des grands personnages, et elle va voir le grand récit chrétien », que l’on voit dans la lumière du soleil qui passe dans Notre-Dame de Paris.

« Image de marque du patrimoine parisien »

La professeure d’urbanisme et de patrimoine, Lucie K. Morriset, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, y voit « un pilier dans l’histoire médiévale de Paris ».

« Mais c’est surtout un pilier dans l’image de Paris, dans l’histoire de la restauration des monuments historiques », précise Lucie K. Morriset.

Si on veut savoir comment on a appris à faire du patrimoine, à restaurer des monuments, à les faire visiter par des touristes, à écrire ça dans une logique sociale, économique et culturelle, on pense d’abord et avant tout à Notre-Dame de Paris.

Lucie K. Morriset, professeure d’urbanisme et de patrimoine

Architecture particulière

La cathédrale a été « construite dans un style uniforme et homogène d’un bout à l’autre, et particulièrement avec sa flèche. C’est une image qui a été produite beaucoup plus par Eugène Viollet-le-Duc, dans l’esprit romantique du 19e siècle, que par le Moyen-Âge », fait remarquer Lucie K. Morriset.

Le bâtiment a évolué au fil des siècles et a été restauré à plusieurs reprises, ajoute la professeure d’urbanisme et de patrimoine.

L’architecte Pierre Thibault rappelle qu’il a fallu 180 ans pour construire Notre-Dame.

« Plusieurs générations ont été nécessaires pour construire un tel bâtiment […] On voit des choses dans la cathédrale qui seraient, même avec toute la technologie d’aujourd’hui, très difficiles à construire, dit-il […] D’avoir réussi à faire ça il y a plus de 800 ans, c’était vraiment un exploit. »

Au-delà de la complexité de la structure et des moyens de construction de l’époque, M. Thibault souligne qu’il a fallu 1000 chênes pour construire une telle structure. Il a fallu monter ces chênes-là « à plus de 50 mètres de haut. À l’époque, c’était toute une prouesse, parce que la nef est déjà très, très large ».

M. Thibault pense que c’est la structure de bois au-dessus des voûtes qui a permis « aux flammes de se propager, parce qu’il y a un espace d’air très grand ».

Comment reconstruire?

Techniquement, il est possible de reconstruire « à l’identique » ou « mettre des éléments d’acier dans la structure pour faciliter les choses », estime Pierre Thibault.

Des spécialistes du ministère de la Culture en France et les architectes des monuments nationaux auront à se positionner.

Pierre Thibault

Mais il faudra être patient. « Cela prendra plusieurs années avant de retrouver un bâtiment que l’on pourra visiter », fait-il remarquer. Il parle d’une attente d’au moins une décennie. Cela vaut la peine pour un bâtiment qui sera plus que millénaire, insiste l’architecte.

Avec les informations de Vincent Champagne.

Avec les informations de Radio-Canada

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