•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des avions-citernes n'auraient pas pu sauver Notre-Dame de Paris

Vue aérienne de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris

La cathédrale Notre-Dame de Paris en proie aux flammes.

Photo : AFP / Getty

Jean-Philippe Guilbault

Alors qu'une merveille architecturale comme la cathédrale Notre-Dame de Paris était en proie aux flammes, de nombreuses personnes se sont demandé pourquoi des avions-citernes n'ont pas été dépêchés pour maîtriser rapidement le brasier.

C’est notamment le cas du président américain Donald Trump dans un tweet publié dans les minutes qui ont suivi le début de l’incendie.

Sur son site web, le quotidien français Le Monde a d’ailleurs pris la peine de répondre à l’un de ses lecteurs à ce sujet.

« Un Canadair projette environ six tonnes d'eau à grande vitesse vers le sol : le danger est important de blesser une ou des personnes présentes autour du bâtiment – ce qui explique pourquoi les interventions des Canadairs sont si peu fréquentes en zone urbaine ou périurbaine », explique le média.

Un point de vue que partage Arnaud Courti, chercheur au Centre de recherche et d’innovation en sécurité civile du Québec.

« Il faudrait aussi des pilotes qui sont passablement doués, mais aussi au-delà de toutes les autorisations officielles qu’il faut pour voler au-dessus de Paris », laisse-t-il d’abord tomber.

Il faut être capable de vider cette quantité d’eau sur le lieu même de l’incendie. Et les effets de cette eau larguée, on parle de risques d’effondrement, de risques d’abîmer la structure.

Arnaud Courti, chercheur au Centre de recherche et d’innovation en sécurité civile du Québec

Rappelons que la cathédrale Notre-Dame de Paris se trouve sur la petite île de la Cité, au coeur de Paris, un emplacement qui complique davantage le travail des pompiers français.

« Dans des villes où il y a des gratte-ciel, les avions ne peuvent pas voler assez bas pour s'assurer de bien larguer l'eau sur le bâtiment en tant que tel », ajoute Alexandre Lajoie, du Service de protection contre l’incendie de la Ville de Québec.

Pour Stéphane Corriveau, chef de la division des opérations au Service de sécurité incendie de Montréal, l’autre défaut de la solution des avions-citernes est celui du temps.

« La propagation est excessivement rapide au niveau du toit, parce que ce sont des pièces de bois recouvertes de tuiles de plomb. Donc, juste le temps d’avoir un avion ou un hélicoptère, ça ne servirait plus à rien », explique M. Corriveau qui estime le délai d’arrivée d’un avion à « six ou sept heures ».

Bâtiments anciens et stratégie défensive

La sécurité civile française a également offert une réponse sur Twitter en indiquant que « le largage d’eau par avion sur ce type d’édifice pourrait en effet entraîner l’effondrement de l’intégralité de la structure ».

M. Courti cite l’exemple de l'incendie du manège militaire de Québec en 2008 comme événement relativement comparable en matière de difficulté d’intervention.

« [Il s'agit d'une] structure ancienne, qui n’était peut-être pas aussi ancienne que Notre-Dame de Paris […], mais c’est le premier événement qui me vient en tête avec le désastre d’un point de vue patrimonial », explique-t-il.

Au Service de protection contre l’incendie de la Ville de Québec, on souligne que l’âge du bâtiment peut considérablement compliquer le travail des pompiers.

« Lorsqu'un incendie se déclare dans un bâtiment ancestral, il va se propager beaucoup plus rapidement que dans les bâtiments récents qui peuvent compter sur des équipements de protection [des systèmes de gicleurs, des coupe-feu] », explique Alexandre Lajoie.

Ce type d'incendie oblige souvent les pompiers à adopter une stratégie « défensive », soit de tenter d'éteindre le feu à l'extérieur du bâtiment, puisqu'y rentrer serait trop dangereux.

« Ce sont des situations qui sont souvent très fâchantes pour les intervenants, car les chances de sauver la structure du bâtiment sont moindres en attaquant de l'extérieur », précise M. Lajoie.

Stéphane Corriveau ajoute que les initiatives de conversion d'églises au Québec en salle communautaire, par exemple, permettent de revoir les systèmes de prévention d'incendie à l'intérieur de ces bâtiments patrimoniaux, améliorant ainsi leurs chances de survie.

International